Les partenariats entre la bibliothèque et les départements

Il est difficile de s’attaquer à un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre sans tomber dans l’anecdotique. Après tout, nous définissons tous notre environnement par rapport à l’expérience que nous entretenons avec celui-ci. Vu ma situation de bibliothécaire délocalisé d’une petite université (qu’en nombre!), j’ai fait le constat qu’il serait difficile pour moi de tirer des généralités en fonction de mon expérience personnelle, qui n’est probablement pas représentative du bibliothécaire type d’une université québécoise.

Mais quoi dire alors? Quoi faire pour rassasier cette tribune curieuse, insatiable de connaissances? Je me propose ici de décortiquer deux réalités qui favorisent l’implantation de bons partenariats entre les facultés et la bibliothèque. Certes, je me baserai sur mon expérience personnelle, mais pour en tirer des observations qui, je l’espère, vous rejoindront tout autant.

La fonction d’ambassadeur

La délocalisation sur le département des arts et lettres m’a forcé à redéfinir mon sentiment d’appartenance. Certes, c’est la bibliothèque qui m’emploie, mais mon environnement immédiat est constitué des employés et des professeurs du département. Je possède une bonne connaissance des deux réalités. Alors que faire lorsque ces deux réalités entrent en contradiction?

La plupart du temps, j’agis à titre de courroie de transmission entre les besoins de mes usagers et la bibliothèque. Je suis étiqueté comme la personne ressource en cas de problèmes, commentaires, suggestions ou besoins. Cependant, il arrive que des usagers ne soient pas satisfaits de certaines décisions ou du fonctionnement de certains services ou ressources. Mon rôle est d’identifier la source de leur frustration. Parfois, ce qui est considéré comme une erreur n’en est pas toujours une. Dans ces cas-ci, il est judicieux d’expliquer à l’usager le fonctionnement de nos méthodes. Par contre, lorsqu’une erreur est commise ou qu’un usager se sent lésé par une décision de la bibliothèque, quel parti dois-je prendre? Expliquer et défendre la position de la bibliothèque, ou me ranger du côté de l’usager afin de faire valoir son point?

La première erreur est d’établir une dichotomie entre ces deux positions, car celles-ci ne sont pas d’emblée exclusives. Je perçois le spectre des possibilités comme suit :

  • une mauvaise décision qui nuit à un usager;
  • une mauvaise décision qui ne nuit pas à un usager;
  • une bonne décision qui nuit à un usager;
  • une bonne décision qui ne nuit pas à un usager.

De tous ces choix, deux posent des problèmes significatifs à court terme, soit les décisions bonnes ou mauvaises qui nuisent à un usager. Mais est-ce qu’on peut parler d’une bonne décision si celle-ci nuit à l’usager? En fait, c’est souvent le contexte qui détermine l’aspect « bon » ou « mauvais » d’une décision, car nos usagers ne constituent pas un groupe homogène. Et tel est notre rôle; confirmer que le contexte peut nuire à un type d’usager, et intervenir afin de corriger cette situation.

La vraie richesse d’un bon partenariat, c’est lorsque les usagers ne se gênent pas pour partager leurs frustrations à l’égard de nos services. Car après tout, c’est ce qu’on veut éliminer. Et la première étape de la résolution de problème, c’est de savoir et reconnaître qu’il existe.

Ceci étant dit, ne vous imaginez pas que nous avons des hordes d’usagers mécontents à nos portes. Ça va bien nos affaires.

Développer une proactivité mutuelle

On parle beaucoup d’établir des partenariats avec des professeurs, des services ou d’autres initiatives. Lorsqu’il est question de cela, on pense souvent à aller vers les autres, ce qui est un réflexe pertinent. Ceci étant dit, leur laissons-nous de la place dans nos propres initiatives?

Je disais au début de mon article que j’avais développé un sentiment d’appartenance pour le département avec lequel je travaille. Je crois que ce genre de sentiment, connu de tous, est un atout favorisant l’implantation de partenariats durables. Mais pour qu’ils puissent développer un sentiment d’appartenance envers leur bibliothèque, il faut qu’eux aussi aient la possibilité de participer à nos activités disciplinaires ou avoir l’impression d’avoir un impact sur la gestion des services/collections. Du moins, être écouté.

C’est pourquoi j’essaie le plus possible de les tenir au courant des développements qui les concernent. De leur expliquer les choix importants que je fais et pourquoi je les fais. Je les implique aussi le plus possible dans mes activités d’acquisition ou d’élagage. Me baser sur les spécialisations des professeurs me permet d’appliquer la politique du Just in time de la manière la plus efficace possible, en développant des collections qui répondent exactement à leurs besoins au moment où ils en ont besoin.

Le but de leur implication n’est pas qu’ils fassent le travail à ma place; loin de là. C’est plutôt de reconnaître une expertise disciplinaire que je n’ai pas développée à leur niveau. Par la même occasion, cela me permet d’en apprendre davantage sur les subtilités de leurs intérêts, m’aidant à mieux faire mon travail.

En guise de conclusion, j’aimerais connaître vos stratégies pour de bons partenariats; considérant qu’une clientèle en génie diffère beaucoup d’une clientèle en sciences infirmières, avez-vous remarqué des approches qui fonctionnent bien? Avec quel genre d’usagers avez-vous à faire affaire? Pouvez-vous définir le profil type d’un usager d’une discipline x?

About Jean-Philippe Pouliot

Bibliothécaire en arts et lettres à la bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi.

4 Réponses to “Les partenariats entre la bibliothèque et les départements”

  1. Sylvie Bourgeois Répondre 17 juin 2014 à 12:08

    Allô Jean-Philippe, Je trouve cet article très pertinent; selon moi, la délocalisation et le service à l’usager (ainsi que la satisfaction de ce dernier) vont de pair. L’UQAC a développé un modèle de coopération qui permet aux départements une proximité et un rapprochement des services offerts en bibliothèque. Bravo pour cet article, Sylvie

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  2. Bonjour, pour moi le partenariat passe avant tout par une contribution directe et explicite du bibliothécaire aux livrables des départements. Que ce soit un soutien aux activités de recherche par une contribution pour la recension des écrits, un soutien aux activités d’enseignement par des suggestions pour intégrer les compétences informationnelles aux cursus, ou un soutien à la dissemination des productions écrites du département, nous avons tous les outils et les compétences nécessaires pour offrir des services directs. La sélection, l’élagage, l’indexation sont toujours des activités essentiels pour soutenir les services directs. Cependant, ces derniers seront toujours moins reconnus par nos clientèles, car ils ne les comprennent pas. Ainsi donc, pour des partenariat efficaces, il ne s’agit pas de laisser tomber les services indirect qui sont se que j’appelle « les services essentiels », mais aussi d’offrir davantage de services directs qui eux sont mieux compris par le reste de notre communauté universitaire.

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    • Jean-Philippe Pouliot Répondre 18 juin 2014 à 12:30

      Bonjour Stéphanie,

      Excellent point. Je crois qu’au dessus de tous les services, il y a effectivement toujours la problématique de la connaissance de ceux-ci. C’est pourquoi il est important et nécessaire d’être proactif et d’aller vers eux afin d’intégrer les activités dans lesquelles nos compétences pourraient être utiles.

      Ce que j’ai réalisé en les intégrants dans mes propres activités, c’est qu’ils s’y investissent davantage rapidement. Ça aide à développer des collections qui répondent méticuleusement à leurs besoins.

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