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Nadia Villeneuve, Conseillère en information documentaire UQAC

Martin Larose, Coordonnateur Assurance qualité des programmes UQAC

Dans sa forme la plus simple, le plagiat se définit comme «Copier (un auteur) en s’attribuant indûment des passages de son œuvre.» (Robert, Rey-Debove, & Rey, 2001) Ce fléau, bien présent dans le milieu de l’éducation, se combat plus difficilement depuis l’accès presque universel au Web et la démocratisation de l’information. Bien que le plagiat ne soit pas plus présent dans notre université que dans les autres établissements de la province, nous nous sommes dotés de moyens pour le combattre. Voici un bref survol de la démarche de l’Université du Québec à Chicoutimi face à cette problématique.

Les débuts

C’est à la fin du trimestre d’hiver 2010-2011 que l’Université du Québec à Chicoutimi, par l’entremise du Vice-rectorat à l’enseignement et à la recherche, demande la mise en place d’un Comité qui veillera à l’élaboration d’une stratégie antiplagiat. Le comité regroupe plusieurs acteurs de l’institution qui sont, de près ou de loin, liés à la problématique du plagiat, soit le Décanat des études, le Service des technologies de l’information, le Secrétariat général, le Comité de pédagogie universitaire, les directions de programmes, l’association étudiante et bien évidemment, le Service de la bibliothèque. En demandant l’implication d’autant d’intervenants, le comité se dotait d’une vue d’ensemble de la communauté universitaire tout en regroupant  des ressources compétentes et variées. Celui-ci était alors dirigé par le coordonnateur assurance qualité des programmes, M. Martin Larose, par la coordonnatrice à la gestion des programmes, Mme Claudine Gagnon et sous la responsabilité de la doyenne des études de premier cycle, Mme Carole Dion.

Les mandats

Pour s’assurer de la réussite du projet confié au comité, l’Université lui confia les mandats suivants :

  • Définir la notion de plagiat et identifier les stratégies visant à le contrer incluant;
    • 1er mandat : La sensibilisation;
    • 2e mandat : L’information;
    • 3e mandat : L’éducation;
  • Mettre en place un projet-pilote d’expérimentation d’un logiciel de      détection de similitudes;
  • Modifier la « Procédure concernant les infractions relatives      aux études et sanctions ». (Comité      visant à contrer le plagiat à l’UQAC, 2012)

C’est sous les recommandations issues du «Rapport sur les logiciels de similitudes» du Groupe de travail sur le plagiat de la CRÉPUQ publié en 2011, que le Comité visant à contrer le plagiat de l’UQAC a décidé d’adopter une approche intégrée pour réaliser ses mandats.

1er mandat

Le premier mandat comprend plusieurs volets non moins importants les uns que les autres. Dans un souci de sensibilisation, le Comité s’est doté d’un plan de communication établi en collaboration avec le Bureau des affaires publiques. Ce plan de communication permettait au projet de se distinguer des autres projets de l’UQAC. Avec ce nouveau visuel épuré et efficace, des affiches, un site Web, de la promotion Internet et du matériel promotionnel ont été réalisés.

Plus précisément, le site Web (www.uqac.ca/plagiat) est dédié à la diffusion de l’information sur le projet et au partage d’outils disponibles aux professeurs et aux étudiants. C’est donc à l’automne 2012 qu’une vaste campagne de sensibilisation est faite auprès de la communauté universitaire.Tu as tout ce qu'il faut pour réussis

Le Service de la bibliothèque n’étant pas en reste, c’est l’aspect éducatif auprès de la clientèle qui lui revenait. Bien que nous ayons déjà offert aux étudiants une formation sur le plagiat, celle-ci prenait toute son importance dans le projet. Proposée sur une base volontaire à la bibliothèque à des moments précis durant le trimestre ou sur demande dans les classes, la formation générale «Pourquoi citer ses sources?» devenait notre solution pédagogique. Chacun des conseillers se voyait donc impliqué dans la formation individuelle ou en classe.

2e mandat

Le second mandat du comité était de tester un logiciel de détection de similitudes dans un projet pilote. Deux logiciels furent ciblés, soit celui de la firme américaine TurnItIn ainsi que celui de la française Compilatio. Bien que les deux fonctionnent sensiblement de la même façon et que leur efficacité soit comparable, le choix de l’UQAC s’est arrêté sur Compilatio.

La première étape fut de recruter des intéressés, professeurs et chargés de cours. Les 25 volontaires avaient entre autres comme mandat d’identifier de possibles difficultés à l’usage, les avantages et limites d’utilisation et le besoin de développer des outils. Un premier sondage leur fut envoyé ainsi qu’à d’autres enseignants externes au projet, intéressés à partager leurs expériences face au plagiat.

Après une séance de formation, les enseignants ont fait l’expérimentation du logiciel Compilatio. Cette expérimentation dura un trimestre, soit de janvier à mai 2012, durant lequel les participants pouvaient obtenir du soutien à l’utilisation et à l’analyse des données. Évidemment, leur participation au projet devait s’accompagner d’une mention au plan de cours.

Une fois le projet pilote terminé, un second sondage fut envoyé aux 25 enseignants participant afin de recueillir de l’information sur leur expérience. Une table ronde fut aussi organisée pour discuter en profondeur du sujet. Les commentaires étaient positifs et les enseignants ont recommandé  à l’Université de se doter d’un tel logiciel. La majorité d’entre eux affirme qu’ils utiliseraient le logiciel dans l’éventualité d’un doute quant à un cas de plagiat.

Un sondage a aussi été envoyé aux étudiants des groupes-cours concernés par le projet pilote. Les résultats permettent de conclure à une opinion favorable de la part des étudiants qui eux aussi,  recommandent que l’Université se dote d’un logiciel de détection de similitudes. Plusieurs d’entre eux affirment aussi avoir été plus vigilants lors de la production de leurs travaux lors du projet.

3e mandat

Le dernier mandat du comité qui était de procéder à la refonte de la Procédure concernant les infractions relatives aux études et sanctions et d’en faire une politique institutionnelle, s’est principalement réalisé en sous-comité avec la transmission de l’état d’avancement des travaux au reste des membres du comité. Le sous-comité, en collaboration avec plusieurs secteurs de l’université, a débuté ses travaux de refonte au printemps 2012. L’objectif de cette refonte comprenait deux volets. Premièrement s’adapter à une nouvelle réalité institutionnelle et numérique et deuxièmement, mieux accompagner les enseignants lors du processus de déclaration d’infraction. Plusieurs consultations ont été nécessaires, mais la nouvelle politique devrait être adoptée à l’hiver 2014.

Conclusion

À la suite du dépôt du rapport sur le projet pilote, la licence du logiciel Compilatio a été acquise pour une période de 3 ans. Bien que les étudiants aient souhaité pouvoir également utiliser le logiciel, seuls les enseignants peuvent actuellement faire une demande d’ouverture de compte. L’intérêt d’utilisation fut modeste au départ mais un effort de promotion et de sensibilisation auprès des enseignants a permis l’activation de plus d’une centaine de comptes jusqu’à maintenant. Quelques cas de plagiat ont d’ailleurs été déclarés grâce au logiciel et le Décanat des études offre le soutien à l’analyse et au suivi des plaintes.

Bien que la stratégie de l’UQAC pour contrer le plagiat s’avère incontestablement un succès, les efforts de sensibilisation, d’information et d’éducation sont toujours constants. Le comité assure une présence lors des activités d’accueil au début des trimestres et poursuit sa stratégie d’approche intégrée auprès de l’ensemble de la communauté universitaire. Les conseillers en information documentaire portent aussi une attention particulière à la problématique du plagiat lors de leurs interventions en classe.

Finalement, nous continuons le travail de prévention, de sensibilisation et d’éducation auprès de la communauté universitaire, tant les chez les enseignants que chez les étudiants. Même si les interventions de l’équipe de la bibliothèque sont nombreuses pour lutter contre le plagiat, une nouvelle campagne de promotion sera mise sur pied à l’automne 2014.

Comité visant à contrer le plagiat à l’UQAC. (2012). Une stratégie visant à contrer le plagiat.   Repéré le  18 décembre 2013, à  http://www.uqac.ca/plagiat/

Comité visant à contrer le plagiat à l’UQAC, Gagnon, C., & Larose, M. (2012). Rapport du projet pilote : expérimentation du logiciel de détection de similitudes compilatio (pp. 103). Chicoutimi: UQAC.

Robert, P., Rey-Debove, J., & Rey, A. (2001). PlagiatLe Grand Robert. Paris: Dictionnaires Le Robert/VUEF Repéré à  http://gr.bvdep.com/version-1/login_.asp (Publication originale).

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À propos de Nadia Villeneuve

Bibliothécaire Université du Québec à Chicoutimi

5 Réponses vers “Soyez ©ent % original”

  1. Bonjour,
    Merci pour ce partage d’expérience, je l’ai signalée à des collègues.

    Est-ce qu’il y a des intentions pour rendre la formation obligatoire plutôt que sur une base volontaire? Chez nous, nous avons un atelier, inscription sur une base volontaire, de 50 min sur « Comment éviter le plagiat » mais les inscriptions ne sont pas nombreuses… et les besoins d’éducation demeurent encore à combler à mon avis.

    Dans mon cas, lors des interventions de formations documentaires, on me demande souvent de former à un logiciel de gestion de références où je prends **quelques minutes** pour signaler les bonnes pratiques permettant d’éviter le plagiat. Jamais je n’ai 1h pour faire une intervention pédagogique ciblant le plagiat expressément. Plusieurs étudiants ne savent pas identifier des situations de plagiat. Alors même si on leur dit de citer leurs sources, encore faudrait-il qu’ils sachent identifier quand il importe de le faire. D’autres se sentent un peu démunie dans la façon même d’insérer une citation : ils ne sont tout simplement pas à l’aise avec la rédaction. C’est comme si je leur disais la gamme est do-ré-mi-fa-sol-la-si-do alors maintenant ils savent faire de la musique…

    Je crois donc que tant que le volet éducation reste volontaire et, surtout, pas valorisé sur le plagiat (sans nous enlever du temps pour les autres contenus de formation), le problème ne diminuera pas beaucoup.

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    • Bonjour,

      Effectivement, le problème d’une base volontaire n’est pas résolu. Toutefois, plusieurs de nos programmes de 1er cycle ont intégré un programme de compétences informationnelles et le plagiat est un aspect abordé. Pour les cycles supérieurs, les programmes offerts par l’UQAC sont pour la plupart soumis à un programme de compétences informationnelles adapté. Bien que cela puisse paraître inutile, l’aspect du plagiat qui est abordé est pour certains mal maîtrisé même aux cycles supérieurs.
      Vous avez toutefois raison, pour l’application. Même si nous donnons des exemples dans la formation, il est difficile de faire pratiquer cette technique avec si peu de temps.
      Je vous dirais toutefois que l’utilisation du logiciel a un effet dissuasif et que pour certains, cela les incite à suivre la formation. Certains professeurs, non soumis au programme CI, nous invitent dans les classes pour offrir la formation.
      C’est un travail long et qui demande de persévérance et c’est pourquoi nous relançons une campagne à l’automne 2014.

      Merci

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    • Vicky Gagnon-Mountzouris Réponse 26 février 2014 à 11:44

      Du côté de l’ÉTS, le Décanat des études a décidé de faire un cours ATE800- Intégrité intellectuelle. Le cours est entièrement en ligne via Moodle http://www.etsmtl.ca/a-surveiller/ate800 Il est obligatoire pour les étudiants de la maîtrise sans mémoire incluant DESS et programmes courts, optionnel pour les autres. Il est en court d’implantation au baccalauréat aussi.

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      • Ah! Et Est-ce le personnel de la bibliothèque qui donne le cours?

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      • Vicky Gagnon-Mountzouris 11 avril 2014 à 10:24

        Non, c’est un cours en ligne autoportant géré par le Décanat des études au cycle supérieur. Au niveau du baccalauréat, il y a un projet en cours où un professeur fait écouter les capsules à sa classe en dehors des cours et revient sur la matière avec eux ensuite. La bibliothèque n’est donc pas impliquée dans le processus.

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