Soutien à la communication scientifique : pourquoi à la bibliothèque?

Par Félix Langevin-Harnois et Prasun Lala

Dans un article précédent intitulé « Soutien à la communication scientifique: un besoin? », nous avons discuté des raisons pour lesquelles les étudiants des cycles supérieurs pourraient avoir besoin de soutien pour la communication scientifique. Nous répondons maintenant à la question « Pourquoi offrir ce soutien à la bibliothèque? ».

Photo Nathan Dumlao – Unsplash

La bibliothèque en tant que « quincaillerie »

Notre propre expérience montre que les étudiants (et les professeurs) demandent de l’aide auprès de la bibliothèque sur de nombreux sujets, parfois sans clairement savoir ce qu’ils recherchent. Ils se rendent à la bibliothèque comme on peut se rendre à la quincaillerie : on doit résoudre un problème, et l’on sait qu’on va trouver la solution à la quincaillerie (même si l’on ne sait pas précisément ce qu’on va acheter!). Souvent, les besoins soulevés par les étudiants sont liés à la communication scientifique. Certaines bibliothèques mettent en place un environnement dans lequel les étudiants peuvent obtenir de l’aide pour leurs projets, mais ne font pas de distinction entre la recherche, la rédaction, la lecture ou d’autres besoins (McDaniel, 2018).

Cet été, un message envoyé à la liste de diffusion de l’Engineering Libraries Division de l’American Society for Engineering Education a demandé si les institutions d’éducation proposent des services d’aide à la rédaction pour les étudiants et/ou les professeurs. Des institutions du Canada et des États-Unis ont répondu de manière impressionnante, décrivant divers services offerts. Ces services varient de l’intégration physique d’un service d’aide à la rédaction (Writing Centre) géré par un autre service, à des programmes sophistiqués, associant bibliothécaires, étudiants et experts d’autres services.

Une communauté d’apprentissage pour la communication scientifique et les compétences informationnelles

De nombreux ingénieurs (notre type de clientèle) entament des études supérieures avec une compréhension insuffisante du processus de publication et du processus de rédaction académique (Gassman, Maher, & Timmerman, 2013). L’isolement de certains étudiants de cycles supérieurs pose des problèmes liés à l’acquisition des compétences en communication scientifique. Mullen affirme qu’il existe une forte préconception de la part de ces étudiants que la rédaction est un effort solitaire et que les étudiants de cycles supérieurs doivent déjà posséder les compétences appropriées pour accomplir la tâche de rédaction académique (Mullen, 2006). McDaniel propose que « le soutien aux étudiants aux cycles supérieurs soit un terrain avec beaucoup d’acteurs : administrateurs, conseillers pédagogiques, conseillers, coordinateurs de programme d’études supérieures, etc., jouent tous un rôle. Mais les bibliothèques peuvent exploiter notre nature unique en tant que des lieux en constante évolution et des organisations complexes pour développer des services de coaching par les pairs qui considèrent les besoins d’apprentissage et qui donnent aux étudiants des cycles supérieurs la capacité de contester les silos institutionnels et les déséquilibres des pouvoirs qui font obstacle à leur apprentissage » (McDaniel, 2018).

Et les compétences informationnelles dans tout ça? Tout d’abord, la communication scientifique est très présente dans les compétences informationnelles. Deux fondements du Référentiel des compétences informationnelles sont particulièrement liés aux compétences en communication scientifiques :

  • Le fondement « La production de l’information est un processus » amène plusieurs éléments importants en lien avec l’adéquation du format de communication et du contenu, du processus de création et de diffusion des idées, etc. Dans une communauté d’apprentissage, les étudiants créent (et voient les autres créer) de l’information pour différents lieux de diffusion, avec des résultats différents.
  • Le fondement « La production de savoirs résulte d’échanges » amène la question de la communication des idées et de la discussion qui les entoure. Le lien avec la communication scientifique est d’ailleurs encore plus fort ici puisque c’est par une communauté d’apprentissage que l’on discute de la clarté des idées et des concepts, soulevant la plupart des habiletés et dispositions mentionnées dans le Référentiel. Une communauté de pratique est en soi un lieu mettant en action ce fondement.

De nombreux aspects des autres fondements sont également abordés dans une communauté d’apprentissage pour la communication scientifique, notamment lorsque les étudiants sont exposés à différents débats et perspectives, tout en décortiquant le processus de communication et de publication scientifiques, et tout en créant et en aidant leurs collègues à créer des informations à consommer.

Un cheval de Troie (sans le but néfaste!)

Comme nous le savons, les étudiants ignorent souvent à la fois les services/ressources de la bibliothèque et l’expertise dont ils disposent en ce qui concerne leurs besoins en informations. Ils attendent souvent le dernier moment pour demander de l’aide. Avec la communauté d’apprentissage en communication scientifique que nous avons créée à l’ÉTS (Lala, Langevin Harnois, El Boussaidi, Desrosiers, & Laporte, 2018), nous avons constaté que nos activités constituaient également un bon moyen d’orienter les étudiants vers d’autres services de la bibliothèque qu’ils ne rechercheraient peut-être pas tous seuls. De même, les étudiants découvrent notre programme de communication scientifique lorsqu’ils assistent à d’autres ateliers de la bibliothèque. Lors d’une Journée de la recherche organisée cet été, en collaboration avec le comité des cycles supérieurs, nous avons réussi à combiner des ateliers sur la communication scientifique avec des ateliers sur les compétences informationnelles tout au long de la journée. Dans notre prochain article, nous parlerons en plus de détail de ce type d’activités.

Soutien à la communication scientifique : donc pourquoi à la bibliothèque?

Les utilisateurs arrivent souvent à la bibliothèque, cherchant un premier point de contact pour les besoins liés à la communication scientifique, considérant la bibliothèque comme une « quincaillerie » de services. La communauté qui existe déjà autour d’une bibliothèque constitue un bon point de départ pour créer une communauté d’apprentissage en matière de communication scientifique. Étant donné que de nombreux critères nécessaires pour réussir dans la communication scientifique se chevauchent avec les compétences informationnelles, une telle communauté d’apprentissage peut répondre aux besoins des étudiants aux cycles supérieurs dans les deux domaines de manière plus holistique.

Nous pensons qu’il existe de bonnes raisons pour avoir du soutien à la communication scientifique disponible à la bibliothèque. L’espace physique se prête naturellement pour organiser des activités et pour attirer des étudiants. La structure organisationnelle de la bibliothèque facilite la création d’une communauté d’apprentissage pour la communication scientifique. Enfin, de nombreux aspects des compétences informationnelles sont liés à la communication scientifique; il est donc logique d’aider les étudiants avec un front concerté.

Prochain article

Dans le prochain article, nous explorerons comment nous avons mis en avant une communauté d’apprentissage pour la communication scientifique dans notre bibliothèque, et quelques leçons que nous avons apprises.

Bibliographie

Gassman, S. L., Maher, M. A., & Timmerman, B. E. (2013). Supporting Students’ Disciplinary Writing in Engineering Education. International Journal of Engineering Education, 29(5), 1270–1280.
Lala, P., Langevin Harnois, F., El Boussaidi, G., Desrosiers, C., & Laporte, C. (2018). Providing sustainable scientific writing support for graduate engineering students by creating a local scientific learning community,. Communication présentée au 2018 ASEE Annual Conference & Exposition, Salt Lake City, UT.
McDaniel, S. (2018). Library roles in advancing graduate peer-tutor agency and integrated academic literacies. Reference Services Review, 46(2), 272‑293. https://doi.org/10.1108/RSR-02-2018-0017
Mullen, C. A. (2006). Best writing practices for graduate students: Reducing the discomfort of the blank screen. Kappa Delta Pi Record, 43(1), 30–35.

 

À propos de Prasun Lala

Agent de recherche, Service de la bibliothèque, École de technologie supérieure

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