Le nouveau cadre de référence de l’Association of College and Research Libraries

Le 17 juin dernier, l’Association of College and Research Libraries (ACRL, 2014) propose un nouveau cadre de référence pour le développement de compétences informationnelles en pédagogie universitaire. Ce cadre vise à élargir le référentiel normatif de compétences informationnelles adopté en l’an 2000 pour associer au construit « compétences informationnelles » six concepts-seuils qui faciliteraient un dialogue interdisciplinaire entre les bibliothécaires et le reste de la communauté universitaire. En fait, le nouveau cadre pour le développement de compétences informationnelles de l’ACRL s’éloigne de la visée technicienne et pragmatique des normes de compétences informationnelles utilisées antérieurement pour stimuler une réflexion qui se veut davantage adaptée aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). L’utilisation de concepts-seuils dans l’articulation du nouveau cadre de référence s’inscrit dans une volonté des bibliothécaires de soutenir une transformation des comportements documentaires des étudiants et de leurs attitudes envers les TIC en général.

Le premier concept-seuil est « le savoir est une conversation[1] ». Le principe directeur de ce concept-seuil est que le savoir est complexe, multiple et fondé sur différents arguments qui représentent plusieurs facettes d’une question. En ce sens, l’étudiant qui est infocompétent s’appuie sur une variété de ressources informationnelles afin de mettre en lumière les différentes perspectives des auteurs.

Le deuxième concept-seuil est « la recherche est une investigation »[2]. Ici, la nature itérative de l’investigation scientifique est mise en lumière. Ainsi, l’étudiant infocompétent utilise efficacement les méthodes de recherche pour apporter des éléments de réponse à ses questions et pour apprendre de façon autonome.

Le troisième concept-seuil est « l’autorité est construite et contextuelle »[3]. Ici, l’étudiant est appelé à construire ses propres critères de jugement, d’évaluation et de discrimination de l’information. Ces critères de jugement sont construits en fonction du contexte dans lequel l’information est utile. L’étudiant infocompétent connait les genres de documents et les critères habituels pour évaluer l’information qu’ils contiennent. De plus, l’étudiant demeure critique à l’égard de ces critères qui manquent souvent de nuances.

Le quatrième concept-seuil est celui du « format comme processus »[4]. En ce sens, le format ne fait pas référence au contenant de l’information (livre, fichier électronique, œuvre d’art, etc.). Il fait plutôt référence au processus de création, de production et de dissémination de l’information. Ainsi, l’étudiant infocompétent reconnait quel format est le plus pertinent pour transmettre un certain message.

Le cinquième concept-seuil fait référence à « la recherche documentaire est une exploration »[5]. Le processus de recherche d’information n’est pas linéaire et requiert constamment de réajuster ses modes opératoires. L’étudiant infocompétent utilise plusieurs sources et méthodes de recherche documentaire en fonction des résultats obtenus.

Le sixième et dernier concept-seuil fait référence à la « valeur de l’information »[6]. L’étudiant infocompétent reconnaît la valeur de l’information. La création d’informations de qualité requiert du temps, de l’originalité et la reconnaissance des contributions d’autrui.

On note dans les six concepts-seuils énumérés ci-dessus que le nouveau cadre de référence de l’ACRL veut répondre aux nouvelles réalités en pédagogie universitaire. Les étudiants doivent maintenant s’approprier les TIC pour apprendre et faire avancer les savoirs disciplinaires. Selon cette perspective, l’approche par concepts-seuils, au lieu de l’approche normative et centrée sur la technique documentaire, peut théoriquement être avantageuse pour le développement de compétences informationnelles durables.

Toutefois, avant de pouvoir se prononcer sur la pertinence ou sur l’efficacité de ce cadre lors de la conception, de la prestation et de l’évaluation de formations visant le développement de compétences informationnelles, davantage de recherches doivent avoir lieu. Ainsi, ce billet vous invite à étudier la pertinence du nouveau cadre de l’ACRL dans votre pratique. Nous vous invitons aussi à nous faire part de vos commentaires et de vos résultats à cet égard.

[1] Traduction libre de Scholarship is a Conversation

[2] Traduction libre de Research is Inquiry

[3] Traduction libre de Authority is Constructed and Contextual

[4] Traduction libre de Format as a Process

[5]  Traduction libre de Searching as Exploration

[6]Traduction libre de Information has value

Stéphanie Simard est bibliothécaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Elle possède un baccalauréat en informatique de l’Université York et une maîtrise en science de l’information de l’Université McGill. Elle est aussi doctorante en psychopédagogie à l’Université de Montréal. Ses intérêts de recherche portent sur l’intégration pédagogique des compétences informationnelles.

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Bibliothécaire

6 Réponses to “Le nouveau cadre de référence de l’Association of College and Research Libraries”

  1. Vicky Gagnon-Mountzouris Répondre 2 juillet 2014 à 14:29

    Je trouve tout ça bien intéressant, j’aime beaucoup qu’on passe de compétences très techniques à des concepts plus réflectifs. En fait, je trouve que ça rejoint beaucoup plus ce que j’essaie de faire dans mes formations, je trouve le nouveau cadre très inspirant. Le seul hic, c’est que c’est moins facile à évaluer, car c’est moins procédurales… ici on fait réfléchir l’étudiant sur ce qu’il fait au lieu de simplement lui demander de faire une tâche, mais c’est un défi passionnant!

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    • Ton commentaire sur les défis de l’évaluation de compétences informationnelles selon le nouveau cadre de référence proposé par l’ACRL m’amène à me questionner sur le point suivant. Tu vois, dans nos tâches de bibliothécaires, nous n’ évaluons pas les étudiants. En fait, dans mon établissement, l’évaluation des apprentissages est une tâche réservée aux professeurs et aux chargés de cours. À cet égard, j’ai l’impression que le nouveau cadre est beaucoup plus aligné avec les visées des programmes qui mettent en oeuvre l’approche par compétences, ce qui me donne davantage de pistes pour mieux les soutenir.

      Mais je dois te dire que ce changement de paradigme, vers une approche par compétences, me fait aussi un peu peur. En effet, l’ACRL ne parle plus strictement de savoir-faire liés aux outils et ressources de la bibliothèque universitaire, ceux que je possède. C’est autre chose, davantage liée au fait que la bibliothèque universitaire (et l’université en tant qu’institution) n’a plus le monopole de l’accès aux savoirs à l’ère de la société de l’information. Plus que jamais dans l’histoire de notre profession millénaire, je crois que nous devrons définir le rôle qui revient aux bibliothécaires universitaires.

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  2. Bon matin Stéphanie. Dans ton billet tu nous invites à étudier la pertinence du nouveau cadre de l’ACRL dans votre pratique et de te faire part de nos commentaires et de nos résultats à cet égard. Voici mes commentaires.
    Demain le 7 novembre, au Cégep de Saint-Laurent, les bibliothécaires du Rebicq (Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec) rencontrent en matinée quelques collègues du Reptic (Regroupement des responsables de l’intégration des Tic à l’enseignement). Il sera question de la nouvelle mouture du Profil Tic
    (ref: http://www.reptic.qc.ca/wp-content/uploads/2014/09/encart-profil-TIC.pdf)
    et notamment l’habileté 1 : Rechercher l’information. Cette habileté (Planifier la recherche, Effectuer la recherche, Évaluer la qualité de l’information et Organiser les documents) repose en fait sur le cadre de référence de l’ACRL (Information Literacy Competency Standards for Higher Education) qui avait été traduit par le comité des bibliothèques de la CREPUQ en 2005. J’étais présent au Collège André-Grasset, lorsque la première version de l’habileté 1.0 du profil a été esquissée.
    Alors que dans le réseau collégial, les bibliothécaires vont de l’avant avec ce nouveau profil revu et amélioré (en fait on utilise l’ancien depuis 2009) voici que nos cousins américains de l’ACRL, voulant élargir le référentiel normatif de compétences, y vont avec une approche carrément différente, qui s’éloigne comme tu le mentionnes si bien « de la visée technicienne et pragmatique des normes de compétences informationnelles » pour utiliser des concepts-seuil (merci de la traduction!) afin de « soutenir une transformation des comportements documentaires des étudiants et de leurs attitudes envers les TIC en général. »
    Ce changement de paradigme est illustré par le numéro no. 2 (2013) de la revue Communications in Information Literacy.
    (ref: http://www.comminfolit.org/index.php?journal=cil&page=issue&op=view&path%5B%5D=14 )
    J’ai eu le temps de lire quelques articles et effectivement, 13 ans plus tard, nos collègues proposent propose de repenser les concepts : besoins d’information, compétences informationnelles et habiletés à extraire l’information. Cette nécessité provient de l’expérience sur le terrain des bibliothécaires qui constatent que l’ “experience in the information search process that reveal an evolving, dynamic, holistic process incorporating a series of feelings (affective), thoughts (cognitive) and actions (physical) as described in the six stage model of the ISP (Kuhlthau, 2004)”.
    Dans ce contexte, la question se pose : est-on sur la bonne voie? Le modèle que nous apprêtons à retenir est-il, 13 ans plus tard déjà dépassé? Ma réponse est simple : non. Notre profil tient la route à cause de la spécificité des cégeps qui ont adopté l’approche par compétence. Les habiletés et les objectifs font référence aux compétences et aux éléments de compétences de nos programmes d’études. En ajoutant deux habiletés transversales : Travailler en réseau et Exploiter les Tic de manière efficace et responsable (éthique) on cadre vraiment avec le monde dans lequel évolue et vont évoluer nos étudiants. D’ailleurs sur le site de l’ACRL les standards de compétences en vigueur pour 2014-15 demeurent inchangés. Il est question d’un groupe de travail qui planche sur une révision.
    Ceci dit notre profil est appelé à s’adapter. La nouvelle version présentée demain en témoigne. En cens il est pertinent de suivre de près les travaux de nos collègues de l’ACRL notamment les travaux de KUHLTHAU, MANIOTES, CASPARI sur le processus de recherche de l’information.

    Dans mon cas, en début d’année, j’aligne mes ateliers de formation à la recherche documentaire sur les éléments de connaissances spécifiques aux programmes et sur les élément du profil TIC. Je fais également occasionnellement, pour des ateliers de 2e niveau du « Mapping » Il s’agit simplement de configurer de manière graphique et conceptuelle, un atelier de formation offert dans le cadre d’un cours avec les objectifs, les compétences et habilités TIC et informationnelles du programme. L’indicateur de performance, pour reprendre un terme à la mode, est le nombre de références et le tout se fait dans un cadre éthique (une habileté transversale) en citant ses sources.

    Daniel Marquis, bib. prof. et conseiller pédagogique
    Bibliothèque et technologies éducatives
    Cegep de Granby
    dmarquis@cegepgranby.qc.ca

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  3. Bonjour Daniel,

    Merci pour ce commentaire très constructif.

    Le référentiel de compétences ProfilTic que tu nous présentes est sublime.

    J’apprécie particulièrement l’articulation des cinq compétences générales et des compétences particulières s’y rattachant.

    J’ai une question : quels seraient les différents indicateurs, observables et mesurables, qui témoigneraient d’une progression dans le développement des compétences ici présentées?

    Par exemple, item 2.2 « Effectuer l’analyse de l’information »

    Préalable (fin du secondaire) : ??
    Début (fin du CÉGEP) : ???
    En développement (fin du BACC) : ????
    En perfectionnement (sur le marché du travail) : ????

    Je crois qu’indépendamment du référentiel de base que l’on utilise, ces indicateurs observables et mesurables doivent y figurer.

    Si une compétence est une action, une séquence de gestes réalisés dans un contexte précis, il faut donc articuler les compétences informationnelles en termes d’action, préciser les trajectoires de leur développement et déterminer les différents stades de développement avec des indicateurs observables qui ont du sens dans un contexte disciplinaire, c’est-à-dire pour une intégration dans un programme d’enseignement. Et surtout, des indicateurs qui ont du sens pour l’apprenant. Ainsi, ce dernier pourra effectuer une prise de conscience de la progression de son développement de compétences informationnelles et alors la réguler.

    Je vous souhaite une excellente rencontre demain, j’aurais aimé y assister.

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