Vidéos : une adoption réussie?

Le développement des technologies rend la production de vidéos de plus en plus facile. La production de vidéos par le personnel des bibliothèques n’est pas nouvelle, mais est-elle à la mesure de l’usage des internautes d’aujourd’hui? Autant on s’étonne désormais devant un bibliothécaire de référence qui ne connaît pas EndNote ou Refworks, autant devrait-on s’étonner du non développement de compétences techniques à produire une vidéo chez le personnel des bibliothèques. Ou devrait-on? Quoi qu’il en soit, les vidéos ont la cote sexy sur le Web et sont dans l’air du temps. Les bibliothèques surfent-elles réellement sur la vague vidéo qui a déferlé sur le Web?

Après avoir présenté rapidement le projet de capsules vidéo de formation documentaire réalisé par le PDCI au cours de l’hiver 2012, je m’attarderai sur des questionnements à l’égard de l’adoption de la vidéo comme média de communication au sein des bibliothèques.

Les nouvelles capsules de formation du PDCI

Au printemps 2011, les membres du PDCI ont exploré l’utilisation de la vidéo comme outil de communication en utilisant, selon le logiciel expérimenté, une webcam, un téléphone intelligent ou une caméra numérique. Le groupe ayant aussi identifié que le tutoriel InfoSphère avait besoin d’une cure de rajeunissement, l’idée a été retenue de produire des vidéos qui pourraient être intégrées à InfoSphère d’ici à ce qu’une refonte complète de sa facture soit prise en charge. Le souhait était qu’après l’expérience de production vidéo effectuée à l’hiver 2012, divers membres auraient alors développé des compétences à l’utilisation de ces médias et pourraient devenir des personnes ressources au sein du service de bibliothèques de leur université d’attache.

Fier de son exploration, le PDCI a dû choisir un logiciel pour son projet de mise à niveau des compétences. Bien des éléments influencent le choix du logiciel à utiliser. On pense notamment à la courbe d’apprentissage, au budget, aux possibilités d’édition.

Le PDCI avait exploré Windows movie maker, Logitech, Super 8 (Apple store), Go! Animate, JellyCam, Panopto et VideoSpin. Au départ, c’était l’application Panopto qui avait été retenue. Le logiciel est très facile à apprendre mais offre peu de possibilités d’édition. La personne filmée doit accepter éventuellement de se voir bafouiller, sinon c’est la reprise continuelle. Un de ses attraits est que le rendu donne la possibilité à l’étudiant de se connecter à sa session de visionnement et d’annoter publiquement ou en privé les vidéos (Voir un exemple sur Panopto). L’ensemble des vidéos produites a été déposé sur une chaîne You Tube. Une fois la vidéo convertie pour YouTube, on perd toutefois le rendu typique à Panopto. Toutefois, malgré la facilité d’utilisation de Panopto, des collègues ont préféré utiliser une application déjà connue d’eux comme Camtasia. Le fait de pouvoir éditer la saisie vidéo (et donc de ne reprendre que les parties bafouillées 🙂 ) a aussi pesé dans la balance.

Néanmoins, il y a une réflexion à faire  ̶  réflexion qui est propre à chacun  ̶  tant qu’au degré de « perfection » à atteindre : est-ce nécessaire d’avoir une vidéo bien léchée qu’on aura mis des mois à livrer lorsqu’on sait qu’elle sera probablement désuète dans moins d’un an? L’équilibre est à rechercher entre la rapidité de production et le degré de satisfaction.

Certains logiciels permettent d’exporter la vidéo en format vidéo-PDF (c’est le cas avec Captivate). Cette forme de publication est utile lorsque notre institution ne nous offre pas de plateforme où mettre en ligne rapidement nos vidéos ou que la vidéo est une réponse particulière à un usager et qu’elle n’est pas destinée à être publiée. On peut utiliser aussi Eyejot.com pour envoyer des vidéos par courriel mais ce n’est pas la navigation dans l’écran qui est filmée, seulement ce qui est dans le champ de la caméra de l’ordinateur (plan gratuit). L’aspect technique n’est qu’un élément et l’article de Perry [1] illustre bien qu’on fait avec ce qu’on a et qu’il y a d’autres étapes aussi essentielles à la production de vidéos que le choix du logiciel.

Pourquoi produire des vidéos en contexte de bibliothèque?

Quatre motivations principales ont été identifiées : la formation, la promotion des produits et services offerts par la bibliothèque, le soutien à la référence et la communication en générale.

Formation

Avec le développement de l’enseignement à distance et les collaborations extra-muros, le recours aux vidéos comme outil formateur n’est pas en voie de s’éteindre. Un article récent de l’actualité, Mon prof sur Youtube! [2] démontre bien que les enseignants québécois semblent adopter de plus en plus l’outil dans un contexte de pédagogie inversée (encouragez cet enseignant!). Par ailleurs, des produits informationnels voués à la formation voient le jour comme le montre le périodique JoVE (Journal of Visualized Experiment). Ce périodique consiste en une base de données de vidéos de protocoles de laboratoire en sciences biologiques principalement. Un autre article de L’actualité relate dans une entrevue avec Henry J. Eyring [3] que la croissance de l’enseignement en ligne de l’Université Brigham Young d’Idaho s’accroîtrait de 30% par an… Est-ce un indicateur pour notre société québécoise?

Pour le PDCI, c’est évidemment pour des fins de formation aux CI que les capsules vidéo ont été produites. Même si InfoSphère présente une richesse de contenu, peu d’utilisateurs lisent les pages profondes et on peut inférer que d’autres se découragent tout simplement dès le début de la consultation lorsque la réponse à leur question est quelque part dans l’un des paragraphes de la page qu’il faut lire… Quelques vidéos, présentant les éléments clés à connaître sur des thèmes populaires ou importants et mises en des endroits stratégiques, pourraient donc accrocher ces usagers à la lecture peu persévérante. En se basant sur notre perception des besoins, sur les vieilles vidéos existantes dans InfoSphère et sur les statistiques d’utilisation de ce tutoriel, des capsules vidéo portant principalement sur le thème du plagiat et la citation des sources ont été réalisées.

Promotion

Il s’agit ici de vidéos cherchant à faire connaître la bibliothèque ou un nouveau produit / service aux usagers. Exemple (TBI de l’Université du Québec à Chicoutimi).

Soutien à la référence

Plusieurs bibliothèques offrent un service de clavardage (chat) en plus d’une référence virtuelle par courriel. Dans ce contexte, un portefeuille de vidéos peut être d’une grande utilité pour répondre aux usagers à distance. Dans le cas du clavardage, l’adoption de l’application Jing permet de produire ponctuellement, à point nommé, une capture vidéo de l’écran avec une URL temporaire pour qu’un usager ayant besoin d’un visuel puisse y accéder. Votre bibliothèque planifie-t-elle le contenu de son portefeuille de vidéos en vue d’un soutien à la référence virtuelle? Par exemple, à l’Université Concordia, une page, bien que non exhaustive de l’ensemble des productions, organise l’accès à une collection de vidéos. Est-ce que certains d’entre vous ont exploré le vidéochat?

Communication générale

Dans ce cas, la motivation principale à produire des vidéos est de se doter d’un outil de communication additionnel aux moyens déjà mis en place. La motivation peut évidemment être complémentaire aux trois autres précédemment citées, mais elle peut aussi se suffire à elle-même. Par exemple, le vidéoblog du médecin Michael Greger délivre une vidéo sur un thème nutritionnel pratiquement chaque jour. Dans une toute autre approche, l’IOP (Institute of Physics) offre depuis février 2011 par l’intermédiaire du New Journal of Physics, des résumés d’article sous forme de vidéos. Selon les commentaires recueillis par IOP, la vidéo permet aux chercheurs d’apporter une touche plus personnelle, des éclaircissements et une rapidité de « lecture » qu’empêche la mise en forme savante du média écrit.

On peut se demander si, en dehors des fins promotionnelles, éducationnelles ou de référence virtuelle, les sites Web des bibliothèques, avec leurs pendants sociaux Facebook et Twitter, usent de la vidéo comme accès à leur contenu informatif. Par exemple, plutôt que d’offrir des pages et des pages expliquant la carte CRÉPUQ (privilège d’emprunt réciproque entre les bibliothèques universitaires québécoises et canadiennes) , une bibliothèque pourrait ajouter dès la première page une vidéo d’orientation : dans le fond, la majorité du temps tout ce que l’usager a à savoir c’est, en gros, d’aller au comptoir du prêt avec sa carte étudiante et d’y demander sa carte CRÉPUQ… il lira le reste s’il en ressent le besoin!

McClure [4] avance qu’avec le déploiement populaire des vidéos comme pratique communicative, il devient important pour les fournisseurs de contenu (c’est nous ça!) d’avoir autant une stratégie de contenu vidéo qu’une stratégie de contenu de leur site Web. Elle indique que les éditeurs de contenu reconnaissent que les vidéos contribuent à accroître le nombre de visiteurs sur leur site et les incitent à se mobiliser et à s’impliquer envers celui-ci. Un usager qui accède à notre site de bibliothèque est à deux doigts d’accéder à des contenus de formation. Une stratégie de communication peut donc avoir un impact sur le rayonnement des outils de formation. Son article souligne aussi qu’en s’écartant un peu de ses activités principales pour identifier des thèmes vidéo, l’organisation peut, par cette voie, atteindre sa clientèle cible. Par exemple, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), un axe de contenu éventuel serait des webémissions associées à la campagne de promotion  « Auteurs UQAM ». Voyez-vous des avenues à exploiter dans le site Web de votre bibliothèque?

Lieu de diffusion

L’incontournable, c’est YouTube. Il est tout à fait approprié d’avoir nos vidéos sur notre site Web, mais sachant qu’en 2011, YouTube a eu plus d’un billion de visionnements, il serait sage d’y avoir sa propre chaîne pour y pousser son portefeuille de vidéos… Un petit tour rapide des chaînes YouTube de bibliothèques québécoises en date du 21 octobre 2012 montre que YouTube n’est pas intensément occupé par les bibliothèques québécoises. Parmi celles qui ont une chaîne, seul le service des bibliothèques et archives de l’Université de Sherbrooke a sa chaîne liée à celle de l’institution. Le nombre de vidéos publiées varient entre 2 et 42 sur une période d’activité s’étalant de septembre 2010 à aujourd’hui. Le nombre d’abonnés joue entre 0 et 45 et le nombre de visionnements est compris entre 275 et 13 206. On pourrait espérer plus d’abonnés aux chaînes de bibliothèque, ne serait-ce que par le bassin de professionnels de l’information qui ont a priori un intérêt à faire une veille sur ce genre de produit. Une tâche à ajouter dans ma veille informationnelle… et vous?

Youtube affirme qu’en 2011, son trafic provenant des mobiles a triplé. Chaque minute, 700 vidéos sont partagées sur Twitter et chaque jour c’est l’équivalent de 500 années de visionnement qui est fait sur Facebook. L’élément à retenir est que YouTube n’est pas qu’une plateforme de diffusion, c’est aussi une plateforme communautaire. Nos bibliothèques font-elles parties de cette vie communautaire? Y a-t-il lieu de faire partie de ce brouhaha? Les usagers sont-ils intéressés à voir nos contenus sur ces espaces? Mais surtout, pourquoi limiter la réflexion aux usagers : pourquoi, comme communauté professionnelle de l’information, n’investissons-nous pas allègrement ces espaces médiatiques?

Les compétences médiatiques

L’Association of College and Reserarch Libraries (ACRL) a approuvé en octobre 2011des lignes directrices concernant les Visual Literacy Competency Standards pour les études postsecondaires qu’on peut traduire par compétences médiatiques. Les normes proposées couvrent la recherche, l’évaluation, l’utilisation et la création d’images et média visuels. Selon la discipline, le spectre de normes pouvant être implantées dans un cursus de formation documentaire variera. Il y a lieu toutefois de se questionner sur la généralisation prochaine de la pertinence de ces lignes directrices : avec les outils technologiques de plus en plus conviviaux, il devient de plus en plus facile de créer du matériel visuel. Les bibliothécaires et techniciens seront-ils des intervenants de première ligne à l’égard de l’acquisition de ces compétences?

Liste de références

[1] Perry, Anali Maughan. 2011. « Lights, Camera, Action! How to Produce a Library Minute ». College & Research Libraries News, vol. 72, no 5, p.278-279, 282-283.

[2] Grégoire, Isabelle. 15 novembre 2012. « Mon prof sur YouTube! ». L’actualité, vol. 37, no 17, p.23-25.

[3] Nadeau, Jean-Benoît. 15 novembre 2012. « Dépassé, le modèle Harvard? ». L’actualité, vol. 37, no 17, p.29-31.

[4] McClure, Marji. 2011. « ABCs of Online Video: Building a Strategy ». EContent, vol. 34, no 8, p.22-26.

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About Cynthia Lisée

Bibliothécaire de référence à la Bibliothèque des sciences de l'UQAM (liaison avec les départements de mathématiques et d'informatique)

9 Réponses to “Vidéos : une adoption réussie?”

  1. Merci Cynthia pour ce tour d’horizon. Concernant les compétences médiatiques, j’ai noté que les élèves du secondaire doivent de plus en plus présenter des travaux de synthèse sous forme de vidéo. Certains outils sont certes conviviaux, mais encore faut-il les trouver; les professeurs semblent s’attendre à ce que les élèves fassent la démarche par eux-mêmes. Je crois qu’il faudra bien que les bibliothèques universitaires offrent du soutien à l’acquisition de compétences médiatiques dans les années à venir, et ce dans plusieurs disciplines.

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  2. Je crois qu’il est effectivement souhaitable d’envisager cette possibilité. Il m’arrive de dépanner des usagers avec leurs ppt alors pourquoi pas une vidéo puisque l’outil semble se généraliser… mais peut-être est-ce le rôle des technopédagogues… à certains égards, cela questionne notre identité professionnelle, notre positionnement…

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  3. Philippe Lavigueur Répondre 8 novembre 2012 à 11:06

    À propose du degré de perfection et de la désuétude des capsules :

    «Néanmoins, il y a une réflexion à faire ̶ réflexion qui est propre à chacun ̶ tant qu’au degré de « perfection » à atteindre : est-ce nécessaire d’avoir une vidéo bien léchée qu’on aura mis des mois à livrer lorsqu’on sait qu’elle sera probablement désuète dans moins d’un an? L’équilibre est à rechercher entre la rapidité de production et le degré de satisfaction ».

    Il est vrai que les capsules sur les outils deviennent, relativement, rapidement désuètes. C’est moins le cas pour les grands principes de la recherche. Donc on peut se permettre d’investir plus de temps dans l’analyse, la conception, et les stratégies pédagogiques de création d’une ressource si l’on sait que sont contenu sera réutilisable et adaptable dans le temps.

    Les capsules de formation adaptables décloisonnent la formation documentaire et permettent aux enseignants de réinvestir certaines habiletés de recherche ponctuellement et au moment pertinent. Si ces capsules sont éditables relativement facilement, elles n’en sont que plus adaptables au contexte de cours pour l’enseignant. Il faut donc faire attention aux licences et au choix des technologies utilisées. Multiplier celles-ci demande davantage d’investissement de temps de la part des formateurs.

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    • Il est vrai qu’après avoir exploré des outils, mieux vaut effectivement se limiter à certains qui répondent aux besoins pour maximiser son temps d’apprentissage et d’appropriation des mises à jour des logiciels utilisés.
      Pour la désuétude, c’est tellement subjectif… une collègue a mis 2 ans à bâtir une suite de petits tutoriels : au bout de 2 ans, le choix des couleurs n’était déjà plus au goût du jour (mais le contenu est encore super et est d’ailleurs encore sur notre site Web). On peut peut-être faire une analogie avec  » l’extreme programming  » pour s’encourager à développer une méthode de travail qui compose avec le changement : faire des petites livraisons fréquentes plutôt que d’attendre d’avoir l’ensemble du produit paufiné!

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  4. Nous avons aussi lancé la rénovation du tutoriel Cerise pour l’Urfist de Paris (beaucoup moins large qu’infosphère, mais qui à l’époque était le premier site sur le sujet !! ) et je vous joins les liens de 2 vidéos faites en bd sur le livre et le périodique sur un compte YouTube


    et insérée dans le site qui est en travaux ; la sortie est prévu pour juin ! Nous avons travaillé avec une association DocenStock qui font de la médiation des travaux et de la vie des doctorants en vidéo et en BD.
    Et pour le reste, on va s’améliorer : on se débrouille pour les screencasts et on fait beaucoup de podcasts audio (on va développer des partenariats avec une association de radios)
    Le but de la refonte du site est de mettre à jour les contenus en proposant toujours le texte mais en le doublant ou en le présentant en multimédia
    Travailler la conception de scénario va bien avec la pédagogie, de toutes façons.
    Pour l’habillage, l’ambiance, les décors de la vidéo : c’est mieux de travailler avec un graphiste pour garder une identité.
    C’est aussi bien d’avoir un œil extérieur d’un professionnel autre que celui de la doc. Voilà !
    Je vous félicite pour les articles !

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  5. C’est vraiment stimulant de se promener dans le nouveau site de Cerise car il offre une belle variété de présentation de l’information. Je suis bien contente d’y retrouver des thèmes d’actualité comme le Web social.
    Je vais signaler la nouveauté auprès de mes collègues!
    Merci de nous en avoir informé!

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