« Démontrer l’impact des bibliothèques »

« Démontrer l’impact des bibliothèques »

Voilà un énoncé que j’ai entendu à quelques reprises au Congrès des milieux documentaires 2012. Expression formulée comme un entendement, les communicateurs mentionnent LibQual[1] ou la reconnaissance de la contribution du bibliothécaire dans la production scientifique[2] comme moyens. Nous sommes d’accord. Pourtant, nous n’avons pas l’impression qu’il s’agit d’un dossier réglé, au contraire.

Pour éviter que cette idée demeure creuse et méconnue, je vous rappelle brièvement ici quelques outils à notre disposition pour démontrer l’impact de nos activités, la formation documentaire en particulier. Notons que Gabriel Dumouchel nous a entretenus en septembre de certains enjeux liés à ce thème, au niveau de la bibliothèque scolaire. D’ailleurs, le lectorat de Tribune CI serait bien intéressé à ce qu’un professionnel œuvrant pour une commission scolaire vienne dépeindre l’ampleur du défi. En attendant, je vais m’intéresser aux pratiques en bibliothèque universitaire (BU).

Voici tout simplement certains dispositifs pour démontrer l’impact de la formation documentaire:

Que nous disent les statistiques?

En BU, nous transmettons religieusement nos statistiques de formation à la CRÉPUQ : nombre d’étudiants formés, nombre de séances de formation et pour quelle somme d’heures de formation. Ces données nous informent que nos activités demeurent limitées. En effet, ces chiffres permettent de savoir que nous rejoignons 20% à 50% des étudiants (CRÉPUQ, 2012; Séguin, 2012; Université du Québec, 2012). Considérant le coût des ressources électroniques, il s’avère préoccupant que l’autre moitié des usagers ne soient pas formés à les utiliser.

Autre source statistique, environ aux trois ans, nombre de BU collectent des données par le questionnaire LibQual, un sondage sur la satisfaction des usagers (LibQual, 2012). Par ailleurs, cet outil s’avère à double tranchant. L’usager qui ignore ce à quoi il pourrait avoir droit peut se dire bien satisfait, alors que l’usager le mieux desservi peut s’avérer intransigeant. Particulièrement dans le cas de la formation documentaire, puisque celle-ci fait prendre conscience à l’étudiant de ses manques à combler.

En plus, nombre d’entre nous collectent leurs statistiques personnelles, plus détaillées et visant des objectifs spécifiques. Par ailleurs, nous disposons rarement de plateforme de diffusion.

Aussi, le constat demeure que pour montrer l’impact de la formation documentaire, les statistiques ont une portée limitée.

Évaluation de l’enseignement ou comment documenter vos représentations

Un autre outil pour évaluer l’impact des formations documentaires réside dans l’évaluation de l’enseignement. Il s’agit d’un outil parfois redouté du formateur. Il n’est pas le seul. Le débat autour de l’évaluation des enseignants du primaire et du secondaire l’illustre. Cependant, je peux témoigner que, grâce à elle, j’ai fait avancer certains dossiers auprès de la direction de programme; notamment dans le cas d’un guide obligatoire du programme pour la liste de références. Le guide était désuet. Il ne mentionnait même pas le format de la référence des différents documents électroniques. Les étudiants étaient laissés à eux-mêmes pour ces cas, alors que l’aide à l’usager avait peu de moyens pour les accompagner.

Suite à une formation documentaire, cet aspect est ressorti dans l’évaluation de l’enseignement. J’ai compilé ces données et j’ai fait certaines représentations auprès des instances du programme. Il a fallu l’année pour que s’établisse une collaboration et que le processus suive son cours. Par ailleurs, l’année suivante, les étudiants de ce programme ont pu accéder à un guide à jour. La direction du programme a la satisfaction et la réussite des étudiants à cœur. La perception de cohérence est un argument auquel celle-ci a été sensible.

Dans le même sens, l’évaluation de l’enseignement peut faire ressortir les besoins concernant l’infrastructure de formation : le manque de temps de formation, la nécessité de pratiquer en laboratoire informatique, etc. Animer l’activité d’évaluation vous permettra de valider si les étudiants perçoivent les mêmes besoins, lacunes ou forces, que vous dans le déroulement de la formation documentaire. Par la suite, ces données pourront vous appuyer dans vos requêtes auprès des instances concernées. Voici des exemples de situations d’apprentissage comprenant des modalités d’évaluation de l’enseignement en libre accès : Questionnaire des étudiants; Cégep Limoilou; savoirs CDI.

En bref, l’évaluation de l’enseignement constitue un levier argumentaire, pour autant que l’on prend en charge de compiler et diffuser les données collectées.

Évaluation des apprentissages, un outil pédagogique

Certains d’entre nous ont entrepris d’évaluer ce que les étudiants retiennent de leur formation documentaire. Différentes modalités d’évaluation peuvent être mises de l’avant:

  • Certains évaluent le sentiment de compétence ou le niveau de satisfaction des étudiants lors de la performance de recherche documentaire. On peut mentionner à cet égard: Infocompétence+, le Questionnaire d’autoévaluation de la CREPUQ ou encore des tests diagnostiques.
  • D’autres utilisent l’évaluation formative, où sont mises à l’épreuve les connaissances de l’étudiant. Notons que la rétroaction est une partie cruciale de ce processus. Elle permettra à l’étudiant de se valider et/ou s’améliorer. Dans cette catégorie, sont disponibles les questionnaires sur le plagiat.
  • Ajoutons que de plus en plus d’initiatives d’évaluation ont pour but de vérifier les connaissances et les habiletés des étudiants à travers des exercices ou des questions à choix multiples. Toutefois, peu de ces projets sont en libre accès. La majorité de ces projets sont plutôt ouverts sur l’environnement numérique d’apprentissage (ENA) réservé à la communauté de chaque établissement. On peut comprendre que pour en assurer la validité, ces exercices menant à l’obtention d’une note ne peuvent être diffusés. Évidemment, cet aspect constitue un défi pour l’échange de bonnes pratiques entre professionnels. Voici un rare exemple en libre accès élaboré par l’UQAM/Sciences de l’éducation : L’information au cœur de l’apprentissage.
  • De même, on retrouve des initiatives structurées où la formation documentaire constitue un cours crédité en soi. Ces modalités d’évaluation des apprentissages sont évidemment aussi gardées en accès restreint, comme à  l’Université Laval.

En somme, l’évaluation des apprentissages, particulièrement celles mettant à l’épreuve les connaissances et habiletés des étudiants, permet de collecter des données convaincantes sur l’impact de la formation documentaire. Par ailleurs, il s’agit d’une entreprise exigeante, pour laquelle le professionnel devient imputable, au moins devant les étudiants et le programme. L’échange entre professionnels demeure un outil de développement essentiel dans une perspective d’amélioration continue.

Des données pour démontrer à qui?

En dernier lieu, il faut rappeler que c’est bien de documenter nos activités, encore faut-il trouver une façon qui a de l’impact de les communiquer. Il faut tenter de faire parler les données collectées. Les chiffres seuls sont souvent moins évocateurs. Puis, en plus de mettre en perspective les enjeux de la bibliothèque, pensez à faire ressortir la contribution de la formation documentaire dans l’atteinte des objectifs de vos clientèles: étudiants, professeurs, programmes, etc. Ainsi, le résultat de vos analyses pourra être communiqué :

  • Aux instances concernées pouvant favoriser de meilleures conditions pour le développement des CI;
  • Aux usagers, professeurs et étudiants, qui peuvent exiger des services de bibliothèque de première qualité et devenir des alliés dans vos représentations.

En fait, pour effectivement démontrer l’impact de la bibliothèque, la diffusion des données collectées exige d’être planifiée stratégiquement, peut-être même faire l’objet d’un plan de communication. Une telle entreprise n’est pas facilement réalisable pour un seul professionnel. Ce type de démarche pourra mobiliser l’ensemble de l’équipe de formateurs ou de bibliothèque. Aussi, les premières instances auprès desquelles il faut faire valoir l’impact de nos activités demeurent notre direction et nos équipes respectives.

Enfin, ces quelques lignes ont rappelé des notions connues. Nous sommes d’accord pour dire que faire valoir « l’impact de la bibliothèque » constitue un enjeu crucial. Par ailleurs, l’actualiser n’est pas simple et mérite encore, sinon plus que jamais, notre attention. Cet aspect de notre travail est stratégique et doit être intégré à notre tâche, malgré le manque de temps, les embûches structurelles ou politiques. Ces données permettent de faire connaître le rôle et l’impact positif que nos services peuvent avoir sur le parcours de l’étudiant. Aussi, faut-il dépasser la discussion entre professionnels et faire rayonner les possibilités du service de bibliothèque.

***

Il existe beaucoup de documentation sur ce thème. Voici un site Web incontournable sur le sujet: ARL : Statistics & Assessment. Je vous suggère aussi un livre tout récemment paru, proposant 52 activités pour guider le bibliothécaire vers la définition, la démonstration et la communication de l’impact du service de bibliothèque : Academic Library Value: The Impact Starter Kit, sous la direction de Megan Oakleaf. Notez d’ailleurs que Pr Oakleaf, grande prêtresse de l’évaluation des activités en bibliothèque, sera en conférence à Montréal ce printemps, au 81e Congrès annuel de l’ABQLA (2013).

***Partagez avec Tribune CI d’autres outils, les vôtres ou ceux que vous avez repérés en ligne, permettant de démontrer l’impact de la formation documentaire! Répondez à ce billet.

Liste de références

CRÉPUQ. (2012). Statistiques générales des bibliothèques universitaires québécoises, from http://www.crepuq.qc.ca/spip.php?article1369&lang=fr

LibQual. (2012). Statistics and Assessment Program-ARL, from http://www.libqual.org/home

Séguin, C. (2012, 25 mai 2012). Les compétences informationnelles à l’Université du Québec. Paper presented at the Vidéoconférence des établissements de l’Université du Québec, Québec.

Université du Québec. (2012). L’Université du Québec en quelques chiffres, from http://www.uquebec.ca/dri/publications.html


[1] Deux des prestigieux conférenciers du Colloque CRÉPUQ l’ont mentionnée comme un enjeu : Anne-Marie Bernard, conservateur de bibliothèque Université Victor Segalen, Bordeaux 2; Colleen Cook, Trenholme Dean of Libraries de l’Université McGill; de même qu’Olivier Le Deuff, maître de conférences à l’Université de Bordeaux.

[2] Certains communicateurs ont mentionné cet enjeu : Ton van Vlimmeren, directeur de la Bibliothèque publique d’Utrecht; Luigi Lepanto, Directeur de l’évaluation des technologies et modes d’intervention en santé, Centre hospitalier universitaire de l’Université de Montréal (CHUM); Stéphane Ratté, enseignant au département des techniques de la documentation du Collège de Maisonneuve.

Publicités

À propos de catherine seguin

bibliothécaire UQO|St-Jérôme

4 Réponses vers “« Démontrer l’impact des bibliothèques »”

  1. Merci Catherine pour ce tour d’horizon.
    En ce qui concerne les projets d’évaluation formative des habiletés de recherche documentaire, j’aimerais ajouter ceci : le projet Diapason offrira dès l’hiver prochain des ressources pédagogiques dans lesquelles des exercices, des quiz et jeux aideront les étudiants à valider et construire leurs compétences.

    Aussi le projet Certitude de l’Université Laval et du Collège Jean-de-Brébeuf offre ou offrira bientôt des évaluations en ce domaine.

    J'aime

  2. Merci Catherine, c’est un sujet de plus en plus préoccupant. On parle d’évaluer les étudiants pour savoir si les formations fonctionnent ou sur quoi former, mais encore… ensuite il faut évaluer nos propres formations et selon-moi il faut retravailler 1) les indicateurs 2) les méthodes d’évaluation

    A) On peut le faire de façon moins officielle aussi à nos niveaux, comme tu le mentionnes, avec, par exemple, des formulaire d’évaluation à la fin de nos ateliers. Encore faut-il les compiler, je peux vous donner quelques éléments ayant ressorti de ma compilation de l’an passé chez les étudiants de premier cycle, première année:

    B) Au départ l’intérêt pour la formation est à 53% moyen, plus de 63% des étudiants n’avaient jamais suivi de formation sur le sujet avant, 90% ont ensuite trouvé que l’atelier était clair, pertinent, utile et organisé. Ce qui démontre un clivage entre la perception, l’intérêt de départ et la satisfaction ensuite.

    C) La presque totalité des étudiants a indiqué utiliser Google comme outil de recherche principal pour les travaux scolaires et Wikipedia est la deuxième plus utilisée. Suite à l’atelier ils indiquent avoir l’intention d’utiliser les ressources suivantes maintenant qu’ils en connaissent l’existence: Catalogue, Google Scholar, Compendenx, Technique de l’ingénieur, Termium plus, Knovel, Eureka.cc

    Pour les étudiants aux cycles supérieurs, nous leur faisons passé un pré-test, suivi d’une formation et d’un post-test la semaine suivante. Il y a environ une quarantaine de question, des questions à choix multiples, des questions ouvertes et à développement aussi pour les faire travailler sur des tâches, question d’évaluer aussi les compétences et non seulement les connaissances. Les étudiants ne sont pas évaluer sur le résultat, mais sur leur participation au test et ont l’option de toujours pourvoir dire « ne sais pas » s’ils n’ont aucune idée de quoi faire. Résultat? les moyennes du pré-test sont d’environ 50% alors que le post-test 70%. Les étudiants expriment que le test leur permet vraiment de comprendre ce qui leur fait défaut dans leurs connaissances et compétences.

    On poursuit l’analyse, c’est vraiment très intéressant pour l’instant!

    J'aime

  3. À noter, le thème du prochain congrès de l’ABQLA sera « Évaluer: mieux connaître pour mieux servir ». Plus d’info: http://www.abqla.qc.ca/fr/81e-congres-annuel-de-labqla-2013

    J'aime

Rétroliens/Pings

  1. Actualités Bibliothèques | Pearltrees - 22 novembre 2012

    […] « Démontrer l’impact des bibliothèques » […]

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :