La formation documentaire créditée : récit de pratique

C’est connu, les « one-shot library sessions » (formations documentaires ponctuelles) sont efficaces pour faire la promotion des outils et des services offerts par la bibliothèque. En outre, les formations ponctuelles offertes par l’entremise du Service de la bibliothèque visent à initier les étudiants aux moteurs de recherche spécialisés et aux méthodes pour chercher, évaluer, organiser, analyser et présenter l’information documentaire.

Toutefois, ce type de formations n’est pas suffisant pour que les étudiants développent les compétences informationnelles nécessaires à la production de travaux de recherche de qualité. En fait, devant le déluge de nouvelles notions présentées, les étudiants se replient vers des outils et des façons de faire plus familiers dès que la formation documentaire ponctuelle est terminée.

Pour pallier ces problèmes, certains suggèrent le suivi individualisé alors que d’autres proposent d’intégrer, aux programmes disciplinaires, des cours crédités visant explicitement le développement de compétences informationnelles en contexte d’apprentissages disciplinaires. C’est cette deuxième approche que le programme de pratique sage-femme de l’UQTR a choisit. Ce billet expose les principales étapes du processus de mise en oeuvre d’un cours crédité offert pour la première fois à l’automne 2013.

Étape 1 – Élaboration du contenu de cours et approbation départementale

Dans un premier temps, le contenu du cours doit être développé et approuvé par le département. Pour tous les acteurs (professeurs, étudiants et bibliothécaire), il était évident que ce cours obligatoire de 15 h (1 crédit) devait couvrir davantage que les outils de la bibliothèque. En fait, nous avons convenu que l’objectif général du cours était d’initier les étudiants à la recherche scientifique et de développer les compétences de base requises pour l’utiliser dans leur pratique.

De cet objectif général découlent les quatre objectifs spécifiques suivants. À la fin du cours, les étudiants devront être en mesure de :

1. expliquer l’importance de la recherche pour la pratique sage-femme et les méthodes et devis pertinents à la pratique sage-femme;

2. repérer des études scientifiques pertinentes aux problématiques actuelles liées à la pratique sage-femme (données empiriques issues de la recherche scientifique ou études primaires);

3. analyser de manière critique (évaluer) les études primaires à l’aide de critères établis par la communauté scientifique pour discriminer l’information et établir un niveau d’évidence ou de preuve;

4. synthétiser des études primaires pour rédiger des documents (comme des travaux académiques ou des guides de pratique, des aides à la décision) selon les normes de présentation du département.

Nous avons mis notre plan de cours  en pièce jointe à ce billet afin que vous puissiez consulter le contenu détaillé ainsi que les éléments d’évaluation qui sont rattachés aux objectifs ci-dessus.

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Étape 2 – Répartition de la charge de cours

Dans un second temps, la charge de cours doit être offerte selon le processus de répartition des charges de cours en vigueur dans notre établissement. Dans notre cas, pour permettre le recrutement d’un bibliothécaire qui offrira la formation, aucun chargé de cours ne doit poser sa candidature pendant l’affichage de ce poste. Le bibliothécaire doit bien sûr se qualifier pour la charge de cours. Les qualifications demandées sont les suivantes :

• doctorat, ou scolarité de doctorat, en sciences de la santé, en sciences sociales ou discipline connexe ;

ou

• maîtrise en sciences de la santé, en sciences sociales ou discipline connexe avec une spécialisation académique reliée au contenu du cours.

Étape 3 – Prestation du cours

Dans un troisième temps, lorsque le bibliothécaire a obtenu la charge de cours, l’horaire du bibliothécaire doit être aménagé afin que ce dernier ne se retrouve pas en situation de double rémunération. Il est important ici de planifier le temps requis pour la préparation de chaque cours ainsi que pour la correction des travaux et examens.

Étape 4 — Appréciation finale des enseignements

Finalement, une appréciation des enseignements est effectuée. Nous avons mis cette appréciation en pièce jointe. Les résultats se sont avérés positifs, et le cours est reconduit à l’automne 2014-4015.

Appréciation finale des enseignements

Étape 5 — Suivi après la formation créditée

En théorie, les compétences informationnelles se développent dans le temps et dans l’action, c’est-à-dire tout au long de la formation initiale ainsi que par la suite dans la pratique. En cohérence avec cette théorie, la formation initiale en pratique sage-femme encourage les étudiants à mobiliser leurs compétences informationnelles par l’élaboration de travaux de recherche tout au long de leurs études. Dans le but d’offrir le soutien pédagogique nécessaire, et étant donné que nos étudiants sont souvent hors campus – dans les maisons de naissance -, le bibliothécaire offre un suivi individualisé par Skype. Lors de ces suivis, les étudiants consolident leurs compétences informationnelles à leur rythme et en fonction de l’avancement de leurs études.

Par ailleurs, les étudiants ayant participé au cours crédité recevront aussi des ateliers de recherche documentaire ponctuels à deux autres reprises pendant leurs études. Ces ateliers visent à rafraichir les connaissances techniques et procédurales à des moments bien précis du cursus. En fait, le bibliothécaire revoit les étudiants à l’occasion d’ateliers structurés en troisième année (3 h) et en quatrième année (5 h), pour l’activité de synthèse.

En bref, tout au long de la formation initiale des sages-femmes, le bibliothécaire accompagne les étudiants dans diverses activités qui développeront les compétences informationnelles nécessaires pour la pratique professionnelle. Le cours crédité de 15 heures en première année n’est donc pas un remplacement aux formations ponctuelles et au suivi personnalisé. Au contraire, il se veut complémentaire afin d’offrir des services plus diversifiés, permettant ainsi aux étudiants de faire la transition plus rapidement vers un domaine disciplinaire qui exige des compétences informationnelles de haut niveau.

Stéphanie Simard est bibliothécaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Elle possède un baccalauréat en informatique de l’Université York et une maîtrise en science de l’information de l’Université McGill. Elle est aussi doctorante en psychopédagogie à l’Université de Montréal. Ses intérêts de recherche portent sur l’intégration pédagogique des compétences informationnelles.

Dans ce billet, l’emploi du masculin ne sert qu’à alléger le texte.

About simarst

Bibliothécaire

12 Réponses to “La formation documentaire créditée : récit de pratique”

  1. C’est très innovant cette approche complémentaire! C’est la première fois que j’ai connaissance d’un témoignage relatant l’implantation de ce modèle hybride. En as-tu répertorier d’autres dans la littérature? Ou dans ton réseau de contacts?

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    • Bonjour Cynthia, non pas à ma connaissance. Ceci étant dit, je crois en la diversification de l’offre de formation. D’ailleurs, j’attire ton attention au plan de cours où je demande aux étudiants de visionner les capsules La minute brillante afin de répondre à un quiz qui compte pour 5 % de la note finale. Donc, j’introduis aussi la formation en ligne dans le modèle hybride avec ces capsules. J’aurais pu mettre un peu plus l’accent sur cette composante en ligne dans le billet pour bien mettre en lumière que ce n’est jamais tout l’un ou tout l’autre lorsqu’il s’agit d’approches pédagogiques.

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      • Vicky Gagnon-Mountzouris 11 avril 2014 à 09:21

        C’est peut-être aussi un peu plus commun comme situation dans le milieux anglophones, car je sais que des collègues de McGill et Bishop enseigne un cours d’un crédit un peu sous cette forme à titre de bibliothécaire-professeur, car ils ont un titre « d’academic » ce qui leur permet, voir les oblige à faire de la formation crédité.

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      • Cynthia Lisée 11 avril 2014 à 12:53

        Mais je crois que ce qu’il y a de particulier ici est que le volet crédité ne remplace pas les interventions ponctuelles. C’est très différents comme approche. Il y a une notion d’intervention « juste à temps » qui s’ajoute à la formation créditée. C’est beaucoup plus riche et sensée sur le plan pédagogique.

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      • Vous mettez le doigt sur des choses tellement importantes.
        1- La formation créditée obligatoire par le bibliothécaire en début de programme initie une relation personnelle durable avec la cohorte. Ensuite le suivi personnalisé et les formations ponctuelles sont tellement plus naturels, parce qu’après 15 h et 4 travaux pratiques, nous avons vécu des choses ensembles. Les étudiants et le bibliothécaire se connaissent.

        2- Dans les UQ, la structure ne favorise pas l’offre de formation créditée par les bibliothécaires. Dans le milieu anglophone, au contraire, la structure semble le permettre, voir même l’obliger!

        Petit commentaire personnel car j’ai fait ma bibliothéconomie dans le milieu anglophone : il n’y a rien de plus dans la formation initiale des bibliothécaires anglophones qui les préparent mieux aux rôle de bibliothécaire-formateur que dans la formation francophone. Je suis un peu irritée du discours qui sous-entend que les bibliothécaires universitaire ne sont pas formés pour enseigner les compétences informationnelles. C’est en forgeant qu’on devient forgeron = principe #1 de l’enseignement par compétences ;o)

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  2. Très intéressant. Espérons que ce ne soit que le début et que ça puisse faire son chemin pour être implanté ailleurs. C’est dommage par contre que pour avoir un bibliothécaire à cette charge de cours, aucun autre candidat ne doit être intéressé. Pas évident que ce sera toujours un bibliothécaire. Néanmoins, bravo !!

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    • Effectivement, pour notre établissement, pour qu’un bibliothécaire obtienne une charge de cours, aucun autre candidat ne doit être intéressé. Donc, c’est un pensez-y bien lorsque l’on suggère comme solution la formation crédité. Merci d’avoir mis en lumière cette nuance très importante!

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  3. Doit-on interpréter qu’une certaine structure freine la formation documentaire créditée dans le milieu universitaire francophone au Québec?

    Considérant l’importance des compétences informationnelles dans une société dite de l’information, une société de plus en plus mondialisée et informatisée, il serait peut-être pertinent d’approfondir cette question.

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    • Vicky Gagnon-Mountzouris Répondre 2 mai 2014 à 09:07

      À mon avis… oui, une certaine structure freine la formation. Ce serait à mieux étudier, comprendre mieux pourquoi et surtout avoir un meilleur argumentaire sur ton second point, on dirait que nos arguments ne sont pas assez porteurs?

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      • Je ne suis pas certaine que ce soit l’argumentaire qui soit déficient. Tout le monde est d’accord avec nos arguments. Cependant, la formation universitaire est axée sur un enseignement disciplinaire. C’est la discipline académique qui donne, en premier lieu, la raison pour chercher de l’information. Par ailleurs, c’est aussi la culture de la discipline académique qui permet aux étudiants de développer des critères de jugement pour évaluer l’information. Les CI considérées comme des compétences transversales doivent s’intégrer dans cette structure disciplinaire. À savoir si l’enseignement universitaire devrait être plus transversal et multidisciplinaire, je crois que oui, et je crois que ça viendra. Serons-nous encore là pour répondre au besoin? Je l’espère.

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Trackbacks/Pingbacks

  1. La formation documentaire crédité... - 31 mai 2014

    […] Par ailleurs, c'est aussi la culture de la discipline académique qui permet aux étudiants de développer des critères de jugement pour évaluer l'information. Les CI considérées comme des compétences transversales doivent …  […]

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  2. Paule Drouin (poluxbiblio) | Pearltrees - 27 novembre 2014

    […] La formation documentaire créditée : récit de pratique. C’est connu, les « one-shot library sessions » (formations documentaires ponctuelles) sont efficaces pour faire la promotion des outils et des services offerts par la bibliothèque. […]

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