Bilan: Journée d’étude sur la pédagogie universitaire et la documentation

Les bibliothèques, un lieu d’apprentissage.  

Je reviens tout juste de Vannes, en France, où j’ai assisté au 41e Congrès de l’ADBU (Association des directeurs et personnels de direction des Bibliothèques universitaires et de la documentation).  On m’y a invitée pour présenter une conférence, dans le cadre de la journée d’étude sur le développement des compétences informationnelles et l’utilisation des environnements numériques d’apprentissage dans les bibliothèques. J’y ai donc présenté mes projets à l’ETS, ma vision des choses et aussi quelques développements qui se font en ce sens au Québec ex.: RENARD (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue), guides disciplinaires (Université de Montréal),  utilisation de Moodle à l’Université du Québec en Outaouais et à l’École de technologie supérieure, etc. 

La journée d’étude  visait à répondre à plusieurs questionnements qui nous touchent aussi au Québec, à savoir : Quelle place et quels enjeux pour les ressources documentaires dans la pédagogie universitaire ? Quels modes, quelles activités de travail peuvent favoriser de nouvelles formes d’interaction entre les enseignements et la documentation ? Quel rôle peut jouer le bibliothécaire dans la construction de l’apprentissage et de l’autonomie de l’étudiant au sein des établissements d’enseignement supérieur ?

Les conférenciers provenaient d’un peu partout dans le monde. Une ouverture à ce qui se fait ailleurs qu’en France était l’une des priorités du comité organisateur. Nous avons donc pu voir des conférenciers nous présenter des projets de la France, du Québec, de la Suisse, de l’Allemagne, des Pays-Bas et de l’Espagne.

Les thèmes abordés étaient pour la plupart reliés à la pédagogie et aux formations documentaires dans une perspective portant sur la méthodologie du travail universitaire et la maîtrise des outils numériques. L’idée étant d’apporter des idées et des exemples de nouveaux modèles et de nouveaux lieux d’apprentissage.

En vrac…

La journée était très chargée et très enrichissante. Afin de faire un bilan simple et efficace, j’ai retenu certaines thématiques intéressantes :

  • Nouvelles approches pédagogiques et pédagogie active : Denis Berthiaume, responsable du soutien à l’enseignement à l’Université de Lausanne,  nous a parlé des nouvelles approches pédagogiques et de l’importance de se questionner sur nos stratégies d’enseignement. Il s’agit d’une réflexion que nous avons aussi régulièrement au sein de la Tribune CI. Nous parlons aussi de plus en plus de l’utilisation des pédagogies actives. Ces méthodes, en rupture avec l’enseignement plus traditionnel, supposent de mettre l’étudiant au centre même de son apprentissage.  On le sait tous, par manque de temps, d’expérience ou de facilité en classe, nos formations sont souvent très théoriques et magistrales. On explique et démontre beaucoup plus qu’on laisse pratiquer et explorer. Dans un contexte comme le nôtre, où l’on voit les étudiants souvent une seule fois, il faut ajuster nos stratégies et utiliser davantage les approches par problèmes, par discussions, par coopération, voir même par le jeu 🙂
  • ENA, environnement numérique d’apprentissage et pédagogie : Dans un contexte d’importance du numérique et d’augmentation des effectifs universitaires, la formation à distance et, par le fait même, l’utilisation d’environnement numérique d’apprentissage doivent être développées. L’intégration de la bibliothèque dans ces outils permet notamment de faire connaître la bibliothèque (marketing), d’impliquer les bibliothécaires directement dans les cours (être là just in time) et de servir de support pour nos propres formations documentaires. Ce dernier point s’avère très intéressant dans le contexte d’augmentation de la demande des formations et du nombre d’étudiants. Nous pouvons, à l’aide de ces outils, proposer des formations mixtes (en classe et en ligne). Nous devons renouveler les pratiques d’enseignement et d’apprentissage avec, pour conséquence, des changements dans les modalités de diffusion et d’acquisition des savoirs. D’ailleurs, Moodle semble être l’outil le plus répandu et le plus utilisé parmi les intervenants du Congrès.
  • Le rôle du bibliothécaire : bibliothécaire-formateur/médiateur/animateur : La situation actuelle dans nos établissements d’enseignement fait en sorte que le bibliothécaire universitaire devient peu à peu, à son insu, un bibliothécaire – formateur. Devant souvent s’organiser seul et user de débrouillardise, les bibliothécaires s’ouvrent à de nouveaux horizons. C’est ainsi que les bibliothécaires développent des expertises en pédagogie, en gestion de médias sociaux, en programmation et en création de jeux vidéo. Ils se situent peu à peu comme des experts technologiques et pédagogiques à consulter. De ce fait, il faut repenser cette fonction et la faire évoluer vers de nouveaux rôles du bibliothécaire universitaire.
  • La formation des bibliothécaires : En lien avec le point précédent, nous avons beaucoup parlé de redéfinir le rôle du bibliothécaire mais, dans ce cas, il faut aussi penser à la formation des bibliothécaires. Donner des formations documentaires de qualité et faire que celles-ci soient efficaces demande du temps, de l’investissement et certaines compétences pédagogiques. La formation des bibliothécaires ne prépare pas toujours à ce travail, ce qui cause certains chocs, tant au Québec qu’en France.  Dans la formation des bibliothécaires, la pédagogie est plus ou moins abordée et parfois jamais dans certains pays. Les bibliothécaires ne sont donc pas outillés et, malgré beaucoup de bonne volonté, les formations n’atteignent peut-être pas leur but réel. La formation continue est toujours une option intéressante. Nous le voyons avec la popularité de ces ateliers au Québec. Toutefois, est-ce suffisant pour monter des programmes pédagogiques crédibles et des formations qui donnent des résultats? Il s’agit d’une question qui semble être soulevée internationalement. Je peux prendre l’exemple de l’une des conférencières, bibliothécaire et pédagogue de formation, qui est professeur de méthodologie à l’université du Havre, Brigitte Pasquier. Elle nous a démontré comment elle a inclus le développement des CI dans son cours qui est directement intégré dans le cursus disciplinaire.  Il s’agit d’une avenue très intéressante, mais qui a été possible car elle a la double compétence. On entend souvent ex. :  » je ne suis pas un pédagogue, est-ce vraiment mon travail de faire de la formation? » La formation joue sur la confiance des bibliothécaires face à l’enseignement et leur regard sur leur propre rôle. (Je pourrais en parler longtemps, c’est un sujet assez polémique à développer, sûrement dans un article sur Tribune CI.)
  • Teachning et learning libraries : Suzanne Rockenbach, responsable de la Bibliothèque du Land et de la Bibliothèque Murhard de Kassel (Allemagne), nous a parlé des concepts de teaching et learning libraries.  Il s’agit d’un concept existant ailleurs dans le monde, notamment aux USA. Catherine Palmer, dans un article de 2011, « This I Believe…All Libraries Should Be Teaching Libraries » en fait la promotion.

In this article, I imagine a library that prioritizes teaching users how to find, evaluate, and use information over the traditional library public service activities of collection development, access to materials, and reference services. If I ran the library, all services would support end-user education.

Suzanne Rockenbach nous a parlé de son expérience. Par exemple, lors de ses formations, elle introduit rapidement les consignes de l’atelier et laisse carrément les étudiants seuls pour faire leurs exercices. Ensuite elle revient et laisse les étudiants présenter eux-mêmes la matière. L’idée étant de laisser les étudiants faire leurs propres apprentissages et être au centre de l’enseignement. Le bibliothécaire joue alors un rôle de médiation. Il faut de l’expérience, de la confiance et surtout, du dynamisme pour motiver les étudiants ! C’est ce qu’elle appelle passer de la bibliothèque traditionnelle à la teaching puis à la learning libraries.

  • Learning center : Dans mes discussions avec les bibliothécaires français, une chose revenait constamment, le concept de learning center et surtout, comment le traduire en français. Au Québec, l’usage le plus courant me semble être « carrefour de l’information ». Toutefois, ça ne traduit pas vraiment l’essence du concept et en France, le terme carrefour est connoté un peu péjorativement (I.E carrefour, centre d’achat). L’idée toutefois du learning center pour parler de la bibliothèque ou d’une section de la bibliothèque démontre le changement dans la perception de notre institution. Ce fut un sujet longuement traité durant nos discussions. Nous avons eu une conférence très intéressante à ce sujet d’Ellen Simons, directrice adjointe d’Xplora Avans University (Pays-Bas). Xplora est un concept vraiment intéressant, un espace d’apprentissage et environnement de travail situé sur 3 campus. En fait, Xplora c’est une bibliothèque universitaire, mais complètement remodelée en learning center. La simple idée de donner un nom autre que « bibliothèque » est déjà novatrice. Cette façon de voir la bibliothèque universitaire semble très bien fonctionner, l’Université en fait même la promotion comme un lieu central et intéressant pour les futurs étudiants.

Xplora makes studying enjoyable
In our experience, the students of 2009 consider freedom and independence to be extremely important. Avans University of Applied Sciences believes that these qualities are essential and is happy to apply them. If you come to study with us, you can make use of Xplora: our vast multimedia library, database, meeting place, knowledge centre, social hub, assembly point, studio complex – in fact, Xplora offers everything that makes studying possible and enjoyable.

  • Libguides et affiches intéressantes pour la promotion : Pour terminer, voici quelques images provenant du kiosque des bibliothèques universitaires de Bretagne !
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À propos de Vicky Gagnon-Mountzouris

Bibliothécaire, responsable des services à l'École de technologie supérieure de Montréal. Vous pouvez me suivre sur Twitter @VikiG! J'ai aussi une formation en pédagogie et un intérêt pour les technologies éducatives.

4 Réponses vers “Bilan: Journée d’étude sur la pédagogie universitaire et la documentation”

  1. Merci beaucoup pour partager avec nous. C’est intéressant de voir la perspective et l’importance accordée à la formation documentaire dans le contexte européen.

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  2. Françoise Dailland Réponse 28 septembre 2011 à 05:46

    Votre présentation à l’ADBU est-elle disponible en ligne ?

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  3. @ Françoise : Voici le fichier de la présentation. Pour ceux qui ont assisté à la conférence ce sera assez clair. Pour les autres, certaines acétates sont difficiles à comprendre sans la conférence qui vient avec 😉

    @Stéphanie : Merci. Oui, c’est intéressant et je pense que ça soulève plusieurs questions par rapport à notre rôle, la façon dont on se voit, notre formation, la relation entre le bibliothécaire et la pédagogie, l’utilisation des technologies, l’importance des formations, les centres d’informations et des médias…. je me demande ce que les bibliothécaires impliqués dans la formation en pense, ici, au Québec.

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  4. Je crois avoir oublié de mettre le lien vers le fichier !!! Voilà : http://www.slideshare.net/VickyGagnonMountzouris/abdu-vicky-gagnon

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