Dis-moi pour qui tu travailles et je te dirai qui tu es…

Cela fait déjà un an que mes collègues Vicky Gagnon (ETS) et Catherine Séguin (UQO) présentaient au Congrès des milieux documentaires du Québec une réflexion sur le concept de la compétence informationnelle. Eh bien, on peut dire qu’elles m’ont envoyée réfléchir dans ma chambre ces deux-là ! J’en émerge donc aujourd’hui pour partager une partie de mon cheminement.

D’abord, je me suis arrêtée à la notion de « culture informationnelle », mentionnée par Vicky et Catherine lors de leur présentation, et j’ai essayé de faire des liens avec  les valeurs et finalités des différents programmes auprès desquels j’offre mes services. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis bibliothécaire pour l’École d’ingénierie de l’UQTR et pour les départements d’orthophonie et de pratique sage-femme.  Ainsi donc, j’évolue principalement dans le monde de la formation professionnelle universitaire. Alors, pour faire ces liens, j’ai lu Bourdoncle et Lessard (2002 ; 2003) dans le but de comprendre le contexte de mon travail, soit « qu’est-ce qui fait la spécificité des formations professionnelles universitaires par rapport aux autres formations non professionnelles ? » (p. 132).

Suite à ces lectures, je me suis aperçue qu’il n’y pas qu’un modèle de formation professionnelle à l’université. Bourdoncle et Lessard (2002) en suggèrent trois : l’université libérale (1), l’université de recherche (2), l’université de service (3). Ainsi l’hypothèse selon laquelle le modèle adopté par mon institution d’attache et, plus particulièrement, mes clientèles professionnelles influencerait grandement le sens que prend la compétence informationnelle pour celles-ci et, par le fait même, les facteurs de réussite de mes interventions devraient être revus.

Or, à cette étape-ci de mon cheminement, je n’ai pas de données empiriques à vous offrir qui me permettraient de vérifier cette hypothèse. J’en suis encore à découvrir quel est le modèle adopté par mes clientèles et ce n’est pas si simple. De fait, mes programmes sont en mutation et donc ils seraient plutôt hybrides à l’heure actuelle. À titre d’exemple, je développe ici, par souci de brièveté seulement, ma réflexion à propos de l’École d’ingénierie.

Premièrement, il faut savoir que le modèle traditionnel de l’enseignement universitaire, qui émane de l’époque médiévale, est celui de l’université libérale, détachée, émancipée du travail manuel. Dans ce paradigme plutôt intellectuel, l’enseignement des sciences appliquées est en lui-même une révolution. De fait, les premières écoles d’ingénierie en Europe naissent avec la Révolution française, soit l’École des ponts et chaussées en 1747 en France.

Au Québec, ce n’est qu’en 1873, avec l’ouverture de l’École Polytechnique de Montréal, qu’une éducation supérieure en sciences appliquées est offerte en français. Il est intéressant de faire une parenthèse ici et de considérer le contexte sociohistorique des premiers balbutiements de nos écoles d’ingénierie.

D’une part, on se rappelle que le système d’éducation québécois du 19e siècle est caractérisé par son caractère confessionnel. D’ailleurs, le gouvernement provincial de l’époque avait offert à l’Université Laval une subvention annuelle de trois mille dollars pour démarrer une école d’ingénierie à Québec. Celle-ci l’avait refusée, prétextant qu’un enseignement technique n’avait pas sa place dans l’enseignement supérieur qui devait, selon les dirigeants du Petit Séminaire de Québec, se concentrer sur les disciplines du droit, de la médecine et de la théologie. D’autre part, la communauté anglophone de Montréal contrôlait, à l’époque, le secteur industriel donc le marché des sciences appliquées. D’ailleurs, l’Université McGill diplôma son premier ingénieur en 1858, soit une quizaine d’années avant la Polytechnique (1873). Aujourd’hui, suite à la Révolution tranquille et à la création de l’Université du Québec en 1968, le Québec compte une dizaine d’établissements d’enseignement supérieur offrant des programmes de génies agréés en français.

Or, je travaille dans une de ces écoles créées suite à la Révolution tranquille et donc, si je suis un raisonnement purement historique, mon institution serait principalement au service du progrès social et du savoir utile, davantage qu’une université libérale ou de recherche (vouée à l’avancement des sciences). Cependant, mon école d’ingénierie a hérité des approches pédagogiques développées dans la culture de l’université libérale et les professeurs continuent de ressentir le besoin de faire avancer les connaissances scientifiques (université de recherche). De surcroit, nous devons répondre aux exigences des organismes d’agrément des programmes par la démonstration de qualifications professionnelles (université de service). Ainsi, bien que mon école prétende mettre en oeuvre une approche par compétences, pour moi simple bibliothécaire, je me pose toujours la question : quelles sont les situations d’enseignement proposées et menées dans le contexte réel de la formation initiale de mes ingénieurs qui leur permettraient de développer cette compétence informationnelle si importante dans notre société actuelle?

Afin de poursuivre cette réflexion, mon prochain billet portera sur cette notion de compétence informationnelle en contexte de programmes d’enseignement par compétences.

D’ici là, qu’est-ce qui se passe chez-vous?

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