Défricher la bibliométrie

Depuis le début de notre programme de développement des compétences informationnelles, j’ai été surpris par le nombre de questions d’étudiants qui me demandaient comment savoir quels sont les périodiques et/ou les auteurs les plus influents de leurs disciplines. Leur problématique était souvent la même : ils sont confrontés, dans leurs recherches, à une pluralité de théories et/ou de chercheurs parfois en accord, d’autres fois en conflit, qui leur sont parfois présentés sur un même pied d’égalité. La question revient souvent : comment savoir quelle théorie est meilleure? Existe-t-il des moyens concrets de s’en assurer?

Évidemment, aucune réponse parfaite n’est possible. Cependant, il existe des outils qui nous permettent de nous faire une idée sur l’impact d’un chercheur ou d’un périodique. À la suite de ces questions et d’une présentation de certains de ces outils, j’ai décidé d’effectuer quelques recherches de mon côté et de vous en présenter le fruit.

Les principaux indicateurs

Ces outils fonctionnent essentiellement avec trois principaux types d’indicateurs :

1. Les indicateurs de production

Les indicateurs de production visent à mesurer la productivité d’un chercheur, d’une institution, d’un groupe de recherche ou d’une nation.

Le nombre de publications : le type de support des publications est généralement pris en considération, puisque celles-ci n’occupent pas la même importance d’une discipline à l’autre. La publication monographique est beaucoup plus importante pour certaines disciplines que la publication d’articles, et vice-versa.
Le nombre de doctorats : mesure fréquemment utilisée pour mesurer la productivité d’une université. Le nombre d’obtentions annuelles de doctorats est un exemple de ce genre de mesure.

2. Les indicateurs d’impact

En résumé, les indicateurs d’impact sont mesurés en fonction des citations. L’objectif de ces indicateurs est de déterminer l’importance d’un écrit en fonction du nombre de fois qu’il a été cité.
Le nombre total de citations d’un article : mesure combien de fois un document a été cité. Certains outils permettent même de repérer les ouvrages qui ont cité le document en question.
Le facteur d’impact : indique le nombre moyen de citations par article publié dans le périodique choisi à l’intérieur de son année de publication (parfois un peu plus, dépendamment de l’outil).
Résultat Eigenfactor™ : articule le facteur d’impact d’un document en fonction des 5 dernières années. Prends aussi en considération le facteur d’influence de la revue. Permets essentiellement de déterminer l’importance d’un périodique dans son domaine.
Article Influence™ : mesure l’influence moyenne des articles d’un périodique à l’aide du résultat Eigenfactor™.

3. Les indicateurs composites

Parmi ceux-ci l’indice h. Celui-ci vise à mesurer la productivité et l’impact de l’œuvre publiée d’un chercheur, d’un périodique, d’une nation, etc. Il se mesure en fonction du plus grand nombre h d’articles cités un nombre h de fois. Autrement dit, un périodique avec un indice h de 34 signifie qu’au moins 34 articles ont été cités 34 fois.

Google Scholar utilise l’indice h5, qui correspond à l’indice h mesuré sur 5 ans.

Les principaux outils

a. Thomson Reuters

La plateforme bibliométrique de Thomson Reuters se divise en trois principaux outils :
Journal Citation Reports : permet d’évaluer l’impact des périodiques académiques;
InCites : permet d’évaluer la productivité des chercheurs, des institutions et des créneaux de recherches nationaux à l’aide d’index de citations;
Essential Science Indicators : permet d’identifier l’influence des chercheurs, des institutions, des publications et des pays pour tous les créneaux de recherche couverts par les outils de Thomson Reuters.

b. Elsevier – SciVal

SciVal est une plateforme bibliométrique qui propose différents services permettant de répondre à une multitude de besoins de recherche précis.
SciVal Experts : axé sur la collaboration entre chercheurs, cet outil permet de repérer les créneaux de recherche des chercheurs, leurs expertises ainsi que leurs activités;
SciVal Funding : identifie les sources potentielles de financement d’une discipline (bourses, subventions, etc.);
SciVal Spotlight : identifie les forces d’une institution en recherche, et favorise la collaboration entre institutions;
SciVal Strata : mesure la performance des chercheurs;
SciVal Analytics : détermine les tendances de recherche de chacune des nations et mesure la performance des institutions en recherche en fonction de leurs disciplines.

c. Google – Google Scholar

Google Scholar offre aussi un service bibliométrique et un index de citations qui permettent notamment d’avoir accès à des indicateurs concernant les auteurs ou les publications. L’onglet « statistiques » propose l’indice h5 ainsi que la médiane h5, qui aide à déterminer les publications phares d’une discipline.

Google Scholar est l’outil qui offre le moins de fonctionnalités si on le compare aux autres outils précédemment mentionnés. Ceci étant dit, pour un outil gratuit (car Thomson Reuters et Elsevier nécessitent des abonnements) qui recense des données qui ne sont pas recensées par les autres outils, le détour en vaut la peine.

En résumé

Évidemment, le portrait est sommaire, et pratiquement chacun des indicateurs comporte son lot de critiques. Malgré la méthodologie rigoureuse et objective de ces indicateurs, ils ne peuvent pas prendre toutes les variables en considération; c’est-à-dire qu’on ne peut juger de la qualité d’un chercheur uniquement par le nombre de fois qu’il est cité. On ne peut que mesurer sa production et son impact ou son influence dans un contexte donné, à une époque donnée.

Il faut dire aussi que la couverture d’un auteur et/ou d’une publication est difficilement universelle puisque chacun des outils ne mesure et n’évalue généralement que ses propres données. Certes, les données de certains périodiques peuvent se recouper d’un outil à l’autre, mais les choses se compliquent lorsqu’un auteur a publié 80% de son matériel dans des publications couvertes par Thomson Reuters, alors que le 20% restant est couvert par Elsevier. Petite note relativement aux dates d’indexation des données : si une base de données couvre les données de 2006 à 2013, celles qui ont publié avant cela ne verront malheureusement pas leurs données comptabilisées. Il faut donc voir les données de ces outils comme une photo illustrant l’état d’un monde à une époque donnée. Ces outils sont intéressants pour les bibliothécaires dans la mesure où il est possible de les utiliser pour se renseigner sur les principaux courants de recherche, voir même pour s’aider dans son développement de collection, à savoir les ouvrages majeurs à acquérir, les chercheurs influents actuellement et ce qu’ils ont publié.

Bref, si un étudiant vous pose une question comme il m’a été posé dans l’introduction, pensez à le référer à ce genre d’outil. Ce ne sont pas les outils les plus intuitifs dans lesquels naviguer, d’où peut-être le besoin de l’accompagner dans son processus. Si c’est vous qui avez besoin d’être accompagnés, dites-vous qu’il y a toujours un collègue en sciences, quelque part, qui connaît la bibliométrie.

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À propos de Jean-Philippe Pouliot

Bibliothécaire en arts et lettres à la bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi.

3 Réponses vers “Défricher la bibliométrie”

  1. Merci Jean-Philippe pour cet excellent résumé. Comme plusieurs chercheurs démontrent de l’intérêt pour les indicateurs d’impact alternatifs (altmetrics), je me permets de signaler la nouvelle publication de l’ABRC, « Les « Altmetrics » en contexte ».

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    • Jean-Philippe Pouliot Réponse 18 décembre 2013 à 11:13

      Merci Nathalie pour le lien. Définitivement, les indicateurs d’impact alternatifs sont amenés à prendre une place de plus en plus importante. Il y a tellement de choses à dire sur le sujet. J’ai décidé justement de me limiter au défrichage, justement parce que chacun des points que j’abordais aurait chacun nécessité un article…

      Excellente idée pour un nouveau billet!

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Rétroliens/Pings

  1. Bibliométrie | Pearltrees - 31 janvier 2014

    […] Défricher la bibliométrie | Tribune Compétences Informationnelles […]

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