La boîte à outils en sciences infirmières : un exemple de collaboration entre professeurs et bibliothécaires

Par Vanessa Allnutt avec la collaboration de Marie-Eve Emond-Beaulieu

En septembre dernier, le département des sciences infirmières de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) en collaboration avec le Service de la bibliothèque lançait sa boîte à outils technopédagogiques, une initiative visant à favoriser le développement des compétences informationnelles des étudiantes [1] inscrites dans les programmes de 1er et 2e cycles. Un projet de longue haleine qui en a valu la peine, la boîte à outils ayant rapidement été intégrée dans leurs habitudes de recherche et lors des formations documentaires. Nous vous présentons ici les différentes étapes qui ont mené à la réalisation de ce projet ainsi que les suites que nous entendons lui donner.

Genèse du projet

En 2010, les professeurs Nicole Ouellet, Hélène Sylvain et Guy Bélanger du département des sciences infirmières de l’UQAR ont entamé une recherche pédagogique afin d’évaluer les compétences informationnelles des étudiantes de 1er cycle, plusieurs lacunes ayant été observées à ce niveau malgré les formations offertes par les bibliothécaires. Basée sur le questionnaire de Mittemeyer et Quirion (2003), elle visait à mesurer les connaissances des étudiantes à partir des cinq normes de compétences établies par l’Association of College and Research Libraries (ACRL).

L’analyse des résultats a confirmé les lacunes observées par plusieurs professeurs du département des sciences infirmières de l’UQAR, le score moyen obtenu pour l’ensemble des résultats étant inférieur à 50,0 % tant du côté des étudiantes de 1ère année (42,0 %) que des étudiantes de 2e année (41,7 %). De la même manière, les scores moyens obtenus pour chacun des thèmes (l’identification des concepts, les stratégies de recherche, les types de documents, les outils de recherche et l’exploitation des résultats) étaient inférieurs à 50,0 %. Les chercheurs ont conclu que les étudiantes présentaient d’importantes lacunes dans les cinq champs de compétences identifiés par l’ACRL. À la suite de Mittemeyer et Quirion (2003), Ouellet, Sylvain et Bélanger ont notamment proposé une plus étroite collaboration entre les professeurs et les spécialistes en recherche documentaire (2010). C’est dans cet esprit qu’a été mis sur pied le projet de boîte à outils, dont les objectifs ont été définis comme suit :

  • Augmenter la qualité scientifique des travaux universitaires des étudiantes en sciences infirmières;
  • Améliorer le transfert des connaissances vers les milieux de pratique par le recours à des données probantes (evidence-based practice);
  • Favoriser l’autonomie professionnelle des infirmières et enfin;
  • Contribuer à maintenir à jour les compétences des infirmières dans une perspective de formation continue.

Marie-Ève Émond-Beaulieu, bibliothécaire au campus de Lévis, a activement pris part à la mise sur pied de cet important chantier dès le début du processus. Vanessa Allnutt, bibliothécaire au campus de Rimouski, s’est quant à elle greffée au projet en cours de route à titre de conseillère.

Un outil au service des étudiantes

La boîte à outils en sciences infirmières prend la forme d’un site web. Elle contient deux volets, soit un volet plus général, qui englobe l’ensemble des étapes menant à la réalisation d’un travail universitaire, de la préparation de la recherche à la rédaction finale, et un volet documentaire, qui concerne plus spécifiquement la recherche et l’organisation de l’information recueillie. C’est ce second volet que nous nous proposons ici d’explorer, celui-ci relevant davantage de l’expertise des bibliothécaires.

La boîte à outils se démarque d’abord par l’intégration en un même lieu des ressources de la bibliothèque et des ressources pédagogiques, et ce, en fonction des différentes étapes liées à la recherche documentaire, l’objectif étant de fournir aux étudiantes les ressources et les outils dont elles ont besoin au moment et à l’endroit où elles en ont besoin. Outre la page d’accueil, le site web est ainsi divisé en cinq parties distinctes, soit 1) « Préparer sa recherche », 2) « Trouver des livres », 3) « Trouver des articles », 4) « Évaluer ses sources » et 5) « Citer ses sources ». Les étudiantes peuvent ainsi accéder directement au catalogue et aux bases de données de l’UQAR à partir de la boîte à outils, tout en ayant accès à une variété de ressources leur permettant une utilisation optimale de ces systèmes de recherche.

À titre d’exemple, les étudiantes peuvent accéder, en cliquant sur Préparer sa recherche, à un formulaire, communément appelé « plan de concepts », permettant de générer automatiquement les énoncés de recherche, tant en français qu’en anglais (figure 1). À notre connaissance, aucun outil de ce genre n’existe à l’heure actuelle dans le milieu des bibliothèques universitaires ou ailleurs. Cette fonction n’a pas pour objectif de dispenser les étudiantes d’apprendre le fonctionnement des opérateurs de recherche, mais bien de les accompagner dans leur apprentissage, leur fournissant un point de départ. Elles peuvent ensuite copier les énoncés pour effectuer des recherches dans le catalogue de la bibliothèque et les bases de données, et les bonifier ou les modifier au besoin.

Figure 1 Générer les énoncés de recherche

Tribune

De nombreuses capsules vidéo ont été créées afin de répondre aux questions les plus fréquemment posées par les étudiantes : comment préciser une recherche? comment obtenir plus de résultats? comment utiliser le thésaurus de CINAHL et MEDLINE?, etc. Certains tutoriels développés par l’Université du Québec ont également été intégrés dans la boîte à outils, par exemple la tournée exploratoire de l’outil de découverte, le catalogue collectif des bibliothèques du réseau UQ, ou la capsule Si c’est écrit, c’est vrai?, produite par l’équipe du Programme de développement des compétences informationnelles (PDCI).

Chaque page contient en outre un menu à la droite de l’écran qui renvoie vers des ressources complémentaires. Afin d’aider les étudiantes, par exemple, à remplir le plan de concepts, plusieurs outils et ressources ont été mis à leur disposition, dont une boîte de recherche menant directement vers le Portail terminologique de santé, soit une base de données terminologiques spécialisée en sciences de la santé, un incontournable pour les étudiantes en sciences infirmières. La boîte à outils propose aussi des liens vers des ressources produites par d’autres bibliothèques universitaires québécoises, qu’il s’agisse d’InfoSphère, un tutoriel développé par le Service des bibliothèques de l’UQAM, ou de capsules réalisées par les bibliothèques de l’Université de Montréal. Là où des ressources de qualité étaient existantes, il ne nous est en effet pas paru utile de réinventer la roue.

Il est à noter que plusieurs logiciels ont été utilisés pour la création du volet documentaire de la boîte à outils, dont la majorité était gratuite.

Un outil apprécié par les étudiantes de l’UQAR… et d’outre-mer

La boîte à outils suscite déjà beaucoup d’enthousiasme tant auprès des étudiantes que des chargés de cours et des professeurs du département des sciences infirmières de l’UQAR. Les étudiantes de 2e année qui n’y avaient pas accès lors de leur 1ère année de baccalauréat ont particulièrement apprécié ce nouvel outil d’aide à la recherche. Plusieurs ont mentionné qu’elles auraient aimé disposer d’un tel outil dès le début de leur formation universitaire. « C’est magique », « C’est un cadeau », « C’est un outil clé en main », voilà autant de commentaires positifs que nous avons reçus. Il convient par ailleurs de rappeler que le département des sciences infirmières de l’UQAR compte un nombre important d’étudiantes hors campus. Si celles-ci bénéficient théoriquement du même support de la part des bibliothécaires que les étudiantes des campus de Rimouski et de Lévis, plusieurs n’osent s’en prévaloir. Qui plus est, les chargés de cours et les professeurs sont présents sur place de façon moins régulière. Aussi la boîte à outils est-elle particulièrement avantageuse pour les étudiantes hors campus qui ont plus difficilement accès à l’aide dont elles ont besoin dans la réalisation de leurs travaux universitaires, offrant ainsi un excellent soutien à l’enseignement et à la formation à distance.

Nous avons été heureuses de constater que l’intérêt entourant le projet de la boîte à outils s’est fait ressentir au-delà des seules frontières du département des sciences infirmières, voire de l’UQAR. Il a notamment été annoncé sur inFlux, le bulletin de veille de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec de même que sur le compte Twitter de l’OIIQ, et Formatic Santé, un portail français dédié à l’informatisation dans les soins de la santé. Plusieurs bibliothèques ou centres de documentation ont également affiché la boîte à outils sur leur site ou leur page Facebook, notamment l’Université du Québec en Outaouais, l’Université de Sherbrooke, la bibliothèque du CSSS de Laval et l’Institut Saint-Martin (Grenoble, France).

Les statistiques d’utilisation, colligées entre le 12 décembre 2012 et le 8 février 2013, sont encourageantes [2] :

  • 1 422 visites ont été enregistrées, dont 58,20% de nouveaux visiteurs;
  • à chaque visite, 5,48 pages sont consultées en moyenne;
  • le temps de consultation moyen par visite est de 8 min 49 s;
  • 9,42% des visiteurs proviennent de la France;
  • à l’exception de la page d’accueil, le plan de concepts est la page la plus consultée, ayant été vue 1 436 fois.

Développements à venir et droits d’exploitation

Depuis sa mise en ligne à l’automne 2012, certaines modifications ont été apportées à la boîte à outils, et ce, afin de pallier certaines lacunes que nous avons observées lors de son utilisation en formation. D’autres améliorations sont encore à prévoir à travers l’ajout de nouvelles fonctionnalités. Il importe en effet de préciser que si la boîte à outils est accessible à tous les internautes, peu importe leur statut ou leur institution d’attache, il n’en va pas de même de l’accès aux bases de données, qui est strictement réservé aux usagers de l’UQAR. Aussi aimerions-nous développer une fonctionnalité qui permettrait aux étudiantes d’autres universités de configurer la boîte à outils de manière à être redirigées vers les bases de données de leur propre institution. Elles n’auraient alors qu’à s’identifier pour y avoir accès.

Les droits d’exploitation de la boîte à outils sont pour l’instant protégés par copyright, ce qui n’exclut pas pour autant des discussions avec d’autres institutions qui voudraient l’adapter aux besoins de leurs propres usagers. De notre côté, l’objectif à moyen terme est d’adapter la boîte à outils aux autres disciplines en tenant compte des spécificités propres à chaque domaine d’étude.

En guise de conclusion

Le projet de la boîte à outils a été réalisé grâce à l’étroite collaboration entre les professeurs du département des sciences infirmières et les bibliothécaires de l’UQAR, une collaboration, il faut bien le dire, qui n’est pas toujours acquise en milieu universitaire. La force de la boîte à outils provient d’abord et avant tout de cette heureuse association. Cette synergie a permis d’allier contenu et processus en faisant appel à l’expertise tant des spécialistes des sciences infirmières que des spécialistes de la recherche documentaire. En étant collée aux besoins des étudiantes et aux exigences des chargés de cours et des professeurs enseignant aux 1er et 2e cycles, la boîte à outils permet l’intégration pédagogique des ressources documentaires, répondant ainsi à un des défis majeurs qui se posent aujourd’hui aux bibliothèques universitaires :

L’expérience montre que la simple mise à disposition de ressources ne suffit pas en elle-même à créer les usages au sein des institutions de recherche. La médiation effectuée par la bibliothèque entre des ressources qu’elle sélectionne, personnalise et intègre dans des environnements technologiques qui lui sont propres, et des communautés d’usagers dont elle recueille les attentes, qu’elle forme et informe, est un travail continu, déterminant pour la performance documentaire des usagers. (Parisot cité dans Nuttin, 2012, 21)

Liste de références

Mittermeyer, D., & Quirion, D. (2003). Étude sur les connaissances en recherche documentaire des étudiants entrant au 1er cycle dans les universités québécoises. Montréal : Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec.

Nuttin, G. (2012). Chercheurs, technologies et bibliothèques universitaires : questions d’usagers [Entretien avec Ghislaine Chartron, Grégory Miura, Jean-Marie Barbiche, Odile Hologne et Thomas Parisot]. Archimag, 255, 21-22.

Ouellet, N., Sylvain, H., & Bélanger, G. (2010). L’intégration des compétences informationnelles chez les étudiantes du programme de baccalauréat en sciences infirmières. Actes du 26e congrès de l’Association internationale de pédagogie universitaire (AIPU) : Réformes et changements pédagogiques dans l’enseignement supérieur. Rabat, Maroc.


[1] La forme féminine est utilisée afin d’alléger le texte.

[2] Les statistiques d’utilisation proviennent de Google Analytics. Elles sont colligées depuis le 12 décembre 2012, moment où nous avons souscrit au service.

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