Matrice EMI (Education aux Médias et à l’Information)

En France, l’EMI (Education aux Médias et à l’Information) est inscrite dans la loi d’orientation pour l’Ecole du 8 juillet 2013 et entre en 2016/2017 dans les programmes de cycle 4 du collège (pour les élèves de 12 à 15 ans : classes de 5ème, 4ème et 3ème,) http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=94717

Pour préparer et faciliter la mise en œuvre de ces nouveaux programmes, un groupe de professeurs documentalistes de l’Académie (région) de Toulouse a travaillé pendant deux ans, de septembre 2014 à juin 2016, à la rédaction d’un document d’appui à destination des équipes pédagogiques. Ce document s’intitule « Matrice pour une Education aux Médias et à l’Information ».

http://docs.ac-toulouse.fr/wp/wp-content/uploads/2016/02/MAJ-Matrice-EMI-TraAMDoc-Toulouse-simplifie%CC%81e-Glossaire-2-1.pdf

Ce travail a été réalisé dans le cadre des TraAM (Travaux Académiques Mutualisés) en documentation,  pilotés par la DNE (Division Nationale du Numérique pour l’Education).  En France, la DNE assure la mise en place et le déploiement du service public du numérique éducatif. Elle définit la politique de développement des ressources, des contenus et des services numériques pour répondre aux besoins de la communauté éducative. Les TraAM sont un dispositif national qui favorise la mutualisation entre les différentes académies au sein d’une discipline  et autour de pratiques pédagogiques innovantes. Chaque groupe académique constitué peut répondre à un appel à projet annuel pour sa discipline. Les publications des groupes académiques TraAM  s’appuient sur des expérimentations menées par les enseignants dans des classes. Les ressources produites ont pour but d’accompagner l’ensemble des enseignants dans leur formation.logo-traaamLe groupe TraAM toulousain s’est lancé dans la rédaction de la matrice EMI avec trois objectifs identifiés comme facilitateurs :

  • uniformiser le vocabulaire utilisé par les enseignants ;
  • préciser les compétences essentielles à développer ;
  • permettre aux collègues enseignants de structurer des parcours et des progressions en Éducation aux Médias et à l’information sur toute la scolarité obligatoire des élèves : de l’école primaire jusqu’au lycée (6 à 18 ans).

Comment le travail d’écriture de la matrice EMI a-t-il été mené ?

Ce travail a été réalisé en plusieurs phases. L’objectif était de proposer aux collègues intéressés un document évolutif, appropriable et transformable à volonté.

Une première période de structuration en matrice (ou tableau) à quatre entrées possibles qui peuvent être croisées :

  • Les objectifs opératoires précisent les savoirs nécessaires à nos élèves pour :
  1. être auteurs
  2. comprendre et s’approprier les espaces informationnels
  3. partager les informations de façon responsable
  4. comprendre et expérimenter le Web et sa structuration)
  5. assumer une présence numérique
  6. argumenter, analyser et développer un point de vue en ligne
  • Les quatre facettes présentes dans tout acte informationnel : l’information-documentation, l’éducation aux médias, la culture numérique et les apprentissages éthiques et sociaux.
  • Les principales notions info-documentaires convoquées.
  • Trois niveaux d’acquisition des élèves, de débutant à expert.

Un second temps a été consacré à une relecture critique du document par un groupe large de collègues. Les premières formulations ont été simplifiées et un glossaire des termes info-documentaires a été inséré. Deux infographies ont été créées pour communiquer les grands objectifs de la matrice EMI et les relier à des exemples issus de pratiques concrètes.

matrice-seances2

http://i1.wp.com/docs.ac-toulouse.fr/wp/wp-content/uploads/2015/09/matrice-s%C3%A9ances2.jpg

Enfin, un appel large aux collègues de l’Académie de Toulouse a été lancé pour participer à la rédaction collective et la publication de trois documents de structuration de l’EMI par cycles. Les documents “Matrice et cycle 3”, “Matrice et cycle 4” et “Matrice et lycée” sont parus entre janvier et juin 2016.

La matrice EMI comprend ainsi un ensemble de documents modulables qui s’appuient sur les pratiques concrètes et laisse une place importante aux pratiques médiatiques des élèves en posture de lecteur ou d’auteur.

Quelle logique guide la matrice EMI ?

Loin de proposer une méthodologie informationnelle-type, la matrice EMI amène à considérer l’élève comme évoluant dans un écosystème informationnel déterminé par ses pratiques médiatiques. Il n’existe plus alors de bonnes ou de mauvaises pratiques, mais des écosystèmes plus ou moins ouverts et conscients. Il s’agit donc, par des travaux de recherche et de publication, par la pratique du débat argumenté, par l’approfondissement de notions info-documentaires, de permettre aux élèves de prendre conscience de leurs pratiques informationnelles. Ces pratiques sont déterminantes pour l’accès à l’information qui arrive par le biais de moteurs de recherche, de sites présélectionnés, de recommandations…

En travaillant à partir de cet écosystème, on peut espérer le faire évoluer :

– par l’approfondissement de notions info-documentaires (autorité, pertinence, espace informationnel, recommandation, éditorialisation, etc.)

– par la découverte de nouveaux médias, de leur histoire, de leur logique économique ou de nouvelles pratiques (Éducation aux médias)

–  par la découverte de la logique algorithmique basée sur l’indexation qui détermine l’accès à l’information pour les utilisateurs (culture numérique)

– par le développement de la capacité à interroger la place et le rôle des outils médiatiques dans la société et dans se propre vie (aspect éthique et social)

Quelle posture enseignante cela implique-t-il ?

L’enseignant met les élèves en situation de recherche et/ou de production d’information pour tenter de déceler un niveau d’acquisition individuel des notions info-documentaires, niveau qu’il cherche à faire évoluer. Il interroge ses élèves, les amène à confronter leurs démarches lors de débats (Faut-il ou non utiliser Wikipedia ? Peut-on se fier aux premiers résultats du moteur de recherche ?) ou de travaux de groupe. Ce type d’interaction élève/enseignant ou élève/élève oblige à l’utilisation d’un vocabulaire précis et adapté. L’objectif est de rompre l’imperméabilité qui peut exister entre des pratiques non formelles, souvent dissimulées, car considérées comme non légitimes, et les pratiques scolaires prescrites.

Un exemple de ce changement de posture de l’enseignant est la légitimation de la pratique empirique du copié-collé à travers l’utilisation d’un « document de collecte ». Le terme a été employé pour la première fois en 2008 par Nicole Boubée, chercheuse en SIC.  http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/file/index/docid/344161/filename/NBoubee-Erte-CopieColle.pdf. Tel que défini au départ, il est une compilation d’extraits copiés-collés réalisée avec un traitement de texte. Les travaux de recherche de Nicole Boubée ont montré que les copiés-collés effectués en situation de recherche ont un double rôle dans le processus informationnel : une fonction de soutien à l’éclaircissement conceptuel d’un thème de recherche et une fonction de régulation de son activité informationnelle. Ainsi, au lieu d’interdire les copiés-collés, l’enseignant propose de les légitimer comme un brouillon, une trace de l’activité de recherche, utile à l’écriture personnelle, qu’elle soit documentaire ou fictionnelle. Évaluer avec les élèves la qualité des documents de collecte référencés (les sites utilisés sont obligatoirement cités) permet d’interroger les sources utilisées et de revenir rétrospectivement sur les cheminements de recherche.

Comment peut-on utiliser la Matrice EMI au sein des établissements scolaires ?

Avec les nouveaux programmes du collège en France, l’EMI a un programme à part entière,  mais est aussi présente à l’intérieur des programmes de chaque discipline.  Il semble donc pertinent dans les établissements de coordonner cette « éducation à », de façon à unifier les discours et construire des progressions transdisciplinaires. La matrice EMI, avec sa structure adaptable, peut aider à structurer les parcours EMI dans les établissements. Ses six grands objectifs proposent une organisation souple : chaque discipline ou chaque dispositif peut inscrire en quoi ses activités contribuent à l’objectif, et quel niveau de classe. Cela permet aussi de communiquer clairement sur les apprentissages des élèves auprès des parents, en dépassant une simple vision de l’enseignement de compétences informationnelles qui passerait par « les dangers d’Internet » ou les procédures « clés en main ». L’objectif est d’apprendre à développer une vision critique, citoyenne et responsable qui fasse le lien entre des pratiques scolaires et des pratiques non formelles, et qui puisse s’adapter à l’évolution des outils et aux choix de société à venir.

L’ensemble des documents en lien avec la matrice ont été réunis sous la forme d’un ebook :

http://docs.ac-toulouse.fr/wp/wp-content/uploads/2016/06/matrice-EMI-book.pdf

About Marion Carbillet

Professeure documentaliste dans l'Académie de Toulouse. Référente académique TraAM Documentation.

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