Le facteur WOW en formation ou comment installer des feux d’artifice dans votre laboratoire!

Dernièrement, notre collègue Jean-Philippe Pouliot a écrit un excellent billet sur La performance en formation. Il  nous parlait de l’importance d’offrir une performance lorsqu’on dispense un atelier de formation. Vous comprendrez que je suis en accord avec lui et je souhaite donc partager des techniques que j’utilise en formation pour justement offrir une meilleure performance, voir un spectacle 🙂

1.       L’experte

Bien souvent, les bibliothécaires académiques ont tendance à sous-estimer l’impact de leur valeur auprès des étudiants ou à se priver de la faire connaître. Il nous arrive de penser que ce qu’on fait est moyennement utile, que ça ne va pas porter fruit. Je remarque aussi que des bibliothécaires pensent que les étudiants voient les formations de la bibliothèque comme une corvée. Or, ce n’est vraiment pas le cas ! Je suis toujours surprise de constater la motivation des étudiants et de certains professeurs. Un enseignant m’a déjà dit : « Je pourrais donner ton atelier, mais ça serait moins intéressant et surtout c’est toi l’experte, les étudiants sont sensibles à ça ».

Donc, qu’à cela ne tienne, il faut nous-mêmes nous considérer comme les experts que nous sommes. Les experts de CSI n’ont qu’à bien se tenir, moi je suis experte de l’information. Je me présente comme telle, je précise avant chaque atelier : qui je suis, quelle est ma formation, quels sont mes diplômes.

C’est vrai que nous sommes des experts. Je me surprends toujours à trouver génial le fait qu’on soit capable, souvent très rapidement, de comprendre des systèmes, des sujets sur lesquels nous ne sommes pas familiers, de trouver de l’information super pertinente pour des étudiants qui font des recherches sur des sujets dont on n’a jamais entendu parler, nous sommes géniaux!  Les étudiants sont généralement surpris de savoir que ça prend une maîtrise en science de l’information pour faire notre travail et, en principe, ça attise leur curiosité. Ils sont par conséquent plus attentifs.

En se positionnant dès le début comme des experts et en le croyant (évidemment), on le devient aux yeux de nos étudiants. Ça devient donc un plus (+) dans la performance et c’est beaucoup plus facile pour la prestance et l’aplomb devant la classe.

2.       Le jeu

Une autre de mes techniques est d’essayer d’introduire le jeu et la pédagogie active dans mes formations. L’idée n’est pas seulement de les faire pratiquer et de leur donner des exercices, mais bien d’en donner qui sortent de l’ordinaire et qui sont non-traditionnels. Lorsque j’ai le temps, bien sûr, je leur demande de jouer à « Guess-the-Google » : un petit jeu fort sympathique dont l’objectif consiste à découvrir le mot-clé qui a servi à trouver une série d’images. Le jeu, en soi, n’est pas si formateur. Ce qui vient apporter une bonne dose d’intérêt, c’est la discussion qu’on a avant/pendant/après l’activité.

Avant le jeu, je leur explique pourquoi je les fais jouer : plaisir, motivation, mais aussi je leur signale que pour faire une bonne recherche dans les bases de données bibliographiques, il faut utiliser la bonne terminologie et surtout utiliser l’anglais. Ainsi, le jeu vise justement à se mettre dans la peau d’un chercheur pour trouver le mot-clé le plus précis et ce mot doit absolument être en anglais.

Durant le jeu, j’opte pour la méthode « lancer un défi », en leur disant que la meilleure note dans le groupe d’avant était de 170 et que ma meilleure note personnelle est de 220, donc si certains me battent… ils sont vraiment trop bons !!

Finalement, en rétroaction je reviens sur les difficultés qu’ils ont eues et je fais des liens avec la matière du cours, par exemple : s’ils voient des images de la ville de Sydney, la plupart écrivent seulement « CITY » comme mot-clé, alors que la bonne réponse est « Sydney ». Ça démontre toute l’importance de faire un plan de concepts pour  identifier des synonymes et des quasi-synonymes afin de trouver les documents pertinents.

Je les fais aussi régulièrement participer à des quiz ou à des exercices qui exigent que des étudiants viennent à l’avant pour présenter des résultats. Ça fonctionne très bien, car je mise sur les 2-3 extravertis plus turbulents qui ne demandent qu’à parler!

3.       La technologie

La technologie peut apporter un facteur  » wow  » à vos formations mais si, et seulement si, elle est bien utilisée. L’utilisation la plus répandue est sûrement celle du tableau blanc interactif (TBI) qui permet de faire des exercices et des démonstrations visuellement plus intéressantes. Je regarde aussi pour le Smart Podium qui est aussi très intéressant, puisqu’il s’agit d’une tablette interagissant avec le projecteur, ce qui nous permet de faire des démonstrations tout en étant mobile dans la classe. Il existe aussi une panoplie d’applications et de logiciels pour prendre le contrôle des ordinateurs des étudiants dans le but de présenter leurs résultats d’exercices, par exemple.

L’utilisation de télévoteurs ou d’applications pour téléphones intelligents peut venir donner du dynamisme à l’atelier! Il existe même des applications permettant de télévoter avec un téléphone. D’un autre côté, certains bibliothécaires plus aventureux voudront peut-être se lancer dans une formation hybride permettant aux étudiants de dialoguer avec les médias sociaux. Par exemple, on pourrait penser à utiliser le TBI pour afficher la présentation théorique et utiliser un projecteur classique pour faire défiler les tweets en direct dans votre classe. Les étudiants pourraient alors commenter, ajouter de l’information et poser des questions.

4.        L’humour

Je préconise aussi une approche basée sur l’humour, je n’ai pas peur de répondre du tac au tac aux étudiants qui sont un peu plus turbulents. Je fais aussi des blagues dès le début de l’atelier en demandant à ceux qui sont déjà venus à la bibliothèque de lever la main, puis à ceux pour qui c’est la première fois. À ces derniers, je réponds qu’ils auront au moins appris une chose aujourd’hui… et je peux vous dire que ce genre de petites « piques » sympathiques les motivent dès le départ. C’est principalement vrai pour les étudiants du premier cycle.

J’explique aussi  souvent aux étudiants que les bibliothécaires parlent une autre langue, un peu obscure, limite  » Klingon « , dont je suis une interprète! Par exemple : « OK, vous voyez le mot mo-no-gra-phie, ben ça, c’est un mot compliqué de bibliothécaire pour dire :  « livre » et ensuite je précise un peu plus. Donc ça me confère une certaine autorité et, en plus, ça me place comme une sorte d’interprète auprès d’eux, et ce, tout en était assez amusante!

Dans un même ordre d’idée, j’essaie de mettre les étudiants en contexte avec des histoires. Je suis naturellement une conteuse, je mise donc sur ce point pour leur expliquer pourquoi la matière que je présente est importante. Une de mes histoires préférées est celle d’un étudiant qui cherchait avec les mots « lifting equipment » dans Google Scholar, sauf qu’il ne savait pas que Google Scholar est un outil multidisciplinaire. Il a donc été très surpris de tomber sur des articles parlant d’instruments pour faire des lifting… en chirurgie esthétique ! En racontant de telles mises en situation, vous vous rapprochez de la réalité de vos étudiants tout en ayant l’air décontracté. Ils apprennent d’autant plus puisqu’ils réalisent que c’est important!

 Finalement…

Bien sûr, pour offrir une solide performance et installer des feux d’artifice dans nos laboratoires, il faut être à l’aise, confiant et ne pas avoir peur d’essayer de nouvelles choses. Oui, user du facteur  » wow  » prend plus de temps et plus d’énergie mais, selon moi, ça vaut vraiment le coup puisque vous créez un lien entre les étudiants. Certains me disent : « moi je veux former, pas donner un spectacle ». Ce n’est pas faux, mais ce ne sont pas des idées à mettre en opposition, le spectacle sert justement à capter l’attention des étudiants, à établir une relation avec eux et surtout à rejoindre ceux qui sont moins motivés.

Le fait d’avoir du plaisir avec les étudiants et d’utiliser des outils comme le jeu ou la technologie ne vient pas diluer l’apprentissage. En fait, pour arriver à un résultat efficace, il faut aussi s’assurer de bien préparer ses ateliers : ça ne sert à rien, sauf à s’amuser, d’intégrer un jeu sans bien le présenter et sans faire une rétroaction visant à faire réaliser aux étudiants ce qu’ils viennent d’apprendre. De plus, il faut s’assurer d’avoir des techniques d’enseignement efficaces, par exemple avoir l’autorité nécessaire pour s’assurer que les étudiants cessent de jouer au moment prévu, pour calmer la classe. Personnellement, j’opte pour un ton plus humoristique qu’autoritaire, chacun sa voie!

Et vous, quels supports ou techniques utilisez-vous pour faire de votre présence devant la classe, une performance ? Des trucs ? 

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About Vicky Gagnon-Mountzouris

Bibliothécaire, responsable des services à l'École de technologie supérieure de Montréal. Vous pouvez me suivre sur Twitter @VikiG! J'ai aussi une formation en pédagogie et un intérêt pour les technologies éducatives.

4 Réponses to “Le facteur WOW en formation ou comment installer des feux d’artifice dans votre laboratoire!”

  1. Merci Vicky et Jean-Philippe pour vos billets, qui rejoignent l’esprit d’un livre que je vous recommande: Humor and Information Literacy: Practical Techniques for Library Instruction. Bon, j’avoue, la couverture est horrible.Les auteurs présentent de nombreuses raisons pour intégrer l’humour à nos formations: il permet d’exprimer notre personnalité, d’établir un lien de confiance, de démontrer notre compétence et d’établir la valeur de notre enseignement, de réduire l’anxiété chez les étudiants, de capter et de maintenir leur attention, de conserver notre intérêt aussi, et il paraît qu’il favorise la compréhension et la rétention de l’information!On nous fournit également quelques conseils : éviter de raconter de longues histoires; n’utilisez pas d’accessoires; adoptez un personnage qui reflète qui vous êtes vraiment; exploitez vos faiblesses; débutez et terminez la session sur une note humoristique; utilisez des analogies rigolotes pour expliquer des concepts plus difficiles.La seconde partie du livre présente des exemples concrets, utilisés par des formateurs selon la situation, et à adapter selon votre propre style. J’aime bien celui-ci: Indiquez aux étudiants que vous allez leur apprendre un mantra. Faites-leur répéter quelques fois: « Quelqu’un peut m’aider à la bibliothèque ». Redemandez-leur quel est leur mantra avant de terminer la session.Une webliographie à la fin du bouquin recense des vidéos (en anglais bien sûr) à présenter en classe, mais nous pourrions aussi intégrer les capsules vidéo de nos collègues des UQ dans nos formations!

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  2. Boisvert Danielle Répondre 26 mars 2012 à 19:37

    Bonjour

    je partage vos commentaires et je vous invite à prendre connaissance du livre que j’ai piloté aux éditions Asted L’intelligence informationnelle, les acteurs, les défis et la quête de sens. Vous y trouverez des articles écrits par de pédagogues, des professeurs, des étudiants et des bibliothécaires.

    Cordialement
    Danielle Boisvert

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  3. Sortir des chemins battus dans tous les sens du terme est essentiel tant sur le fond que sur la forme. Quelle soit une formation, une présentation ou encore un bulletin de la bibliothèque le changement, être à l’écoute des besoins et les nouvelles idées … tous les moyens sont bons pour créer l’effet « WOW » et faire réagir la clientèle peu importe son milieu universitaire, collégiale ou spécialisé.

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Trackbacks/Pingbacks

  1. Formation | Pearltrees - 24 mars 2012

    […] Le facteur WOW en formation ou comment installer des feux d’artifice dans votre laboratoire! « Tr… Dernièrement, notre collègue Jean-Philippe Pouliot a écrit un excellent billet sur La performance en formation . […]

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