Accrodoc, l’autoformation aux compétences informationnelles vue par les enseignants

Dans le précédent billet sur Accrodoc en date du 29 septembre 2014, je vous avais présenté cet outil dédié à l’autoformation des étudiants à la méthodologie de la recherche d’information.

Conçu pour pallier l’absence de formation documentaire dans tous les cursus, Accrodoc se présentait aussi comme un outil d’accompagnement des différentes formations documentaires délivrées dans les facultés de l’Université Lyon 2.

À cet égard cependant, il nous était difficile, à nous bibliothécaires, de mesurer si les supports mis à disposition étaient utilisés lors des cours de méthodologie ou recommandés par des enseignants en complément de leurs cours.

Les statistiques du site indiquent une consultation saisonnière correspondant aux besoins immédiats des étudiants, sans qu’il soit possible de distinguer si ce pragmatisme visible était le seul effet des recherches autonomes de nos lecteurs ou la conséquence de prescriptions des enseignants dans le cadre des cursus.

Nous avons donc souhaité conduire une enquête auprès des enseignants de l’université Lyon 2 afin de déterminer quelles étaient leurs connaissances et leur utilisation d’Accrodoc. Le Service d’études statistiques et d’aide au pilotage de l’université (SESAP) nous a apporté son concours et son expertise pour réaliser cette enquête. Après plusieurs mois de travail conjoint, un courriel d’invitation a été envoyé à tous les enseignants de l’université, soit 911 personnes. Deux relances ont ensuite eu lieu à quinze jours d’intervalle. Près d’un tiers des personnes sollicitées ont répondu à l’enquête, ce qui représente un taux très satisfaisant rapporté à la population des enseignants, a priori difficile à mobiliser sur des dispositifs de consultation comme celui-là.

Les conclusions de l’enquête

Comment les enseignants considèrent-ils la méthodologie?

Un taux très important de répondants est directement intéressé par l’acquisition de compétences méthodologiques par les étudiants, et tout particulièrement aux compétences liées à la recherche d’information, que ce soit en tant que chargé de cours de méthodologie (37,5%), ou en tant qu’enseignant donnant dans le cadre de ses cours des conseils et indications de nature méthodologique, dont une part importante relative à la documentation (85%).

En tout état de cause, cela témoigne de l’existence d’une proportion importante d’enseignants impliqués sur les questions méthodologiques. Ce constat est simplement à nuancer par la sélection opérée par le sujet même de l’enquête : ce sont probablement les enseignants directement concernés, soit chargés de cours de méthodologie, soit présentant un intérêt particulier pour la méthodologie universitaire, qui ont le plus volontiers répondu.

Accrodoc correspond-il aux enseignements et conseils délivrés par les enseignants ?

Nous tentions à travers l’enquête de cerner également les préoccupations des enseignants et la typologie des conseils délivrés aux étudiants. La fréquentation de la BU reste le conseil le plus donné par les enseignants aux étudiants (41% des répondants), juste devant l’utilisation de la bibliothèque électronique (32,5%), l’utilisation des catalogues (27,5%) et la lecture de documentation en général (25%). Tous ces points sont évoqués dans les supports d’autoformation Accrodoc.

Beaucoup d’autres thématiques, saisies en texte libre par les enseignants, évoquent des questions également traitées par Accrodoc (telles que la recherche scientifique sur Internet et l’évaluation d’un site web). À la question « Avez-vous des suggestions de problématiques pouvant être abordées dans le cadre de nouveaux supports Accrodoc (tutoriels, films, cours) ? », on trouve de la même façon des problématiques déjà abordées sur le site. Il semble donc que le contenu d’Accrodoc corresponde relativement bien aux contenus des enseignements relatifs à la recherche d’information, et aux préoccupations des enseignants.

Que pensent les enseignants d’Accrodoc ?

Majoritairement, rien. À la question « Connaissez-vous Accrodoc », la réponse est à 84% « Non ». Cela confirme une impression récurrente : les enseignants n’ont globalement pas connaissance des outils proposés à leurs étudiants, fût-ce dans le cadre de l’université.

Des 10% d’enseignants ayant répondu positivement, on constate que beaucoup ne connaissent en fait l’outil d’autoformation que très superficiellement, voire de nom. Dans le détail, très peu d’entre eux peuvent définir une catégorie de supports (tutoriels sur les bases de données, cours…) qu’ils utiliseraient plus qu’une autre.

L’équipe Accrodoc communiquant régulièrement autour de son actualité dans les médias et instances internes à l’université, cela nous confirme que ces canaux de communication ne suffisent pas à informer de façon durable la population des enseignants de l’université.

Comment l’utilisent-ils ?

Par conséquent, Accrodoc est très rarement utilisé en cours (2% des répondants), ou même prescrit (3,5%) par les enseignants interrogés. À cela, les réponses suggèrent deux types d’explications :

  • Les enseignants considèrent que les étudiants connaissent déjà l’outil Accrodoc;
  • Les supports ne sont pas adaptés au contexte des cours.

Derrière ces explications, un motif principal : Accrodoc est un outil d’autoformation, conçu pour une utilisation autonome, et non comme le support d’un cours en présentiel.

Cette idée fait sens, car de fait, nous avons conçu les formats et les contenus de nos supports pédagogiques pour une utilisation 100% web et en autonomie complète, pour une population étudiante.

L’idée selon laquelle les supports d’autoformation pourraient aussi être spontanément utilisés lors de formations en présence par les enseignants est donc infirmée, pour des raisons relativement judicieuses : notre politique en direction de l’autoformation est trop marquée pour que ce soit possible.

Que souhaitent-ils ?

Le quorum des personnes qui ont un avis sur ce qu’est Accrodoc et sur ce que devrait être Accrodoc est très limité.

La plupart des répondants connaissant Accrodoc et l’utilisant ne répondent en outre pas à la question « Souhaiteriez-vous voir évoluer Accrodoc dans un des sens suivants ? ». Néanmoins, parmi les options envisagées, celle qui remporte le plus de suffrages (16 réponses) est l’élaboration de supports plus spécialisés par discipline que ceux qui sont actuellement présents sur la plateforme.

Le projet d’un accès par discipline était prévu à l’origine du projet Accrodoc, mais a été rendu invisible au moment de la mise en ligne du site par manque de supports correspondants; la conception de supports spécialisés (en droit, lettres, sociologie…) est rendue difficile par le positionnement des bibliothécaires hors des facultés et loin… des enseignants.

Il n’est pas étonnant que des enseignants majoritairement spécialistes, très fortement identifiés à leur discipline d’origine, considèrent que la spécialisation, y compris en matière de méthodologie de la recherche d’information, soit une amélioration.

Nous y verrions en tout cas un bénéfice, y compris pour l’autoformation : les étudiants eux-mêmes, dans le système universitaire français, s’identifient fortement à leur discipline de rattachement, et ce dès la licence, malgré les réflexions sur la pluridisciplinarité des premiers cycles.

La mise en œuvre de supports axés sur des particularités épistémologiques propres à certaines disciplines permettrait peut-être à la fois de mieux communiquer auprès des enseignants (y compris en les sollicitant) tout en ciblant mieux les étudiants pour l’autoformation.

Par ailleurs, les résultats de l’enquête nous confirment que, parallèlement à cette logique d’autoformation « en liberté », il reste nécessaire de trouver la meilleure manière d’intégrer Accrodoc à un cursus de formation transversal et obligatoire, afin de rendre l’acquisition de compétences en recherche d’information incontournable pour l’ensemble des étudiants de l’université Lyon 2.

À suivre !

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À propos de agnesdhalluin

Conservateur des bibliothèques à l'université Lyon 2 Lumière, en charge de l'autoformation à la recherche documentaire des étudiants, et des services aux publics de la BU de Bron.

Rétroliens/Pings

  1. Méthodoc : intégrer la formation aux compétences informationnelles dans les cursus à l’Université Lyon 2 | Tribune Compétences Informationnelles - 7 février 2017

    […] une réponse pragmatique aux besoins des étudiants1 de tous niveaux. À la suite d’une enquête auprès de nos enseignants2, il apparut qu’Accrodoc restait mal connu et qu’il était nécessaire « de trouver […]

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