Formation documentaire au collégial : une enquête sur les pratiques₁

La formation documentaire occupe une place toujours grandissante dans les activités pédagogiques menées par le personnel professionnel et technique des bibliothèques collégiales. Cette réalité vécue sur le terrain demeure pourtant peu documentée; la dernière enquête sur les pratiques en formation documentaire au collégial remontant à plus de douze ans (Marquis, 2002). Il était donc temps pour le Comité de formation documentaire du REBICQ (Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec) de procéder à une mise à jour des connaissances.

Rappelons que le REBICQ a pour mandat « de promouvoir le développement des bibliothèques dans une perspective de contribution aux objectifs des projets éducatifs des collèges » (REBICQ, 2014, paragr. 1). Il est composé de professionnels responsables des bibliothèques provenant des collèges publics ou privés subventionnés.

À la suite de nombreuses versions et d’un prétest, le questionnaire final en 25 points a été élaboré par le comité de la formation documentaire et envoyé aux responsables des bibliothèques des collèges membres du REBICQ au printemps 2014.

Le taux de participation des répondants est important :

  • 43 répondants sur un total possible de 53.
  • 4 des 5 collèges anglophones faisant partie du regroupement y ont pris part.

Les résultats du sondage offraient donc une bonne vision d’ensemble de l’offre de formation documentaire dans le réseau collégial.

Cette première édition d’un sondage sur les pratiques documentaires couvrait davantage les aspects quantitatifs que qualitatifs de la formation. Cependant, une question ouverte permettait aux participants de s’exprimer librement sur leur pratique. Les résultats ont été présentés successivement en 2014 aux membres du REBICQ des répondants TIC du collégial et en décembre dernier au Colloque des bibliothèques d’enseignement supérieur. Des représentants des bibliothèques collégiales doivent la présenter en mars 2015 à la Commission des affaires pédagogiques qui regroupe les directeurs et les directrices des études des 48 cégeps du Québec.

Quelques constats sur l’offre de formation, son contenu et son évaluation

  • La totalité des répondants ont affirmé que leur établissement offrait de la formation documentaire, sous des formes variées (ateliers en laboratoire informatique, visites de la bibliothèque, capsules vidéos ou tutoriels, ateliers de formation offerts en classe).

 

  • L’offre de formation documentaire touche un grand nombre de cours et de programmes : elle n’est pas exclusive aux sciences humaines, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

 

  • Les professionnels des bibliothèques reconnaissent l’importance de favoriser le développement des compétences informationnelles auprès des étudiants du collégial et la plupart d’entre eux y contribuent par la prestation d’ateliers ou l’élaboration de ressources.

 

  • Plus de la moitié des répondants (58%) affirme disposer d’un espace dédié à la formation documentaire, à la bibliothèque ou dans un local adjacent.

Parmi les sujets les plus souvent couverts dans les ateliers de formation documentaire, les répondants ont souligné (par ordre d’importance) :

  • Le choix des outils de recherche
  • L’exploration du site web de la bibliothèque
  • L’identification des mots-clés pertinents pour la recherche
  • L’évaluation de la qualité des sources (crédibilité, objectivité, fiabilité de la source)
  • Un survol des fonctionnalités des outils de recherche
  • La distinction entre différents types de documents
  • Le plagiat

Le sondage a aussi permis de constater que les ressources documentaires les plus souvent présentées dans les ateliers de formation sont : le catalogue (100%), Repère (91%), Eureka (91%), Érudit (84%), Universalis (70%). Dans les commentaires, plusieurs participants indiquent cependant que leur collège n’est pas abonné à plusieurs des ressources répertoriées dans la liste. S’il existe un « tronc commun » entre les différents établissements, il est difficile d’en faire le recensement puisque les ressources peuvent varier d’une année à l’autre au sein d’un même collège. Leur sélection diffère, bien entendu, selon la langue de l’établissement.

La durée moyenne des formations se situe entre 31 et 60 minutes. La contrainte du temps apparaît, pour plusieurs, comme une entrave majeure à l’acquisition satisfaisante des compétences informationnelles par les étudiants. Les participants ont d’ailleurs souligné l’importance de mettre en place une procédure de renforcement des apprentissages en collaboration avec les enseignants par la possibilité de revenir dans les groupes cours et poursuivre la formation.

  • 81% des répondants ont mis en place une procédure d’évaluation (sommative ou formative) permettant de vérifier les acquis de la formation documentaire. Est-ce suffisant pour bien intégrer la matière à long terme?
  • 26% des répondants ont établi des mesures visant l’évaluation de l’offre de formation documentaire elle-même. En l’absence d’un portrait clair, il est difficile pour les comités responsables d’encourager les bonnes pratiques ou de proposer des améliorations pédagogiques et techniques aux pratiques existantes.

Les responsables de la formation

Les bibliothécaires sont essentiellement les responsables de la mise en œuvre des ateliers de formation avec un apport significatif des techniciens en documentation. En ce qui a trait au rôle des enseignants, leur contribution, bien qu’occasionnelle, est reconnue par les répondants. La décision d’offrir un atelier de formation documentaire relève d’ailleurs –la plupart du temps- d’une entente directe avec les enseignants.

Par ailleurs, les répondants sont d’avis qu’une synergie accrue entre les professionnels des bibliothèques et les instances départementales permettrait de rejoindre un plus grand nombre d’étudiants en systématisant l’offre de formation. La méconnaissance du travail des bibliothécaires entraîne parfois une omission de leur mise à contribution de leur expertise dans les discussions à propos de programmes ou dans les réunions départementales. À cet égard, le décloisonnement des différents corps professionnels collégiaux est toujours un défi à relever.

Pour les répondants au sondage, il reste encore bien des avenues à emprunter pour accroître la collaboration avec les enseignants. Les bibliothécaires souhaitent solliciter davantage ces derniers dans le processus d’apprentissage des compétences informationnelles, d’une part pour favoriser une meilleure intégration des contenus par les étudiants et, d’autre part, pour favoriser une plus grande autonomie de tous les intervenants. Les bibliothécaires pourraient ainsi transformer leur pratique et assumer un rôle d’accompagnateur auprès des enseignants, en collaboration avec les conseillers TIC.

Profil TIC et nouvelles technologies

Le profil TIC des étudiants du collégial comporte un ensemble d’habiletés dont certaines sont relatives à la recherche, au traitement et à la présentation de l’information. Cette maîtrise devient un élément essentiel dans la poursuite des études et la vie professionnelle (Dupont, Ouellette, & Perreault, 2014, p. 8)

On a interrogé les répondants afin de savoir si leur institution intégrait le profil TIC dans la formation étudiante :

  • 37% ont affirmé que ce profil était implanté dans leur établissement
  • 16% ne savaient pas si ce profil existait dans leur institution

Selon les résultats du sondage, les collèges intégrant le profil TIC dans tous les programmes rejoignent un plus grand nombre d’étudiants que ceux qui ne l’ont pas intégré du tout.

Les appareils utilisés lors des ateliers consistent le plus souvent en :

  • Des ordinateurs (100%)
  • Des projecteurs (86%)
  • Des tableaux interactifs (37%)

Les autres appareils technologiques tels que les télévoteurs, cellulaires, tablettes électroniques et équipement pour formation à distance s’intègrent progressivement dans les formations.

Malgré la pertinence de logiciels de gestion bibliographique comme EndNote ou Zotero dans le cadre d’un apprentissage d’habiletés informationnelles, ceux-ci ne sont présentés dans des ateliers de formation que par 4 des 43 répondants.

Enfin, la contrainte du temps apparaît comme le principal facteur qui empêche les répondants de consacrer une partie de leur atelier à l’enseignement de certaines ressources technologiques utiles pour les étudiants.

 

Un dialogue nécessaire et utile entre les intervenants

L’enquête du REBICQ répondait à un besoin de connaître les pratiques mises en place dans les différents établissements du Regroupement. Elle aura permis de révéler le besoin d’entamer un dialogue auprès des différents intervenants, entre autres, les enseignants et les conseillers TIC appelés à soutenir l’apprentissage des étudiants en termes d’habiletés informationnelles. Il ressort de cette présentation et des discussions subséquentes un appel à une plus grande collaboration entre ces groupes d’intervenants afin de mieux encadrer les étudiants dans leur apprentissage, mais aussi dans un effort collectif visant à renforcer l’intégration de la formation documentaire et le profil TIC dans les collèges.

  1. Le texte de ce billet est une version remaniée parue en janvier 2015 dans Profweb: (Turgeon, Jean-Louis 2015)

Dupont, H., Ouellette, L., & Perreault, N. (2014). Le nouveau profil TIC des étudiants du collégial: pour développer des habiletés essentielles. Pédagogie collégiale, 28(1), 8‑16.

Larocque, J. & Lavigueur, P. (2014, décembre). Formation documentaire au collégial : une enquête sur les pratiques. Communication présentée au Colloque des bibliothèques de l’enseignement supérieur, Montréal.

Marquis, D. (2002). La formation documentaire dans les bibliothèques collégiales: état de la question et enquête. Documentation et bibliothèques, 48(4), 169‑172.

REBICQ. (2014). Objectifs du Regroupement. Repéré à http://www.rebicq.ca/qui-sommes-nous/objectifs-du-regroupement/

Turgeon, A. et Jean-Louis, L. (20 janvier 2015). Retour sur l’atelier du REBICQ : les pratiques en matière de formation documentaire. Repéré à http://www.profweb.ca/publications/articles/retour-sur-l-atelier-du-rebicq-les-pratiques-en-matiere-de-formation-documentaire

 

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    […] Depuis environ 20 ans, on voit plusieurs rapports d’études qui montrent que la profession a tout de même évoluée, on voit que des nouvelles compétences sont requises pour faire ce métier, en voici quelques exemples. (Pour un autre article sur le sujet de l’agrandissement des compétences requises dans les employés des bibliothèques, cliquez ici.) […]

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  3. Profil TIC des étudiants du collégial – des habiletés indispensables à développer | Tribune Compétences Informationnelles - 5 avril 2016

    […] un billet[3] présentant les résultats d’une enquête réalisée au printemps 2014 par le REBICQ sur les […]

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