La formation documentaire à l’université : perspective d’un stagiaire de l’EBSI

Olivier Poirier est bibliothécaire de référence pour le Réseau des bibliothèques de la Ville de Repentigny. Il a complété sa maîtrise en sciences de l’information à l’hiver 2014.

Un stage, c’est l’occasion d’acquérir une expérience pratique de la théorie enseignée. Au cours de ces 35 jours, il est possible d’observer plusieurs types de formations : l’intensive qui dure plusieurs heures (3-4) ou la modérée qui consacre environ une heure à un sujet précis. Elles peuvent être en groupe ou individuelles. Le public aussi varie, provenant du corps professoral ou étudiant. Dans mon cas, j’ai eu la chance de préparer une activité d’une heure pour des étudiants du cours RSE1001 (Réussir ses études : reconnaître et consolider ses compétences) qui avait pour but d’expliquer ce qu’est une référence bibliographique et comment la construire.

Je propose une réflexion sur la confrontation entre la pratique et la théorie en formation documentaire, selon la perspective d’un stagiaire. Le texte qui suit fait état de mes propres perceptions, de mon expérience et de mon idée de la formation et ne vise pas à critiquer l’École de bibliothéconomie et de sciences de l’information (EBSI) de l’Université de Montréal (UdeM) ou le travail des bibliothécaires de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Quelles sont les qualités d’un bon formateur?

Cette question, posée au début du cours Formation aux compétences informationnelles à l’automne 2013, m’est revenue en tête lors de mon stage. En théorie, le formateur doit posséder plusieurs caractéristiques afin d’être en mesure de donner une formation de qualité. La première est certainement d’avoir de l’empathie pour les participants à la formation. Sans cette aptitude à s’identifier aux autres et à percevoir ce qu’ils ressentent, le formateur peut difficilement capter et conserver l’attention de son public. L’empathie est au cœur de la capacité de celui-ci à communiquer avec son public. Elle permet aussi d’offrir un environnement et un contexte plus agréables. La personne qui donne la formation doit être en mesure de s’adapter à son auditoire, elle doit être flexible et ajuster l’activité suivant la réaction de l’assistance.

La pratique démontre bien l’importance de ces qualités. Celui qui sait faire preuve d’empathie sans faire preuve de flexibilité ne pourra s’adapter et restera ainsi au même point puisqu’il ne prendra pas en compte son auditoire. Le même raisonnement s’applique aux formateurs dynamiques et enthousiastes : sans la capacité de s’ajuster à leur public, leur formation peut vite tomber à plat. Les étudiants doivent se sentir interpellés ce qui est possible tant par la forme que la présentation et le contenu de la formation. Il m’apparaît donc que le formateur idéal est avant tout celui qui peut s’adapter à toutes les situations, et donc à tous les auditoires, en donnant une formation de qualité, c’est-à-dire en transmettant l’information nécessaire pour que le formé puisse être autonome. L’improvisation est donc, à mon avis, la qualité essentielle d’un bon éducateur. Évidemment, celui-ci doit au préalable connaître sa matière et être capable de la communiquer. Toutefois, c’est au bibliothécaire-formateur de trouver un juste milieu parmi toutes les caractéristiques possibles.

Les obstacles pour un formateur

Le bibliothécaire, aussi doué soit-il, est nécessairement confronté à une série d’obstacles durant tout le processus de la formation documentaire : de l’élaboration à la présentation. L’étudiant-formateur qui doit élaborer une formation dans le cadre d’un cours ne peut être confronté aux mêmes difficultés qu’un bibliothécaire en milieu de travail. Ainsi, il serait impensable qu’un professeur exige à ses étudiants de préparer une formation pour la semaine suivante. Or, cette situation peut se produire en milieu de travail ou de stage. Le temps de préparation est donc un facteur important. Toutefois, il perd en importance lorsque le formateur est expérimenté. C’est logique, car plus une formation est donnée, moins elle nécessite de préparation. L’auditoire aussi peut être un obstacle à une bonne formation.

Il y a quatre grands archétypes d’étudiants assistants à une formation : les absents qui ne viennent pas par désintérêt, les absents qui auraient voulu y être, les présents qui aimeraient être ailleurs et les présents qui en voudraient plus. Les deux premiers groupes ne sont évidemment pas des obstacles à proprement parler, mais ils peuvent le devenir s’ils deviennent la raison de l’annulation de la formation par manque d’inscription. Si la formation a lieu malgré les absents, le bibliothécaire doit, bien souvent, négocier avec la présence de ceux qui souhaiteraient être ailleurs. Cette situation est d’autant plus vraie dans le cas de formations obligatoires. En théorie, il est facile d’ignorer les « désintéressés » et de se concentrer uniquement sur les attentifs. En pratique, la réalité est tout autre. Certains bibliothécaires préfèrent les ignorer ou encore les confronter en les « obligeant » à participer. C’est à ceux-ci de trouver un équilibre parmi tous les gens présents. L’expérience peut donner, encore une fois, la réponse, car la solution ne peut être trouvée dans les manuels. En effet, comment être certain de l’intérêt du public? Jusqu’où le formateur doit-il aller pour susciter l’intérêt? La partie de l’auditoire complètement désintéressée doit-elle être ignorée ou devenir le point d’intérêt principal?

La formation du formateur : théorie et pratique

L’étudiant en sciences de l’information ne peut que profiter d’une éducation adéquate. Cependant, est-il possible d’axer la formation sur la pratique? Comment, en 45 heures de cours, faire de l’étudiant un formateur aguerri? La solution serait peut-être de réduire le nombre d’étudiants par cours par session pour que le professeur puisse miser davantage sur la pratique et la répétition. Heureusement, le stage peut offrir d’autres moments à l’étudiant pour développer des compétences en formation que ce soit par l’observation ou la mise en pratique de la théorie. Certains pédagogues naissent avec des qualités exceptionnelles. Pour les autres, celles-ci se développent avec l’expérience et l’interaction. Le formateur n’est pas seul et ne doit pas l’être. Il doit continuellement rechercher à développer ses compétences avec les commentaires de son public, mais aussi en interagissant avec ses collègues. Il n’existe donc pas de solution facile pour former de bons formateurs.

About Olivier Poirier

Bibliothécaire pour le Réseau des bibliothèques de Repentigny

6 Réponses to “La formation documentaire à l’université : perspective d’un stagiaire de l’EBSI”

  1. Effectivement : « Certains pédagogues naissent avec des qualités exceptionnelles. Pour les autres, celles-ci se développent avec l’expérience et l’interaction. » La formation documentaire des étudiants du collégial est l’une de mes principales activités; l’EBSI à l’époque n’abordait pas cette thématique alors j’ai développé progressivement cette habilité, par essai-erreur, expérimentation et en m’inspirant de pratiques reconnues (ACRL).

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  2. Vicky Gagnon-Mountzouris Répondre 6 mai 2014 à 08:41

    Puisque tous n’ont pas la chance de faire un stage où ils peuvent mettre en pratique leur habiletés d’enseignement, je me pose vraiment la question si ce ne serait pas pertinent d’avoir plus de choix de cours dans ce domaine à l’EBSI ou en formation continue peut-être? Par exemple, le cours de base pour être quelque chose comme « Formation et animation en bibliothèque » et ensuite le cours plus spécifique sur les « compétences informationnelles ». J’ai pu voir dans certains Congrès des BU qui offraient des « bootcamp » pour formateur, ce serait bien pratique ici aussi!

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    • Olivier Poirier Répondre 6 mai 2014 à 08:57

      L’augmentation de l’offre de cours pourrait être une solution. Ce qui aurait aussi pour effet de réduire, peut-être, le nombre d’étudiants par classe et ainsi donner la chance à ceux-ci de faire plus qu’une activité de formation « simulée ».

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      • Vicky Gagnon-Mountzouris 6 mai 2014 à 09:44

        Vraiment! Une idée que j’avais soumise à Éric Leroux, c’est de trouver des milieux de travail prêt à accueillir les étudiants pour une formation. En situation réelle, on apprend mieux!

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  1. La formation documentaire à l’univ... - 12 juin 2014

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  2. Clairedelune | Pearltrees - 27 juin 2014

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