Learning commons – Réflexion et partage d’expériences

Réflexion:

Les bibliothèques académiques sont des lieux de travail, d’échange et de collaboration dynamique et motivante pour les étudiants et les usagers. Depuis quelques années, on remarque une tendance croissante par rapport à l’augmentation de la fréquentation de ses espaces et de l’appropriation du lieu par les étudiants, notamment. Ceci peut s’expliquer par plusieurs facteurs, tels que les améliorations physiques accomplies : salles de travail, laboratoire de formation, espaces plus confortables, espace salon.

À l’ÉTS (École de technologie supérieure) nous avons construit depuis quelques années des salles de travail collaboratif équipées d’écrans moniteurs et de TBI (tableau blanc interactif), un laboratoire de formation, un espace détente et des espaces plus conviviaux à l’entrée de la bibliothèque.  Ces espaces sont très populaires et la fréquentation de la bibliothèque ne cesse de grimper. J’élaborerai sur notre expérience plus bas dans ce billet.

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La bibliothèque universitaire est aussi très sollicitée du point de vue des formations et de l’expertise de son personnel. Par exemple, dans notre bibliothèque, nous notons une augmentation fulgurante du nombre de formations et des étudiants touchés par les formations de la bibliothèque. Les demandes de la part des professeurs sont nombreuses, ce qui est tout à fait compréhensible dans un monde où la culture de l’information est aussi importante. Les étudiants apprécient grandement les ateliers offerts par le Service de la bibliothèque visant à faire développer la culture informationnelle et technologique des étudiants. Ils considèrent ces ateliers comme utiles et pertinents dans une très grande proportion. De ce fait, la bibliothèque devient de plus en plus un véritable pôle d’apprentissage et de collaboration.

Les bibliothèques sont donc de plus en plus perçues comme des lieux d’échange et de collaboration au centre de l’université. Dans un contexte d’utilisation de l’information et de gestion des connaissances, les concepts de learning commons et de learning center sont très populaires en Europe, aux États-Unis et dans le reste du Canada anglais.  Peu de bibliothèques québécoises proposent des lieux et des services semblables. L’exemple le plus près est la Cyberthèque de McGill et l’espace « foyer intellectuel » de la bibliothèque de l’École Polytechnique.  Toutefois, le concept de learning commons qui proposent aussi des services d’apprentissage en collaboration avec l’université et l’implication étudiante n’est pas totalement reproduit dans ces initiatives. Les learning commons visent à favoriser la circulation des connaissances et l’apprentissage.  L’idée est d’offrir un lieu à la fine pointe de la technologie où se marient services d’apprentissage et espace confortable.[1]

Les learning commons incluent donc des espaces dynamiques, confortables et innovants ainsi que des services d’apprentissage et des services non-traditionnels, tels que des cafés, des lieux de socialisation, de la nourriture, des évènements culturels, des activités ludiques, etc. On note dans un rapport du Cefrio que « Si certaines de ces activités peuvent paraître « frivoles », elles permettent par contre, selon Demas, d’augmenter la qualité de l’expérience offerte aux usagers. » (Cefrio, 2007, p.19) Dans certaines de ces « nouvelles » bibliothèques comme à l’Université de Guelph, on note des services tels que du support informatique, du support en français et en écriture, etc.

Le modèle des learning commons est donc hybride et est, en soi, un exemple de collaboration inter-services. Les learning commons sont particulièrement présents dans les bibliothèques universitaires puisqu’il s’agit d’un lieu clairement identifié pour l’apprentissage, l’information, les connaissances et qui se trouve au cœur même de l’université. Par exemple à l’Université de Calgary la création du learning commons vise un «apprentissage centré sur l’université  avec un accent sur ​​l’amélioration de la qualité et une culture savante ». La bibliothèque est le lieu tout indiqué pour les learning commons  puisqu’il s’agit d’un endroit symbolique représentant le cœur de la recherche et de l’apprentissage. C’est aussi un lieu où se côtoient les ressources documentaires, les espaces de travail et l’expertise du personnel. C’est donc le lieu parfait pour proposer un guichet unique de services et des espaces favorisant une culture d’apprentissage, d’information et de développement intellectuel.

Partage d’expérience: Projet à l’ÉTS, Espace 3C

Contrairement aux laboratoires statiques classiques, les learning commons intègrent plutôt l’élément d’innovation et de travail collaboratif à l’aide de la technologie et des ressources d’apprentissage. À la bibliothèque de l’ÉTS, nous avons donc décidé de créer un espace qui s’harmoniserait avec l’aménagement déjà existant. Notre projet se nomme l’Espace 3C (Connaissance, Collaboration, Création). Nous travaillons notamment avec l’aide d’Espaces temps pour créer cette salle nouveau genre. L’idée est de créer un lieu de travail, mais aussi d’apprentissage avec de l’ameublement moderne, modulable et dynamique. Un lieu qui n’est pas nécessairement un Learning commons, mais qui entre dans le même esprit.

L’image ainsi véhiculée en est une…

  • D’interaction
  • De collaboration
  • D’apprentissage par problèmes
  • D’espace de simulation
  • D’apprentissage constructiviste
  • D’échanges et de collaborations informels

Qui est…

  • Centré sur l’humain à l’aide de la technologie
  • Souple, inspirant, configurable et adaptable
  • Un exemple de partenariat, d’échanges interdisciplinaires d’idées, de découverte mutuelle
  • Confortable, sophistiqué et pratique

 

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Ainsi, puisque la bibliothèque offre des services à toute la communauté et une permanence, l’implantation d’un concept du genre est naturelle en bibliothèque. Pour conserver l’esprit d’un Learning commons, il faut penser à des services en collaboration avec différents départements :

  • Bibliothèque
  • SAE
  • Association étudiante
  • Décanat des études
  • Professeurs
  • Groupes et comités

Exemples de services pouvant être proposés:

  • Aide à l’écriture de travaux et de thèses
  • Outils de productivité
  • Support LaTex
  • Atelier de gestion du temps et des études
  • Formations et certification à la culture informationnelle
  • Formations et certification TIC
  • Animations culturelles et ludiques
  • Formation par les pairs
  • Anticonférences et ateliers communautaires
  • Formation pour les étudiants étrangers
  • Formation TIC et CI pour les professeurs, etc.

La création d’un espace incluant des services et des activités semblables permet donc de favoriser l’apprentissage social et collaboratif. Il s’agira donc  d’un endroit démocratique, accessible où se retrouvent plusieurs services essentiels à la communauté ÉTSienne et où les étudiants peuvent s’engager. Ce lieu permet d’engager les étudiants dans leurs études puisqu’il s’agit d’un lieu commun et accessible : un guichet unique. La bibliothèque offre déjà des espaces engageants et des formations fortement appréciées, il s’agit d’un nouveau pas à franchir.

  • Et vous, est-ce que le concept de Learning commons vous parle? Avez-vous des exemples ou des idées de ce genre à nous présenter?
  • Que pensez-vous de cette nouvelle tangente prise par les bibliothèques académiques d’occuper le créneau de la collaboration et de l’apprentissage informel?

Pour en savoir plus sur les Learning commons


[1] Selon Joan K. Lippincott, directrice associée de la Coalition for Networked Information (http://www.cni.org/)26, ces nouveaux types d’espaces communiquent une attitude positive aux étudiants. Ils contribuent en effet à briser l’image traditionnelle de la bibliothèque et proposent un environnement confortable qui met de l’avant la communication entre pairs et le recours aux technologies (LIPPINCOTT, Joan K., 2005a : 64).

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À propos de Vicky Gagnon-Mountzouris

Bibliothécaire, responsable des services à l'École de technologie supérieure de Montréal. Vous pouvez me suivre sur Twitter @VikiG! J'ai aussi une formation en pédagogie et un intérêt pour les technologies éducatives.

11 Réponses vers “Learning commons – Réflexion et partage d’expériences”

  1. D’ailleurs si vous voulez suivre les développements de la construction et de la programmation de notre Espace 3C, c’est ici que ça se passe (ou sur le Facebook de la Bibliothèque ÉTS —-> http://espace3c.tumblr.com/

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  2. Claire Giroux, cegep Garneau. - prof en tech. De la documentation? Réponse 22 octobre 2012 à 22:32

    Et qu’en est-il du bruit, de la nourriture…du lieu de « silence » collé à la bibliothèque?

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    • Dans le cas de la bibliothèque de l’ÉTS, nous avons déjà une délimitation sectorielle : zone silence, zone voix basse et zone discussion, ce qui permet de répondre aux besoins de tous les étudiants. Les endroits plus animés sont très populaires. L’Espace 3C se situera dans une de ces zones « discussion » et sera plus bruyant, car il y aura des formations, des animations, des groupes de discussions et la possibilité de mettre de la musique avec un dock à iPod et de faire des téléconférences.

      Nous avions l’idée de départ que dans l’Espace 3C il y aurait certaines règles humoristiques : Vous pouvez entrer n’importe quand, vous pouvez parler, vous pouvez déplacer le mobilier, etc.

      Pour ce qui est de la nourriture, comme plusieurs bibliothèques universitaires, nous tolérons déjà les boissons lorsque le content se ferme et la nourriture « raisonnable » donc des grignotines, barres tendres, etc… mais pas la pizza 😉

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      • Jean-Philippe Pouliot 23 octobre 2012 à 12:59

        Tout d’abord, félicitations. Votre projet est très inspirant, innovateur et rafraîchissant.

        J’ai assisté dernièrement à une formation sur la gestion de classe, dans laquelle il était question des principales caractéristiques des différentes générations (les baby-boomers, les X et les Y). Un des éléments qui ressortaient des nouvelles générations étaient qu’elles étaient beaucoup plus portées au travail en équipe mutuellement responsable. Votre projet avant-gardiste a donc tout ce qu’il faut pour connaître le succès.

        Il serait très intéressant que tu puisses nous partager dans le cadre d’un autre billet l’utilisation de cette salle, les points forts ainsi que les points faibles. Cela pourrait mener à développer des projets similaires dans d’autres institutions (yéééé UQAC!).

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  3. Laurie-Anne Gignac Réponse 23 octobre 2012 à 09:04

    Le concept me parle énormément. Au-delà de la reconfiguration des espaces qui, je crois, font maintenant pratiquement l’unanimité dans les bibliothèques, la collaboration avec les différents départements me semble une idée géniale pour améliorer les services aux étudiants. Non seulement pour offrir des services plus variés via la bibliothèque, mais aussi comme soutiens aux bibliothécaires. Comment se comporter face à un étudiant qui semble éprouver des difficultés personnelles? Comment offrir des formations mieux adaptées aux clientèles particulières, comme les étudiants souffrant de trouble du déficit d’attention? etc. Les différents départements des universités regorgent de ressources qui peuvent nous permettre d’offrir un meilleur soutien à l’apprentissage. Cette voie est assurément à creuser!

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    • La collaboration inter-service est vraiment une voie d’avenir, je suis tellement d’accord. C’était important pour nous de ne pas seulement avoir un espace physique, mais bien un espace de rencontres et de services. Comme je le mentionne plus haut, le fait qu’à la bibliothèque on est l’un des seuls services qui jumelle apprentissage, ressources, mais surtout une permanence du personnel, c’est une force que les autres services remarquent.

      Je donne un exemple du côté technologique: nous avons un laboratoire, des TBI, etc., mais, nous sommes devenus avec le temps une sorte de référence des outils technologiques, car contrairement aux laboratoires départementaux, il a des professionnels, des techniciens qui sont là en tout temps ou presque et qui connaissent bien les outils.

      Je suis certaine que je ne suis pas la seule à vivre avec la situation suivante: suite à une formation, des étudiants viennent nous voir et nous écrivent régulièrement pour des questions touchant un problème avec le gabarit Word ou une question sur Excel, voir même des questions sur comment faire leur choix de cours, etc. Je peux leur répondre par expérience, mais ce n’est nécessairement moi (ou d’autres techniciens, commis et bibliothécaires) la bonne personne ressource pour ce genre de problématique. Par contre, les étudiants viennent nous voir parce que c’est plus facile, nous avons une ouverture et que c’est tellement moins gênant de cogner à notre porte (qui est toujours ouverte) qu’à celle du décanat des études, par exemple.

      Donc même sans le vouloir, la bibliothèque a un peu cette connotation-là aux yeux des étudiants, pourquoi pas comme tu le dis d’offrir un soutien à l’apprentissage et aux études grâce à la collaboration avec les autres services et départements!

      C’est une voie d’avenir à mon avis aussi.
      Je suis bien curieuse de voir les initiatives en ce sens ailleurs.
      Une table-ronde au prochain Congrès? 🙂

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      • Philippe Lavigueur 29 octobre 2012 à 19:36

        La bibliothèque peut devenir la véritable porte d’entrée des services aux étudiants. Au Collège Montmorency, la bibliothèque est sous l’égide des services aux étudiants depuis cinq ans maintenant et les partenariats commencent à prendre forme avec les autres professionnels et techniciens de ce service. Le service d’aide et de référence mérite son nom mieux que jamais!

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  4. Bonjour, tout ceci pose, je pense, à nouveau la question de l’avenir des bibliothèques “en dur“ et de leur rôle futur. Le savoir étant désormais accessible ailleurs, et sous différentes formes, il semble que les rôles et les rapports passés tendent à s’inverser. On allait à la bibliothèque pour avoir accès à de la documentation et du conseil, en dehors se situait l’espace des rencontres intellectuelles, culturelles… Aujourd’hui que le savoir et le conseil achèvent de se diffuser partout en dehors des bibliothèques, il reviens alors peut-être à celle-ci de devenir, inversement, des espaces publiques de belle rencontre, au cœur de la cité. Ce serait en effet un lourd contresens de penser comme un certains nombres de bibliothécaires : “Hors des bibliothèques point de salut, “ dans la mesure où le public est effectivement, moins démuni et beaucoup plus exigeant qu’on ne l’imagine. Je pense que les bibliothécaires doivent proposer autre chose au public d’aujourd’hui.

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    • Je crois aussi que les bibliothèques doivent s’ouvrir vers de nouveaux espaces et réorienter certains services, c’est un peu dans cet esprit que la bibliothèque universitaire peut devenir un pôle pour faire rayonner la vie intellectuelle et un lieu d’apprentissage. Par contre, le savoir est tout sauf accessible ailleurs au sens où encore aujourd’hui le coût des livres est encore très élevé, les livres électroniques ne sont pas du tout gratuits sur le web et une grande partie de la littérature scientifique est encore inaccessible sans passer par une bibliothèque. Or, nos ressources documentaires s’adaptent aussi, par exemple en achetant maintenant plus de ressources électroniques que papier, en donnant accès, via proxy, à la documentation scientifique payante que l’on trouve par une recherche sur Internet.

      Le monde des bibliothèques se transforme et je suis toujours agréablement surprise de voir que les statistiques d’entrées en bibliothèque vont toujours en augmentant et que le nombre de questions de référence, de formation et de rencontres, de conseils que l’on fait explose. Il y a un signe à y voir: peut-être que ce n’est pas si simple que ça de s’y retrouver sans aide de retrouver l’information et le savoir 🙂 Par ailleurs, je pense que, comme disait Jean-Philippe, le rôle socialisant de la bibliothèque doit de plus en plus être mis de l’avant, que ce soit en favorisant les espaces de travail d’équipe, les échanges créatifs ou le transfert des savoirs, justement!

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  5. Bonjour,
    Je suis d’accord avec le commentaire de mon collègue ‘Annulation de permis de conduire. En ce sens, nous cédons les espaces bibliothèque de nos universités cédons à d’autres services bien docilement en échange de statistiques épatantes. Oui, il faut payer les abonnements électroniques et leurs utilisateurs sont plus souvent au lab, dans leur bureau ou ailleurs que dans les learning commons j’en ai bien peur. Alors, qu’on en fasse ce que l’on en veut bien des espaces libérés à la suite de la numérisation de la documentation scientifique et technique, mais que l’on ne coupe pas mes budgets de développement $$$.

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Rétroliens/Pings

  1. Learning commons – Réflexion et partage d’expériences | Professeurs documentalistes | Scoop.it - 15 novembre 2012

    […] Les bibliothèques académiques sont des lieux de travail, d’échange et de collaboration dynamique et motivante pour les étudiants et les usagers. Les learning commons incluent donc des espaces dynamiques, confortables et innovants ainsi que des services d’apprentissage et des services non-traditionnels, tels que des cafés, des lieux de socialisation, de la nourriture, des évènements culturels, des activités ludiques, etc. On note dans un rapport du Cefrio que « Si certaines de ces activités peuvent paraître « frivoles », elles permettent par contre, selon Demas, d’augmenter la qualité de l’expérience offerte aux usagers. » (Cefrio, 2007, p.19) Dans certaines de ces « nouvelles » bibliothèques comme à l’Université de Guelph, on note des services tels que du support informatique, du support en français et en écriture, etc.  […]

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