Un projet d’intégration des CI aux cycles supérieurs à l’UQAC

Jean-Philippe Pouliot est conseiller en information documentaire à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il couvre les disciplines suivantes : arts, lettres, linguistique et langues modernes.

Il y a deux semaines, ma collègue Valérie Levasseur vous a présenté le modèle d’intégration des compétences informationnelles au premier cycle en vigueur à l’Université du Québec à Chicoutimi. Je vous présenterai aujourd’hui celui que nous avons élaboré pour les cycles supérieurs.

Nous avions plusieurs objectifs primordiaux spécifiques à ce nouveau programme. D’abord, il était impératif que celui-ci s’inscrive en continuité avec le programme de premier cycle. Pour ce faire, la matière abordée (essentiellement la même) devait pouvoir répondre à des besoins documentaires plus approfondis et exhaustifs. Ensuite, nous le voulions obligatoire, car malgré la très bonne collaboration des enseignants, il arrive souvent que des étudiants « passent entre les mailles du filet », soit parce qu’ils n’ont pu être présents au moment où la formation a été donnée, soit parce que le cours ne correspondait pas à leurs parcours scolaires, etc. Il était donc possible de commencer un diplôme de cycles supérieurs sans formation adéquate aux compétences informationnelles, ce à quoi il fallait remédier.

La recherche occupe une place primordiale aux 2e et 3e cycles, nul besoin d’en mentionner davantage. Il va sans dire qu’un étudiant possédant des lacunes de recherche au premier cycle risque de les traîner avec lui aux cycles supérieurs. Dès lors, ces lacunes deviennent beaucoup plus lourdes, d’où l’idée d’offrir un programme adapté aux réalités des étudiants de cycles supérieurs.

Les principaux points du projet

Afin de faciliter la lecture, voici les points majeurs du programme d’intégration des compétences informationnelles élaboré par la bibliothèque Paul-Émile-Boulet, en partenariat avec le Décanat des études de cycles supérieurs :

Formule adoptée : Cinq ateliers de trois heures, pour un total de 15 heures. Des ateliers seront offerts de jour, de soir et de fin de semaine à tous les trimestres afin d’accommoder tous les étudiants. Comme le programme est obligatoire, il est important que tous puissent y assister. Des étudiants de toutes les disciplines seront jumelés ensemble.

Condition d’admission : L’étudiant devra suivre les cinq ateliers dans la première année d’étude pour pouvoir poursuivre son programme. Cette obligation nous permet de s’assurer que tous les étudiants suivront la formation. Aussi contraignant que cela puisse paraître, l’étudiant ne sera pas obligé de réussir les ateliers. Le point suivant en explique la raison.

Pas de notation : Le programme est obligatoire mais ne doit pas être lourd. En fait, il ne faut pas qu’il pénalise l’étudiant en cas d’échec et ainsi engendre un impact négatif sur son diplôme. L’idée, c’est de situer l’étudiant sur le plan de ses compétences à chercher, utiliser et analyser l’information. Une fois le programme suivi, l’étudiant pourra poursuivre individuellement avec son bibliothécaire disciplinaire s’il le désire. Ses lacunes seront définies et il sera plus simple pour lui de prendre les initiatives nécessaires pour les corriger.

Évaluations : Une évaluation initiale et finale seront effectuées afin de pouvoir mesurer la progression des étudiants. L’évaluation initiale permettra aussi aux étudiants possédant déjà un haut niveau de compétences informationnelles d’être dispensés de suivre le programme. Il y aura aussi une évaluation à chacun des ateliers, pour que l’étudiant puisse cerner avec précision là où il a plus de difficulté.

Étudiants concernés : Maîtrise de type B (recherche) et doctorat. Idéalement, nous aurions voulu tous les étudiants de maîtrise (orientations professionnelles, D.E.S.S, etc.) mais dû à des limites de ressources humaines, nous nous limiterons aux étudiants en recherche pour l’instant.

Big6 : Comme beaucoup de programmes visant l’intégration des compétences informationnelles, nous nous sommes inspirés des normes du Big6, un modèle d’aide à la résolution de problèmes informationnels en six étapes, pour élaborer notre programme.

Présentation des ateliers

Maintenant que la forme du programme a été sommairement présentée, voici un aperçu du contenu de chacun des ateliers :

Atelier 1 : Introduction au programme

  • Présentation du programme : quelle est la pertinence de suivre un tel programme? Qu’est-ce qu’il peut apporter de plus à un étudiant de cycles supérieurs? Démonstration d’études et applications concrètes.
  • Présentation de la bibliothèque : les principales ressources et services disciplinaires, les nouveaux aménagements, etc.
  • Explication de la syntaxe du langage de recherche : présentation des supports, langages contrôlés et intuitifs, le système de classification, etc.

Atelier 2 : Stratégie de recherche

  • Définition du besoin d’information : trucs pour définir efficacement ce que l’on cherche.
  • Élaboration d’un plan de concepts : définition du sujet, sélection des concepts, identification des synonymes, application des opérateurs booléens.
  • Identification des sources d’information appropriées : en fonction du besoin initial.
  • Appliquer et raffiner une stratégie de recherche : à l’aide de la requête initiale mais aussi des interfaces ou des outils mis à la disposition des usagers.

Atelier 3 : Repérage de l’information

  • Différenciation des types de bases de données : bibliographiques, factuelles, texte intégral, etc.
  • Utilisation des bases de données à vocation particulière : Mémoires et thèses, index de citation, facteur d’impact, dépôts numériques, etc.
  • Obtenir des documents qui ne sont pas disponibles à la bibliothèque : PEB, carte CREPUQ.
  • Repérage de l’information sur le Web : fonctionnement et repérage de sources potentielles.

Atelier 4 : Bibliographie et logiciel EndNote

  • Création d’une bibliographie : distinguer les principales composantes d’une référence bibliographique, formatage d’une bibliographie à l’aide d’un style, organisation d’une bibliographie.
  • Découverte des logiciels de données bibliographiques : comparer les fonctionnalités des principaux logiciels de gestion de données bibliographiques.
  • Présentation du logiciel EndNote : démontrer le potentiel de l’outil.

Atelier 5 : Préparation à la rédaction

  • Évaluation de l’information : juger la qualité des sources, valider la pertinence du contenu.
  • Exploration de la veille informationnelle : recherche passive VS recherche active, création d’alertes courriel ou RSS.
  • Aborder les enjeux éthiques liés à l’usage de l’information : droit d’auteur, licences, normes, plagiat.

Vos réactions?

Le programme est encore au stade de projet. Il se peut que des ateliers soient révisés, déplacés, remodelés, adaptés. Nous prévoyons le lancer cet hiver avec un groupe test, afin de l’implanter dans son intégralité pour l’hiver 2013. C’est en l’appliquant que nous verrons si tout fonctionne vraiment et si les choix que nous avons faits sont les plus adéquats.

Afin d’alléger la lecture de ce texte, j’ai évité les détails superflus qui auraient cependant permis d’expliquer l’évolution de nos choix. Si vous avez des questions, commentaires ou critiques, n’hésitez pas à m’en faire part. Je suis intéressé à savoir ce que vous avez trouvé intéressant et sur quels points vous avez des réserves.

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About Jean-Philippe Pouliot

Bibliothécaire en arts et lettres à la bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi.

4 Réponses to “Un projet d’intégration des CI aux cycles supérieurs à l’UQAC”

  1. Programme très intéressant en perspective ! Votre projet est intéressant, j’aime particulièrement le fait que ce soit obligatoire dans la première année et non crédité.

    Du point de vu de la faisabilité d’un tel programme, est-ce que tu pourrais nous indiquer, dans le concret comme cela devrait se passer ? Par exemple, combien avez-vous d’étudiants à la maîtrise, combien de bibliothécaires seront impliqués et surtout… ça fait combien de formation supplémentaire de plus par session, par personne 🙂

    C’est clairement une nécessité ce genre de programme, mais ça prend beaucoup de ressources humaines j’imagine ? Les bibliothécaires devront soutenir le programme en plus de leurs formations régulières et les autres tâches, j’ai bien hâte de t’entendre là dessus!!

    Aussi du côté plus pédagogique, est-ce que vous avez prévus des examens, des travaux ou la création d’un port-folio pour le suivi enter chacun des ateliers ?

    Merci encore et félicitation pour ce projet d’envergure !!

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    • Jean-Philippe Pouliot Répondre 15 novembre 2011 à 14:42

      Bonjour Vicky,

      Chaque atelier est jumelé à un bibliothécaire, qui est amené à développer le matériel nécessaire pour l’atelier qu’il est appelé à développer. Le comité qui a élaboré le programme sera là pour s’assurer de l’uniformité des ateliers et de la présence de tous les points prévus au programme.

      L’objectif ultime est d’atteindre tous les étudiants de cycles supérieurs. Dû à certaines contraintes, nous nous sommes limités au tiers des étudiants actuellement inscrits aux cycles supérieurs, soit environ 225 étudiants (maîtrises de type recherche et doctorats). Donc, pour tous les rencontrer, il faudra environ une dizaine de groupes de 20-25 étudiants. Il faut prendre en considération cependant que les étudiants auront la possibilité d’être exemptés du programme s’ils réussissent le test initial, ce qui fait que nous ne pouvons dépasser 10 groupes de 25 étudiants. Cela nous ajouterait donc une dizaine de formation à chacun des bibliothécaires par année, soit moins de cinq par session (ex.: 5 à l’automne, 3 à l’hiver, 2 à l’été). Puisque le programme serait obligatoire, il faudra offrir des plages horaires diversifiées (jour, soir, fin de semaines) afin de pouvoir rejoindre tout le monde.

      La charge de formation par bibliothécaire risque effectivement d’augmenter, mais puisque le bibliothécaire donnera toujours le même atelier, cela nécessitera moins de préparation et celui-ci développera plus rapidement une aisance avec son contenu. Donc nous espérons qu’elle ne sera pas trop lourde. Je serai d’ailleurs présent pour en témoigner 🙂 Nous nous attendons aussi à provoquer des formations supplémentaires chez les programmes qui ne sont pas visés pour le moment par le projet d’intégration des CI. Mais cette supposition, quoique très plausible, est difficile à mesurer.

      Sur le plan des évaluations, il y aura une évaluation initiale et une évaluation finale au programme, afin de se doter d’outils pour mesurer la progression des étudiants, et ainsi l’adéquation du programme et son contenu. Nous sommes vraiment désireux d’offrir le meilleur programme possible aux étudiants. Des évaluations seront effectuées à chacun des ateliers, mais nous hésitons encore pour la forme de ces évaluations. Nous prévoyons utiliser Moodle pour les questionnaires initial et final, puisque la plateforme, jusqu’à maintenant, nous permettrait de faire tout ce que nous voulons faire. Sur le plan du suivi personnel, nous l’offrirons aux étudiants, mais pas en formule obligée. Notre objectif, c’est de créer des liens entre le bibliothécaire disciplinaire et l’étudiant de cycle supérieurs.

      Les défis que nous avons actuellement concerne : les centres hors-campus et les programmes qui sont diplômés par d’autres universités. Pour les étudiants qui étudient à l’UQAC mais qui ne résident pas à Chicoutimi, il faudra réfléchir à des moyens pour qu’ils puissent suivre la formation, que ce soit en offrant des plages horaires diversifiées ou peut-être même de la vidéoconférence. En ce qui concerne les programmes qui sont dispensés ici mais diplômés par d’autres universités (le programme de médecine de l’Université Sherbrooke ou le programme de physiothérapie de l’Université Mc Gill par exemple), nous nous penchons actuellement sur la question.

      Je te dirais que les plus grandes contraintes auxquelles nous avons été confrontés concerne contraintes administratives. Ce sont aussi celles-ci qui ont le plus modifiées notre projet initial. Puisque le programme sera obligatoire, il faut se conformer aux normes et processus d’inscription régit par le Bureau du registraire, qui ne cadraient pas toujours avec ce qu’on avait en tête. Ceux-ci ont été très collaboratifs avec notre initiative et ce depuis le début. C’est très agréable de travailler avec eux.

      Alors voilà, j’espère que je n’oublie rien, n’hésites pas si tu as d’autres questions 🙂

      Jean-Philippe

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Trackbacks/Pingbacks

  1. Les 5 grandes tendances de 2011 « Tribune Compétences Informationnelles - 20 décembre 2011

    […] en savoir plus, je vous invite à consulter les deux articles de nos collègues de l’UQAC Jean-Philippe Pouliot et Valérie Levasseur  ainsi que le billet de Stéphanie Simard sur Le programme sur mesure pour […]

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  2. Réflexion d’une directrice de bibliothèque universitaire sur les compétences informationnelles « Omnimata - 12 mai 2013

    […] Le programme des ateliers pour les étudiants de cycles supérieurs a été développé par les 5 professionnels qui dispenseront les cours, sous la supervision d’un comité formé de 3 personnes, incluant la responsable du service et une conseillère en information documentaire non impliquée dans la dispensation des ateliers. Le matériel a été testé à 4 reprises depuis l’hiver 2012. Vingt-neuf étudiants ont suivi le programme en entier sur une base volontaire : leur moyenne au test initial était de 53,9 % et au test final de 77,02 %, pour une augmentation de 23,3 %. D’autres indicateurs seront compilés conjointement par le décanat et la bibliothèque pour évaluer les impacts du programme sur le taux de diplomation et le temps consacré pour y arriver. Le programme sera testé une dernière fois au printemps 2013 auprès des professeurs. L’objectif visé est double : leur faire connaître la formation offerte à leurs étudiants et surtout recueillir leur avis sur celle-ci pour que nous puissions la bonifier avant le lancement officiel à l’automne 2013. Trente et un  professeurs se sont montrés intéressés à participer aux 5 ateliers et à passer les évaluations initiale et finale. […]

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