La performance en formation

On entend souvent parler de performance ces jours-ci. De performance académique ou sociale, d’efficacité économique ou politique. Il n’en sera nullement question dans ce billet de blogue!

Non, en fait, je veux vous parler de la performance sous l’angle de la mise en scène. Se livrer en performance. Nous en entendons parler beaucoup, le métier de bibliothécaire est en mutation et le contexte académique exige de plus en plus le développement de compétences pédagogiques. En plus de tout cela, la matière que nous avons à enseigner n’intéresse pas toujours les étudiants. D’où la nécessité de s’attarder aux processus optimaux de transfert d’information. C’est là qu’intervient le jeu, au sens théâtral du terme.

Le jeu

J’entends par « jouer » le fait de s’approprier son propre rôle de formateur, lequel peut différer ou non de qui nous sommes réellement. Je ne dis pas qu’il faut travestir sa personnalité, mais bien de l’adapter à ses fonctions.

Un conférencier joue. Une personne dans son milieu de travail joue. Un père aussi joue son rôle de père. Plein de raisons incitent les gens à jouer un rôle dans leur vie quotidienne, c’est-à-dire adapter leurs comportements à la situation ou à l’environnement dans lequel ils se trouvent. Ces situations exigent de nous le respect d’une étiquette, d’une façon de procéder, qui crée une distance entre ce que nous sommes naturellement et ce que nous devons être. C’est normal, c’est le fait de se comporter en société. L’idée, c’est donc de savoir ce qu’est un bon formateur et d’en adopter les caractéristiques, en tenant compte de vos forces et faiblesses afin d’en arriver à  personnifier ce formateur que vous souhaitez être. Trouvez votre style!

Le jeu, c’est aussi  (s’) amuser, (se) divertir, (s’) intéresser. J’insiste sur la bilatéralité des termes. L’enseignant n’est pas qu’un vecteur de transmission de connaissances mais aussi d’attitude.  C’est en se divertissant qu’il divertira, en s’intéressant que les étudiants s’intéresseront. Le jeu facilite cette dynamique, car il implique une interaction entre l’enseignant, l’étudiant et l’environnement.

La mise en scène : pourquoi?

Concrètement, jouer un rôle évite beaucoup de pression inutile, car c’est la performance qui est jugée, pas l’individu qui la livre. Puisque la réussite ou l’échec d’une formation dépend en partie du formateur qui l’a construite, lorsque celle-ci se passe mal ou qu’un étudiant n’est pas très coopératif, le moral peut en être affecté. Jouer permet non seulement d’éviter ce genre de situation,  mais aussi d’instaurer une distance émotionnelle face aux événements. Ce faisant, le formateur peut lui aussi être plus critique vis-à-vis le travail qu’il accomplit et ainsi l’améliorer pour le bénéfice des étudiants.

Cela est possible à condition d’être conscient de ce que nous dégageons. La force d’un message relèverait des mots à 7%, de l’intonation à 38% et du langage non-verbal à 55%.  Donc même si le message est important, si nous n’en sommes pas conscients, la manière dont nous délivrons l’information sera différente et son impact sera moindre. Une personne confiante et assurée confère à son message l’autorité nécessaire pour être crédible aux yeux des étudiants. Ajoutons à cela une méthode d’enseignement dynamique et nous avons le parfait mélange pour constituer un message crédible qui soit accueilli avec attention par les étudiants.

Évidemment, la gestion de l’image qu’on dégage n’est pas une chose facile à contrôler. Beaucoup plus facile à dire qu’à faire! Mais le fait d’être conscient de son importance est très certainement la première étape vers de meilleures formations, plus intéressantes pour les étudiants.

Conclusion

L’idée n’est pas de travestir notre nature ou de projeter une fausse image de soi. L’authenticité est primordiale pour établir la crédibilité du formateur. Il s’agit plutôt d’adapter ce que nous sommes aux réalités pédagogiques que nécessite toute formation. Les professeurs ont à faire cohabiter les deux rôles qui font partie d’eux-mêmes : leur rôle d’enseignant et leur rôle de chercheur  ou de spécialiste dans un domaine. Nous partageons cette même réalité; d’une part nous sommes des spécialistes de l’information; de l’autre nous sommes des formateurs. Pour atteindre nos objectifs, il faut que le formateur permette au spécialiste de l’information de faire entendre son message. Voilà qui résume bien tout mon billet !

Pour terminer, la performance, le jeu et la mise en scène m’ont amené à parler beaucoup du rôle de l’enseignant en formation, mais le rôle de l’étudiant et celui de l’environnement dans lequel elle se déroule sont d’autres facteurs dont il faut tenir compte dans un contexte d’apprentissage. Avez-vous des exemples où l’un de ces facteurs (l’environnement ou encore les étudiants) a contribué au succès ou à l’échec d’une de vos formations ?

Pour poursuivre la réflexion…

Mes réflexions ont été influencées par des formations données par Kate Bligh ainsi que par la lecture d’un ouvrage de Keith Johnstone, intitulé Impro : Improvisation and the Theatre. Pour les intéressé(e)s, voici des ouvrages qui devraient alimenter ou approfondir les vôtres :

Bain, K. (2004). What the Best College Teachers Do. Cambridge, Mass. : Harvard University Press.

Burkhardt, J. M., MacDonald, M. C., & Rathemacher, A. J. (2010). Teaching Information Literacy: 50 Standards-Based Exercices for College Students. Chicago: American Library Association.

Gillies, R. M. (2007). Cooperative Learning: Integrating Theory and Practice. California: Sage Publications.

Johnstone, K. (1981). Impro: Improvisation and the Theatre. New York: Routledge.

O’Sullivan, T., Rice, J., & Saunders, C. (1996). Successful Group Work: A Practical Guide for Students in Further and Higher Education. London: Kogan Page.

Watts, M. M. (2008). Information Literacy: One Key to Education: New Directions for Teaching and Learning. Jossey-Bass.

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About Jean-Philippe Pouliot

Bibliothécaire en arts et lettres à la bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi.

9 Réponses to “La performance en formation”

  1. Ce billet exprime très bien une réalité que je vis aussi. Le formateur qui se présente dans un groupe ne peut arriver « à nu ». Il doit mettre son gilet de spécialiste, son veston de formateur avec des outils pédagogiques en poche, parfois aussi son coupe-vent d’animateur de groupe sympathique… Parfois, le contenu de la formation n’a pu être livré en entier, du moins selon nos objectifs. Par ailleurs, un bon contact tant avec l’enseignant que les étudiants permet de poursuivre en temps propice le travail entamé. Catherine S.

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  2. Entièrement d’accord avec ce billet. Tout le monde aime jouer mais les bibliothécaires sont des gens sérieux dans leur travail….. Il faut donc aider les jeunes à changer et nous-mêmes s’adapter. Quel plaisir à venir!!!!

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  3. Vraiment très intéressant comme article. La phrase « C’est en se divertissant qu’il divertira, en s’intéressant que les étudiants s’intéresseront. » m’interpelle particulièrement. C’est vrai que l’attitude y est pour beaucoup, et la « performance » peut aider.

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  4. Jean-Philippe Pouliot Répondre 31 janvier 2012 à 11:25

    Ce que je remarque de vos commentaires, c’est que vous semblez intéressées particulièrement par l’influence que peut avoir le formateur sur la participation des étudiants.

    Évidemment, tous les groupes sont différents et il y aura toujours des groupes plus participatifs que d’autres. Mais je pense tout comme vous que le formateur a son rôle à jouer pour instaurer une dynamique intéressante. Ceci étant dit, cela ne relève pas strictement de sa responsabilité; il ne faut pas qu’il se tienne automatiquement responsable si la formation s’est mal passée. Il faut cependant qu’il se pose la question, à savoir s’il y est pour quelque chose. Sinon, on passe à autre chose!!

    Ça me fait penser aux concerts auxquels j’ai assisté ces dernières années. Certains groupes de musique ne dégagent pas grand chose; l’énergie n’est pas beaucoup ressentie, et ils doivent constamment stimuler l’auditoire pour qu’elle claque des mains ou qu’elle crie. Par contre, d’autres groupes, avant même l’entrée en scène, provoquent quelque chose dans l’auditoire. Et lorsqu’ils sont sur scène, ils occupent l’espace, ils parlent aux fans, ils jouent leurs chansons comme si c’était le dernier spectacle qu’ils donnaient. Les fans en ressortent satisfaits, avec de beaux moments en tête.

    Tout ça pour dire que même si l’idée n’est pas d’électriser les foules, force est de constater que la performance du formateur dégage de l’ampérage!

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  5. Sylvie Savard. Technicienne en documentation. Cégep de Sainte-Foy Répondre 22 février 2012 à 11:32

    Merci pour ce billet. L’angle sous lequel vous abordez l’attitude du formateur est tout à fait novateur et pique ma curiosité. Cette approche est d’autant plus intéressante que le contenu que nous donnons dans nos formations sur la recherche documentaire est, souvent, plutôt aride. Le défi est grand… Si une formation intégrant cette approche était proposée à des formateurs de notre domaine, je ne serais pas étonnée qu’elle suscite beaucoup d’intérêt… Je ne peux m’empêcher de poser la question : une telle formation existe-elle?

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    • Comme Jean-Philippe le mentionne dans son texte, nous avons eu la chance de suivre le programme de formation offert par la CREPUQ sur le perfectionnement des compétences pédagogiques des bibliothécaires et techniciens impliqués dans la formation. Cette série de formations sont données par Kate Bligh, professeure à Concordia http://theatre.concordia.ca/people/faculty/part-time/kate-bligh.php .

      Pour avoir suivi ces ateliers, c’est vraiment très intéressant et ça nous donne beaucoup de confiance. D’ailleurs, son approche est très différente puisque c’est une metteur en scène, une actrice qui vient du milieu du théâtre. Elle apporte donc un côté “performance scénique” intéressant qui nous force à voir autrement la façon dont on donne nos formations. C’est vrai qu’on est souvent insécure, et ce principalement parce que bien des gens pensent que la matière est aride et que ça intéresse pas vraiment les étudiants. Au contraire, bien souvent les étudiants nous voient comme des experts et selon la performance justement que nous donnons, ils trouvent la matière pertinente et importante. On a un grand rôle à jouer de ce côté !!

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    • Jean-Philippe Pouliot Répondre 28 février 2012 à 09:22

      Un gros merci à Vicky pour vous avoir répondu plus rapidement que je l’ai fait. C’est effectivement la formation à laquelle nous avons assisté.

      En ce qui concerne votre message, je suis parfaitement d’accord avec vous comme quoi que cela peut aider a intéresser les étudiants à une matière qui bien souvent s’inscrit en parallèle de la matière qu’ils ont réellement choisi d’étudier.

      Je crois que nous avons beaucoup plus d’influence sur le déroulement d’une formation que nous le pensons. Nous avons la capacité, en tant que formateur, d’influencer l’attitude des étudiants, ainsi que l’environnement dans laquelle la formation se déroule. Évidemment, tout ne dépend pas de nous, mais le fait d’être conscient de cette influence est déjà un bon point de départ. Nous n’avons qu’à penser aux enseignants qu’on a aimé lorsque nous étions jeunes; bien souvent, ils réussissaient à nous faire aimer la matière, même lorsqu’on ne l’aimait pas!

      Au fond, j’essaie de mettre des mots sur des réalités palpables. Pourquoi aimons-nous un enseignant et pas un autre? Pourquoi une matière semble si simple avec un et plus compliquée avec l’autre? La performance du formateur est certainement une partie de la solution.

      De par mon humble expérience en tant que bibliothécaire formateur, j’expérimente beaucoup sous cet angle. Même si la matière est toujours donnée en fonction des besoins du professeur qui m’a invité, la manière de la donner, elle, diffère. Ce que je sais, c’est qu’à travers mes essais, je me définis en tant qu’individu, et ainsi, j’améliore ma performance. J’en suis même venu à aimer les problèmes techniques qui nuisent à mes exemples, car ça fait rire les étudiants, et on finit toujours par s’en sortir.

      Alors voilà. Merci pour votre commentaire!

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