Identification des éléments de compétence ou des critères de performance en lien avec les CI dans les programmes ministériels collégiaux

Article rédigé par Anne-Frédérique Champoux, animatrice du Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec, au nom du comité sur la formation documentaire[1]

Introduction

Le Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec (REBICQ) est une communauté de pratique composée de cadres bibliothécaires, des professionnels des bibliothèques et des techniciens en documentation du réseau collégial. Chaque année, le REBICQ planifie et répartit ses objectifs de travail entre différents comités. Le comité sur la formation documentaire, dont le mandat est de se pencher sur « les facteurs qui font de la formation documentaire un soutien à la réussite » (REBICQ, 2017), a amorcé l’an dernier un projet de repérage des compétences informationnelles (CI) dans les programmes ministériels collégiaux. L’idée de cette recension avait été évoquée dès les débuts du comité, de manière à ce que les formateurs des bibliothèques collégiales soient en mesure d’identifier les cours ou les programmes pour lesquels il serait pertinent d’offrir des ateliers sur les CI aux étudiants. Le bien-fondé de cet exercice avait été réaffirmé en 2014, lorsque le comité a réalisé une première enquête, destinée à recenser les pratiques de formation documentaire implantées dans les bibliothèques du réseau (Lavigueur, 2015; Champoux, 2016). À ce moment, les membres du comité ont pris conscience que leurs pairs intervenaient souvent dans les mêmes cours, ce qui laissait présager que des éléments relatifs aux CI se retrouvaient de manière structurée dans les programmes ministériels. À titre de projet pilote, une étude systématique de quelques programmes a donc débuté.

 

Structure d’un programme collégial

Les programmes ministériels de la formation collégiale se présentent sous une forme standardisée. Le document produit par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour chaque programme commence toujours par le rappel des visées de la formation collégiale dans son ensemble, de même que celui des compétences communes à tous les programmes, qu’ils soient techniques ou préuniversitaires. Par la suite sont précisés les buts, les objectifs et les standards du programme d’études spécifique. Ces objectifs et standards propres sont déclinés en compétences, explicitées dans des énoncés, qui se trouvent à leur tour subdivisées en éléments de compétences. Finalement, les éléments de compétences sont rattachés à des critères de performance, qui permettent d’évaluer si la compétence à développer a été atteinte ou non par l’étudiant. Le contexte dans lequel la compétence s’exerce est également précisé. Sous forme de tableau, chaque compétence est développée comme suit :

Énoncé de la compétence Contexte de réalisation
Éléments de compétence

– élément 1

– élément 2

– élément 3, etc.

Critères de performance

– critère 1

– critère 2

– critère 3, etc.

 

Programmes étudiés par le comité

Les programmes de Sciences humaines et d’Arts, lettres et communication ont retenu l’attention du comité. Ils ont été choisis puisque ces programmes préuniversitaires sont largement offerts dans le réseau collégial. Par ailleurs, le comité supposait que l’étude de ces programmes allait permettre d’estimer l’importance relative accordée aux CI à travers le temps : le programme de Sciences humaines a été actualisé pour la dernière fois en 2001, tandis que le programme d’Art, lettres et communication date de 2013. Le comité s’est d’abord penché sur le programme de Sciences humaines. Alors que les formateurs en bibliothèque interviennent souvent dans les cours rattachés à ce programme (nous pouvons relever au passage les cours Histoire de la civilisation occidentale, Individu et société, Initiation pratique à la méthodologie en sciences humaines et Démarche d’intégration des acquis en sciences humaines), force a été de constater que le document ministériel contenait peu de références aux CI. Dans les buts généraux du programme, on mentionne que l’étudiant devra « utiliser des méthodes de travail et de recherche nécessaires à la poursuite de ses études », ce qui inclut entre autres « la recherche documentaire [et] la recension des écrits » (Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2017a, p. 6 et 7). On précise également que l’étudiant devra « démontrer les qualités d’un esprit […] critique » (Ibid., p. 6). Lorsque nous nous intéressons à des compétences spécifiques, nous relevons quelques autres occurrences des CI, mais cela demeure ténu. Pour la compétence « Démontrer l’intégration personnelle d’apprentissages du programme », nous trouvons un rappel de l’objectif visant l’« utilisation adéquate de méthodes de travail et de recherche » (Ibid., p. 24) à titre de critère de performance. Pour la compétence « Produire différents types de discours oraux et écrits liés au champ d’études de l’élève », l’élément de compétence « Rechercher l’information dans des discours littéraires ou non littéraires » est donné, avec pour critères de performance le « Choix approprié des sources d’information » et le « Choix pertinent des éléments d’information » (Ibid., p. 34). Dans le reste du programme de Sciences humaines, le comité a identifié des endroits où les CI semblaient apparaître en filigrane (lorsqu’il est question de faire une recherche empirique, lorsqu’il faut interpréter des documents historiques, lorsqu’il y a l’application d’une méthodologie), mais cela laisse place à interprétation. Ainsi, sur les 82 pages du document, il faut conclure que les CI n’occupent qu’une mince place dans le programme ministériel de Sciences humaines, tel qu’il est implanté actuellement. Il convient toutefois de souligner que ce programme est présentement en réécriture. Il semble possible que les CI figurent plus clairement dans le programme actualisé, si nous nous fions aux résultats de la consultation menée auprès des universités québécoises quant au profil attendu des étudiants diplômés en Sciences humaines[2].

L’analyse du programme d’Arts, lettres et communication s’est révélée plus encourageante pour les membres du comité. D’abord, dans les buts généraux du programme, il est attendu que l’étudiant « utilis[e] des méthodes de recherche et les technologies de l’information » (Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2017b, p. 6). Cet énoncé est explicité comme suit :

« L’élève est apte à effectuer des recherches documentaires de façon autonome. Ainsi, il documente diverses problématiques en ayant recours à des méthodes de collecte d’information telles que la recherche en bibliothèque, la consultation d’ouvrages spécialisés, la consultation de centres de documentation ou l’utilisation d’outils de recherche informatisés. Dans le cadre de ses recherches, l’élève effectue le tri d’une masse d’information, la synthétise et porte un jugement critique sur sa qualité.

Le contact avec une grande quantité d’information permet à l’élève de considérer les problématiques dans leur ensemble, de s’en distancier et ainsi de les traiter de manière objective.

Par les habiletés méthodologiques développées, qui incluent nécessairement l’utilisation des technologies de l’information, l’élève recourt à différentes stratégies qui lui permettent d’organiser ses recherches, de planifier son travail et de présenter ses résultats. » (Ibid., p.7)

Ce qui est décrit dans ces paragraphes se rapproche de la définition des CI qui est donnée dans le Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur, qui va de la recherche éclairée et réflexive d’information jusqu’à la production de nouveaux savoirs (GT-PDCI, 2016, p. 6). Toujours dans les buts du programme, soulignons qu’il est également fait mention du « développe[ment] [de la] pensée critique », de même que du « sens de l’éthique et [de] l’honnêteté intellectuelle » (Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, op. cit., p. 6 et 8). Dans la suite du programme, nous avons relevé une dizaine de critères de performance en lien avec les CI, qu’il s’agisse du « Choix judicieux de ressources documentaires », de la « Validité et  [de la] fiabilité des sources de référence », de la « Documentation appropriée » ou de la « Documentation suffisante » et de l’ « Emploi de sources de référence » (Ibid., p. 18 à 28). Ainsi, quantitativement et qualitativement, le programme d’Arts, lettres et communication fait montre d’un plus grand recours aux CI que l’actuel programme de Sciences humaines, ce qui nous permet d’espérer une évolution similaire dans d’autres programmes.

 

Retombées du projet pilote

Si ces travaux n’ont pas permis de montrer que les CI avaient une forte présence dans les programmes ministériels de Sciences humaines et d’Arts, lettres et communication, ils n’ont toutefois pas été entrepris en vain. Ce processus d’analyse nous a conduits à nous familiariser avec le vocabulaire pédagogique, de même qu’avec la mécanique des programmes, de leur actualisation à leur implantation. Nous espérons aussi que l’étude des programmes nous permettra d’ouvrir la discussion avec les cadres, les enseignants et les conseillers pédagogiques dans le but de mieux intégrer la formation documentaire aux programmes d’études. Nous croyons aussi que ce projet nous fera gagner en crédibilité auprès des directions des collèges et les sensibilisera à l’importance des CI.

Le comité sur la formation documentaire entend poursuivre ce projet de repérage des CI dans les programmes ministériels en 2017-2018. Il est maintenant prévu de nous pencher sur quelques programmes techniques. Le comité compte également procéder à l’analyse du programme de Sciences de la nature, dont la version actualisée devrait être publiée au cours de l’année.

 

Références

Champoux, A.-F. (2016). Formation documentaire au collégial : une enquête sur les pratiques. Documentation et bibliothèques, 62(1), 33-40.

GT-PDCI. (2016). Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur. Repéré à http://ptc.uquebec.ca/pdci/system/files/documents/administration/referentiel_acrl_2016-vf_0.pdf

Lavigueur, P. (2015). Formation documentaire au collégial : une enquête sur les pratiques. Repéré à https://tribuneci.wordpress.com/2015/04/07/formation-documentaire-au-collegial-une-enquete-sur-les-pratiques%E2%82%81/

Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. (2017a). Sciences humaines (300.A0) :  Programme d’études préuniversitaires. Repéré à http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/documents_soutien/Ens_Sup/Collegial/Form_collegiale/Programmes_etudes_preuniversitaires/300.A0_Sciences_humaines_VF.pdf

Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. (2017b). Arts, lettres et communication (500.A1) : Programme d’études préuniversitaires. Repéré à http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/documents_soutien/Ens_Sup/Collegial/Form_collegiale/Programmes_etudes_preuniversitaires/500.A1_Arts_lettres_communication_VF.pdf

REBICQ. (2017). Comité Formation documentaire. Repéré à http://www.rebicq.ca/qui-sommes-nous/nos-comites/comite-formation-documentaire/

[1] Au moment de la réalisation de ces travaux, le comité était formé des membres suivants : Anne-Frédérique Champoux, animatrice du REBICQ; Andrée Dagenais, bibliothécaire au Centre de documentation collégiale; Roseline Dufault, bibliothécaire au Cégep de Sorel-Tracy; Julie Larocque, bibliothécaire au Collège Bois-de-Boulogne; Josiane Sauvé, spécialiste en moyens et techniques d’enseignement au Collège Lionel-Groulx; Sophie Valentin, coordonnatrice du centre de documentation au Collège LaSalle.

[2] Nous nous basons sur les informations communiquées par Jacques Belleau et Nathalie Canuel lors d’une conférence prononcée à la Journée Repcar, Repfran et directions adjointes des études du Carrefour de la réussite le 5 avril 2017. Il est possible de consulter le diaporama utilisé en support à la conférence à l’adresse http://www.lareussite.info/wp-content/uploads/2016/12/2017-04_ncanuel-jbelleau_profil-attendu-universit%C3%A9s-diplomes-preuniversitaire-revision-programmes.pdf 

Publicités

À propos de Anne-Frédérique Champoux

Animatrice du Regroupement des bibliothèques collégiales du Québec (REBICQ)

Pas encore de commentaire... Lancez-vous!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :