La barrière de la langue dans l’acquisition des compétences informationnelles : le cas des étudiants originaires des pays francophones.

Plusieurs étudiants étrangers dont la langue maternelle est le français croient qu’en venant au Québec ils pourront faire leur étude exclusivement dans la langue de Molière. Or, ces étudiants sont souvent déçus de constater que même dans une province où la langue officielle est le français, ils doivent connaître un minimum d’anglais. Mentionnons que cette barrière existe aussi pour les étudiants québécois qui ne maitrisent pas très bien l’anglais.

Des situations courantes

Lors d’une formation portant sur quelques bases de données en administration publique, un étudiant s’acharnait à chercher en français dans une base de données en anglais. Un autre me disait être venu faire des études au Québec, justement parce que c’est francophone. Vous conviendrez qu’on part de loin.

Il est vrai que la langue d’enseignement est le français, mais ça se complique lorsque vient le temps de trouver de l’information sur un sujet. Les universités essaient de privilégier au mieux le français, mais la littérature scientifique, nous le savons, est majoritairement en anglais. La capacité de lecture en anglais devient donc primordiale pour maximiser la réussite.

Composer avec la réalité

Dans le domaine des compétences informationnelles et de la recherche d’informations de niveau universitaire et de surcroit des cycles supérieurs, ils doivent pouvoir jongler avec le vocabulaire de la recherche dans les deux langues. Les outils (bases de données, logiciels, etc.) sont majoritairement anglais et doivent être interrogés comme tel.

En d’autres termes, en plus d’être capable de bien identifier les concepts qui lui serviront à construire sa requête, l’étudiant ne maîtrisant pas l’anglais doit trouver des moyens de traduire, pour pallier ce manque. Une fois les termes traduits, il doit construire sa requête, mais aussi être capable d’évaluer les résultats, donc comprendre ce qu’il lit.

J’aimerais donc vous lire sur les questions suivantes :

  • Quel rôle doit jouer les bibliothèques dans ce contexte?
  • Quel devrait être le niveau de compétence informationnelle des étudiants de maîtrise?
  • Les universités devraient-elles exiger une mise à niveau de l’anglais avant de les admettre?
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About lamontagnekarine

Bibliothécaire Responsable de la bibliothèque de l'ENAP à Montréal

7 Réponses to “La barrière de la langue dans l’acquisition des compétences informationnelles : le cas des étudiants originaires des pays francophones.”

  1. Boisvert Danielle Répondre 16 mai 2011 à 18:23

    Plusieurs étudiants de 2ième cycle se servent de Google pour traduire leurs articles. Est-ce une pratique à encourager et ainsi les former en ce sens?

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    • Le problème est loin en amont des bibliothécaires mais dans une zone décisionnelle où le nombre d’EETC (et donc le financement) prime sur la capacité des étudiants à maîtriser leur environnement.

      En dehors de favoriser l’usage de certains outils d’aide, et de bien rappeler que le français ne représente, au mieux, que quelques points de pourcentages de la littérature scientifique (et pratiquement rien dans plusieurs domaines des sciences physiques), il y a peu que les bibliothécaires puissent faire. L’achat de matériel francophone, de qualité égale, peut aider à alléger la variable mais ce n’est généralement pas possible.

      J’ai déjà vu, à l’inverse, un étudiant allophone à la maîtrise, numériser les notes de cours de ses professeurs, ou retaper dans Word les notes de collègues, traduire le tout avec Google… et espérer réussir ses cours. L’aventure, il va sans dire, s’est mal terminé.

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      • Catherine Séguin 17 mai 2011 à 12:28

        Bien sûr, le test de compétence linguistique serait bienvenu; parfois en français aussi. Le programme pourrait s’assurer de mettre en place des dispositifs pour identifier les problématiques et y remédier.
        Est-ce que la bibliothèque a un rôle à jouer à cet égard? C’est possible. Un rôle que nous pouvons tous assumer est la franchise : Certains domaines requièrent la maîtrise d’un minimum d’habileté en lecture de l’anglais. On peut alors y joindre la présentation d’ouvrages de référence spécialisés bilingues et de traduction.
        Je constate que les étudiants choisissant de relever ce défi reviennent souvent en disant : « Avec un peu de pratique, je comprends à peu près ce que je lis. Du moins, suffisamment pour réaliser mes travaux académiques. » Peut-être n’avaient-ils besoin que d’un élan ?

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    • Karine Lamontagne Répondre 17 mai 2011 à 08:34

      À mon avis, la traduction Google peut dépanner, mais il y a un problème lorsque des textes entiers sont systématiquement traduits par Google. La qualité des traductions est rarement au rendez-vous et peut même donner lieu à des incohérences qu’il faut être en mesure de déceler.

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  2. Hélène Gaudette Répondre 17 mai 2011 à 13:46

    Je partage tout à fait le point de vue de Catherine Séguin. J’encourage fortement les étudiants de mes secteurs à se mettre rapidement à la lecture de l’anglais. Il faut dire que, pour certains d’entre eux, c’est une exigence de base, puisque ce sont… de futurs enseignants dans la langue de Shakespeare. Pour les deux autres secteurs avec lesquels je travaille, ils indiquent que la connaissance de l’anglais est un critère d’admission aux cycles supérieur. Cependant, cette connaissance n’est pas évaluée formellement. Je signale aux personnes qui me rencontrent (individuellement ou en groupe) certains outils et dictionnaires gratuits ou disponibles pour les membres de la communauté universitaire. Et plusieurs découvrent rapidement qu’ils sont meilleurs qu’ils ne le pensaient. Lire une langue étrangère, c’est plus facile que de la parler.

    La traduction avec Google, c’est un peu de la loto. Attention, les contresens sont très fréquents : traduira-t-il le mot « gentle » par doux, par gentil, ou autre chose encore? C’est avec ce genre d’outils qu’on se retrouve avec des instructions incompréhensibles, du genre « laver à gentille bicyclette » pour « wash at gentle cyle ». Alors, dans le domaine scientifque, c’est encore plus risqué!

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  3. Dans le domaine de la santé, l’anglais est bien sûr omniprésent. Dans nos formations à la recherche dans MEDLINE, nous montrons aux étudiants comment traduire leurs concepts en descripteurs MeSH, en utilisant le Portail terminologique de santé CiSMeF .

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  4. Il s’agit là d’une question fort intéressante. Nous avons tous vécu sensiblement la même chose au sujet des étudiants qui cherchent en français dans une base de données anglophones ou qui privilégient la littérature en français, même si les articles sont moins pertinents dans leur domaine. J’opte toujours, moi aussi, pour la franchise. Ils doivent se faire confiance, car comme le mentionne Hélène, ils sont souvent meilleurs en anglais qu’ils le pensent. Il faut familiariser les étudiants dès le baccalauréat à cette situation. Les professeurs semblent aussi relever cette lacune, c’est un travail d’équipe auquel le service de la bibliothèque peut apporter un soutient.

    À l’ÉTS, je fais aussi face à la problématique inverse. Nous avons beaucoup d’étudiants, principalement aux cycles supérieurs, qui parlent peu le français et ont de grandes difficultés à le lire. C’est problématique lors de nos formations qui se donnent presque essentiellement en français. Dernièrement, nous avons fait passer un test d’évaluation des compétences informationnelles aux étudiants et certains d’entre eux n’ont pas été en mesure d’y répondre à cause de la barrière linguistique. Le problème est tellement criant, que l’École a défini l’obligation pour les étudiants étrangers de passer un test de français préalable à leur admission.

    http://www.etsmtl.ca/Programmes-Etudes/Cycles-sup/Test-de-francais

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