Billet de veille sur les barrières à l’utilisation de la bibliothèque et aux compétences informationnelles (CI)

Par Julie Grenier, École de technologie supérieure

Depuis de nombreuses années déjà, la littérature liée aux sciences de l’information fait état de diverses barrières qui peuvent s’opposer au développement des compétences informationnelles (CI) et même à l’utilisation de la bibliothèque universitaire de façon plus large. Aux États-Unis, notamment, Mellon s’est penchée sur « l’anxiété envers la bibliothèque universitaire » (Library Anxiety) dès 1986 (Mellon, 1986). Ainsi, les recherches de Mellon et Kuhlthau abordaient déjà à la fin des années 1980 ce qui rendait difficile le processus de recherche d’information, de même que la visite des espaces de la bibliothèque pour les étudiants et les futurs étudiants de niveau universitaire (Kuhlthau, 1988 ; Mellon, 1986).

La question de l’accès à l’information intéresse de plus en plus les chercheurs, notamment en ce qui a trait à des clientèles spécifiques, qui pourraient être marginalisées. Nous avons donc souhaité vérifier ce qui ressortait de la littérature scientifique récente concernant les barrières aux CI pour diverses catégories de clientèles. Plus précisément encore, nous espérions trouver dans la littérature des solutions mises en place dans diverses institutions pour faire tomber ces barrières.

Aux fins de la réalisation de ce billet, douze documents ont été sélectionnés; ceux-ci ont été publiés entre 2015 et 2021.

Les douze textes anglophones dont il est question dans ce billet présentent diverses barrières s’opposant à l’apprentissage des CI ou à l’utilisation de la bibliothèque de façon plus générale pour un ou des types de clientèles. Ainsi, on retrouve dix (10) articles de revues, un (1) chapitre  et un (1) résumé de conférence parus dans les 7 dernières années.  Les documents abordent notamment les barrières du point de vue des étudiants de première génération (3 documents), des minorités visibles (3 documents), des étudiants issus de la diversité (1 document) et des étudiants internationaux (5 documents).

Résumé des textes retenus

Étudiants universitaires de 1re génération

D’après le rapport sur les étudiants de première génération du réseau UQ,  « l’étudiant de première génération (EPG) est défini comme un étudiant dont ni le père ni la mère n’a fréquenté un établissement d’enseignement supérieur » (Bonin, Duchaine, & Gaudreault, 2015, p. 2). Les études dont il est question ci-dessous ont cherché des moyens de mieux rejoindre cette clientèle afin d’améliorer leurs connaissances des services de la bibliothèque, mais également à mieux comprendre leurs besoins dans le but de mieux les desservir.

Barbrow, et al. (2020, p. 182) font état d’une initiative mise en place à la bibliothèque de Wellesley College afin de rejoindre les EPG. Cette clientèle représentait au moment de l’écriture de l’article 15 % des étudiants de cette université.

Une activité se tenait déjà dans l’objectif de rassembler cette clientèle et de leur permettre de réseauter, notamment : « Un doyen organise deux cohortes d’EPG qui se rencontrent deux fois par semaine pendant toute l’année afin de mieux se connaître, de réseauter, de parler de leurs progrès académiques et de parler des services qui sont disponibles pour eux sur le campus » (Barbrow, Lubkowski, Ludovissy, Moazeni, & Storz, 2020, p. 182). Les bibliothécaires et archivistes de la bibliothèque ont donc profité de cette occasion pour inviter les étudiants à un événement intitulé SpeedShare afin de leur faire connaître les services de la bibliothèque et son personnel. Lors de ces rencontres de quelques minutes, les employés de la bibliothèque présentent leur travail et se font poser des questions par les étudiants (Barbrow et al., 2020, p. 183).

Ce qui ressort de l’expérience menée sur le campus du Wellesley College est que pour avoir un impact sur cette clientèle et la convaincre d’utiliser les services de la bibliothèque, ouvrir le dialogue avec la clientèle est encore plus important que de communiquer de l’information sur les services de la bibliothèque (Barbrow et al., 2020, p. 185).

L’objet d’une seconde étude portant sur les EPG est de « découvrir des facteurs qui peuvent potentiellement améliorer ou nuire au développement des CI des étudiants de premier cycle grâce à une recherche explorant les expériences d’EPG avec des travaux de recherche au cours de leurs études »  (Folk, 2021, p. 1036). L’auteur a réalisé une enquête auprès de 30 étudiants américains provenant de deux campus différents (et de divers domaines d’études) qui en sont à leur troisième année universitaire.  Leur participation impliquait de faire une entrevue individuelle avec la chercheure; celle-ci ayant une durée maximale de 75 minutes et portant sur leurs expériences universitaires avec les travaux de recherche (Folk, 2021, p. 1041).

Les données recueillies au cours de l’étude ont permis de dégager quatre éléments qui ont un impact sur la réussite des étudiants. D’abord, le modèle de transition entre les études secondaires et postsecondaireset surtout la façon dont les étudiants abordent cette transition. Deux façons de faire des étudiants sont définies par la chercheure : soit les étudiants sont plus dans l’interaction avec d’autres, qu’il s’agisse de leurs professeurs, de bibliothécaires, etc. (« approche sociale ») ou bien ils semblent penser qu’ils devraient s’abstenir de demander de l’aide (« approche individuelle ») (Folk, 2021, p. 1044). Sans grande surprise, les travaux de recherche donnent plus de fil à retordre aux étudiants de la seconde catégorie. Une des raisons pour laquelle ils ne demandent pas plus d’aide est qu’ils se sentent intimidés, notamment parce qu’ils considèrent qu’ils devraient être complètement autonomes dans ce processus (Folk, 2021, p. 1044).  

En second lieu, la perception qu’ont les étudiants du rôle des travaux de recherche dans leurs études est qu’au fil de leur programme, ils cheminent vers des travaux de plus en plus complexes qui « bâtissent » sur les compétences qu’ils ont développées antérieurement (Folk, 2021, p. 1045).

Un troisième facteur important peut être défini comme la perception du produit final en comparaison avec le processus de rédaction («  product vs process » ), soit l’importance accordée au travail écrit final (le produit) par rapport au processus de rédaction (analyse et citation des sources). Plusieurs étudiants notent la différence entre les critères d’évaluation utilisés au secondaire par rapport au milieu universitaire et indiquent qu’ils ont eu à ajuster ces critères en développant leur esprit critique de façon plus aiguisée, mais d’autres précisent également qu’ils ont eu l’impression que le travail final (rédaction, fautes d’orthographe, respect de la manière de citer) était plus important que le processus d’analyse et d’évaluation qu’ils ont eu à faire en vue de la réalisation du travail (Folk, 2021, p. 1046).

Finalement, la motivation à apprendre des étudiants représente le quatrième facteur qui peut influencer positivement le développement de CI. « Deux tendances se dessinent au niveau des travaux de recherche : les étudiants ont soit une orientation de performance, ou bien une orientation d’apprentissage; cette seconde orientation représentant un aspect critique au développement de CI. » (Folk, 2021, p. 1046).

Le troisième article portant sur les EPG s’est intéressé aux différences entre les CI des étudiants de première génération comparativement à ceux dont les parents avaient étudié à l’université (« étudiants de génération continue ») (LeMire, Xu, Hahn, Balester, & Dorsey, s.d., p. 732).

La méthodologie employée était d’administrer des modules du Threshold Achievement Test of Information Literacy (TATIL) à des centaines d’étudiants (des deux types d’étudiants) entre 2018 et 2019. Leurs résultats ont par la suite été comparés (LeMire et al., s.d., p. 734). Pour chaque module, le TATIL classe les répondants selon trois niveaux : conditionnellement prêts à la recherche, prêts pour l’université et prêts pour la recherche (LeMire et al., s.d., p. 735).

Les différences entre les deux groupes d’étudiants ne soient pas énormes, toutefois les EPG étaient un peu moins « prêts à la recherche » que les étudiants de génération continue. Ainsi, pour le module 3 (Research & Scholarship), leurs pourcentages étaient respectivement de 15,23 % et de 20,1 % (LeMire et al., s.d., p. 736).

Parmi leurs recommandations, les auteurs indiquent qu’il serait pertinent de prévoir des ateliers visant spécifiquement les EPG (entre autres lors d’événements tels que les journées d’orientation), étant donné qu’ils présentent des faiblesses sur certains éléments. Les efforts de formation pourraient être centrés là-dessus (LeMire et al., s.d., p. 743).

Étudiants issus des minorités visibles

Le résumé de conférence de Chapman et Daly fait état d’une étude dans le cadre de laquelle les chercheurs ont voulu comprendre les expériences de la population étudiante noire avec les bibliothèques du campus de l’Université Duke, en Caroline du Nord. L’étude a été menée durant l’année scolaire 2019-2020. L’objectif ultime était d’analyser de quelle manière il est possible d’améliorer l’interaction de cette clientèle avec les espaces, les services, ainsi que les collections des bibliothèques (Chapman & Daly, 2021, p. 63).

Les étudiants sondés ont donc participé à des groupes de discussion traditionnels pour donner leurs impressions, mais certains ont également participé à la recherche d’après la technique Photovoice, soit de prendre des photos pour répondre à des questions et d’en discuter lors d’une discussion de groupe ensuite (Chapman & Daly, 2021, p. 64).

De façon générale, les commentaires reçus des étudiants au sujet des services, des collections et des espaces de la bibliothèque étaient positifs, bien que ceux-ci semblaient surpris de la quantité de services auxquels la bibliothèque leur donnait accès. Un des éléments qui revenait toujours dans les discussions était le programme de prêt de manuels des bibliothèques; les étudiants étaient reconnaissants d’avoir accès à ce service (Chapman & Daly, 2021, p. 70).

Parmi les impressions partagées par les étudiants, notons que les échanges en personne avec le personnel (qu’il s’agisse du personnel de la bibliothèque ou non) est un des aspects qui influencent le plus positivement le sentiment d’inclusion des étudiants (Chapman & Daly, 2021, p. 71). Il y a donc lieu de s’interroger sur la représentation des minorités parmi le personnel, d’une part, mais également de porter une attention particulière à la façon dont on dessert les clientèles issues de minorités visibles en général.

De nombreux commentaires reçus des étudiants peuvent être utiles pour permettre aux bibliothèques de s’améliorer, notamment en ce qui concerne les espaces physiques de la bibliothèque afin de les rendre plus accueillants. Un des aspects qui ressort de cette recherche est le fait que Duke est une institution « majoritairement blanche » (‘’predominantly white institution, PWI’’) et que les espaces de la bibliothèque pourraient être repensés afin de permettre plus d’inclusion pour les étudiants issus de minorités visibles, quelles qu’elles soient (Chapman & Daly, 2021, p. 71).

Une autre étude, soit celle de Johnson & Mentzer, 2019, s’est intéressée à l’évolution des CI de divers groupes d’étudiants lors de trois travaux de recherche spécifiques, dont les minorités visibles.

Ainsi, la réussite des étudiants pour ces trois travaux a été évaluée selon le groupe auquel ils appartiennent. Les populations étudiantes noires et internationales sont celles qui ont obtenu une plus grande amélioration entre le premier et le troisième travail (Johnson & Mentzer, 2019, p. 109).

Parmi les recommandations des chercheurs à l’intention des bibliothécaires, notons la nécessité de s’informer le mieux possible de la démographie de la classe à laquelle on enseigne, ainsi que d’adapter nos enseignements aux différentes clientèles représentées dans la classe (Johnson & Mentzer, 2019, p. 118).

Un troisième article fait état d’une réflexion de la directrice des bibliothèques de l’Université de Washington, Sarah Leadley, concernant les travaux réalisés par son équipe – notamment une équipe Équité, diversité et justice sociale – dans l’objectif de mieux soutenir les clientèles qui se sont largement diversifiées au cours des dernières décennies, y compris un plus grand nombre d’étudiants des minorités visibles (Ryan & Leadley, 2015, p. 7).

D’ailleurs, l’axe « Soutenir la diversité et l’inclusion » (Ryan & Leadley, 2015, p. 8) a été intégré au programme de développement des CI de la bibliothèque.

« Il comprenait [notamment] les objectifs suivants :

  1. Offrir des services de formation inclusifs des diverses perspectives et besoins des communautés de l’université;
  2. Fournir des formations inclusives de toute une gamme de styles d’apprentissage et d’enseignement, ainsi que de niveaux culturels variés;
  3. Appuyer divers processus créatifs et apprentissages par enquêtes afin de motiver les étudiants à faire de la recherche. » (Ryan & Leadley, 2015, p. 8).

Ryan et Leadley précisent également que ce qui a été réalisé jusqu’à maintenant à la bibliothèque est en lien avec la formation du personnel lui-même concernant les enjeux d’équité, de diversité et d’inclusion (sensibilisation, intersectionnalité, microagressions et régler les situations problématiques). Elle souligne également que l’embauche et la rétention de personnel plus diversifié est quelque chose qu’elle veut mettre en place rapidement (Ryan & Leadley, 2015, p. 9).

Étudiants issus de la diversité sexuelle

L’objectif de cette étude était de déterminer quels sont les obstacles à d’information des étudiants non hétéronormatifs (LGBT), de même que la perception des bibliothèques universitaires chez cette clientèle (Stewart & Kendrick, 2019, p. 601).

La notion d’obstacle à l’information est définie comme telle par les auteurs « Information barriers are hindrances or impediments to seeking and/or using information and manifest as a disruption in the information seeking process » suivant les diverses recherches menées par Wilson (Wilson, 2006).

Les trois questions posées par les auteurs de l’étude étaient les suivantes :

  1. « Quels obstacles à l’information existent sur le campus lorsque cette population tente d’accéder à de l’information sur l’orientation sexuelle?
  2. Est-ce que les étudiants LGBT considèrent les bibliothèques universitaires comme de bons endroits pour obtenir de l’information sur ce besoin d’information?
  3. Comment les étudiants LGBT perçoivent-ils le climat de la bibliothèque universitaire? » (Stewart & Kendrick, 2019, p. 604).

Les réponses obtenues des étudiants portent à croire qu’ils ont tenté de trouver de l’information sur l’orientation sexuelle à leur bibliothèque, mais qu’ils ont été déçus de ne pas y trouver de réponses. Aussi, les étudiants ne comprenaient pas le système de classification de la bibliothèque et s’attendaient à pouvoir s’y repérer un peu comme dans une librairie (Stewart & Kendrick, 2019, pp. 607‑608). Leurs commentaires suggèrent qu’ils considèrent encore la bibliothèque comme un lieu contenant des livres, sans égard aux collections électroniques et aux bases de données. De plus, ils jugent que la bibliothèque n’est pas un espace assez privé pour ce type de recherche et préfèrent utiliser un Internet sur leur ordinateur portable personnel (Stewart & Kendrick, 2019, p. 609).

Concernant la recherche d’information en bibliothèque universitaire, bien qu’une partie des étudiants perçoit qu’Internet est plus rapide et privé, une autre partie souhaite tout de même y accéder à de la documentation. Les auteurs recommandent donc d’enrichir la collection de la bibliothèque de titres LGBT, imprimés et électroniques. Étant donné la perception des étudiants, il y aurait lieu de privilégier les versions électroniques. En plus de répondre aux besoins d’information de cette clientèle, cela sera bénéfique pour mieux informer la clientèle hétéronormative également (Stewart & Kendrick, 2019, pp. 611‑612).

Étudiants internationaux

Le chapitre rédigé par He rend compte d’un programme créé spécifiquement pour les étudiants internationaux, soit le « Library Outreach Program » (University of South Alabama). Au départ, le programme comprenait une visite de la bibliothèque dans laquelle on montrait principalement les espaces, ainsi que des informations sur les CI. Un des aspects mis de l’avant pour tenter de joindre le plus d’étudiants possible était d’impliquer des employés de la bibliothèque parlant diverses langues (He, 2021, p. 54).

Un des éléments ayant assuré la réussite du programme est qu’au fil des ans, la bibliothécaire de liaison aux étudiants internationaux a tissé des liens solides avec le Office of International Education and Global USA. À compter de 2018, un événement intitulé « Library Orientation » a été mis en place. Lors de la séance sur les CI, divers éléments d’intérêt pour les étudiants internationaux sont présentés, y compris la prévention du plagiat, un LibGuide pour les étudiants internationaux et l’outil de recherche de la bibliothèque. La rétroaction des étudiants était positive (He, 2021, p. 55). Notons également que He précise qu’étant donné que divers services assez communs en bibliothèque universitaire américaine ne sont pas offerts aux étudiants internationaux dans leur pays d’origine, on ne doit pas présumer qu’ils les connaîtront, par exemple la réserve de cours, le prêt entre bibliothèques (PEB) et l’aide à l’écriture. Il s’agit de services qu’ils risquent de ne pas découvrir si on ne leur présente pas (He, 2021, p. 56).

L’étude de Houlihan et coll. correspond à une revue systématique sur les recherches portant sur les CI et les étudiants internationaux publiées entre les années 1990 et 2014 (Houlihan, Walker Wiley, & Click, 2017, p. 258).

Les articles analysés dans le cadre de cette étude tendent à démontrer que les ateliers sur les CI sont plus efficaces que les sessions d’orientation données en début de session. On peut penser à plusieurs raisons qui expliquent ce phénomène, notamment que les étudiants ne sont pas tous présents sur le campus encore lorsque la session débute (Houlihan et al., 2017, p. 267).

En plus de la barrière de la langue, à laquelle on peut penser spontanément lorsqu’on s’interroge sur les barrières aux CI chez les étudiants internationaux, les études ont également trouvé que l’une des principales barrières est la difficulté avec la recherche, notamment en ce qui a trait aux stratégies de recherche à utiliser, au bon outil de recherche pour leurs besoins et à la gestion du temps pour arriver à leurs fins (Houlihan et al., 2017, p. 268).

Les auteurs soulignent diverses recommandations qui sont précisées dans les études, y compris celle qui arrive en tête de liste, soit d’offrir de la formation à l’utilisation de la bibliothèque, notamment dans les langues les plus parlées par les étudiants, quitte à demander à des étudiants d’effectuer la traduction (Houlihan et al., 2017, p. 268). Une autre recommandation qui revenait dans de nombreuses études était celle d’entretenir de bons liens avec le service de l’université qui a accès à des données sur les étudiants internationaux, notamment afin de déterminer quelles sont les tendances de nationalités des nouveaux étudiants (Houlihan et al., 2017, p. 269).

Une troisième recommandation qui apparaissait dans neuf documents était d’offrir de la formation au personnel de la bibliothèque. Les sujets qu’on suggère de couvrir par cette formation sont la sensibilisation aux différences culturelles et à la diversité, mais également les compétences en communication. L’évaluation des besoins est l’autre recommandation sur laquelle les auteurs insistent – afin de bien desservir leur population d’étudiants internationaux, il importe que les services de bibliothèque aient conscience des pays desquels celle-ci proviennent, de même que les éléments particuliers qui seraient les plus aidants pour eux (Houlihan et al., 2017, p. 270).

L’article de Hugues et coll. fait état des résultats d’une étude de cas pour une université australienne et trois universités des États-Unis auprès de 320 étudiants internationaux de première année (sondage et entrevues semi-structurées). Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont comparé les réponses d’étudiants internationaux débutant leur programme avec des étudiants de premier cycle débutant l’université. (Hughes, Cooper, Flierl, Somerville, & Chaudhary, 2018, p. 582).

Parmi les éléments qui ressortaient des réponses des étudiants internationaux, notons l’appréciation de l’accès à Internet facile dans la bibliothèque, l’accès aux rayonnages (en comparaison aux rayonnages fermés qu’ils connaissaient dans leur bibliothèque d’origine), de même que l’accès à une grande quantité de littérature scientifique offerte en ligne (Hughes et al., 2018, p. 586).

Certaines différences de perception s’appliquent aux étudiants internationaux; entre autres ils semblent penser que le personnel de la bibliothèque est là pour administrer les ressources et les espaces, mais qu’il serait « non éthique » de recevoir de l’aide de leur part pour l’utilisation des ressources (Hughes et al., 2018, p. 587). Plusieurs étudiants internationaux mentionnent également avoir de la difficulté avec les citations et à se repérer dans les bibliothèques, particulièrement s’ils n’avaient pas utilisé de bibliothèque académique auparavant ou si l’anglais n’est pas leur langue maternelle (Hughes et al., 2018, p. 588).

Les auteurs rapportent qu’en comparaison avec les étudiants internationaux, les étudiants de premier cycle vivent des préoccupations différentes, mais plus en lien avec la recherche de littérature, par exemple en ce qui a trait aux stratégies de recherche et à l’évaluation des résultats (Hughes et al., 2018, p. 589).

L’étude de Langer et Kubo met de l’avant une initiative réalisée à la bibliothèque de l’Université Fresno State, soit le « Library Outreach Program for International Students ». La littérature antérieure démontrait que les étudiants internationaux ont tendance à peu faire appel aux services de référence (Knight, Hight, & Polfer, 2010, p. 588) et à avoir une méconnaissance de services tels que le PEB et la référence par messagerie instantanée, ce qui rend ce programme particulièrement important (Langer & Kubo, 2015, p. 607).

Pour contrer cela, le programme développé comportait deux volets : d’abord une présentation de la bibliothèque donnée lors du Campus International Student Orientation. La bibliothèque disposait de 10 minutes seulement, alors il a été décidé de faire une présentation très dynamique décrivant brièvement la bibliothèque, mais dont l’objectif était d’inviter les étudiants à assister au Fresno State Party (soit la Library Orientation). Lors de cette activité, où des prix de présence sont tirés au sort, on montre le site et les services de la bibliothèque. Une présentation sur la recherche documentaire, le PEB et les services des bibliothécaires disciplinaires était alors réalisée, suivie d’une tournée de la bibliothèque (Langer & Kubo, 2015, p. 612).

Trois types d’ateliers visant spécifiquement les étudiants internationaux ont également été développés, soit la prévention du plagiat, la recherche d’articles et la recherche de livres et de thèses (Langer & Kubo, 2015, p. 613). Finalement, les auteurs abordent l’idée des conseillers-pairs qui pourraient intervenir auprès des étudiants internationaux et faire la promotion de la bibliothèque (Langer & Kubo, 2015, p. 614).

Le dernier article sélectionné, rédigé par Sample, aborde l’anxiété liée à l’utilisation de la bibliothèque chez diverses clientèles, notamment celle des étudiants internationaux, ainsi qu’un projet visant à réduire celle-ci. Les effets de cette anxiété et l’évitement de la bibliothèque peuvent être particulièrement importants : les études démontrent que l’utilisation de la bibliothèque est liée à une meilleure moyenne et la poursuite des études, tandis que les effets de l’anxiété peuvent entraîner une tendance à la procrastination et même de la panique (Sample, 2020, p. 4).

Afin de diminuer cette anxiété, les bibliothécaires de la Oral Roberts University ont créé une visite virtuelle de la bibliothèque, dans le cadre de laquelle on souhaite familiariser les étudiants internationaux  aux espaces de la bibliothèque, de même qu’au comptoir de référence, et ce, avant leur arrivés sur le campus. Des images du personnel font également partie de la tournée virtuelle, puisque les étudiants internationaux sont parfois réticents à entrer en contact avec le personnel de la bibliothèque (Sample, 2020, p. 10).

Certains commentaires reçus d’étudiants étaient à l’effet qu’ils auraient souhaité qu’une telle visite de la bibliothèque soit possible lorsqu’ils ont débuté leurs études universitaires, ce qui indique qu’il y a bien et bien une utilité à cet outil (Sample, 2020, p. 23).

Synthèse

Parmi les textes repérés dans le cadre de la production de ce billet, de nombreuses idées pourraient permettre d’améliorer les services à des clientèles pour qui l’utilisation de la bibliothèque peut être intimidante, voire même anxiogène dans certains cas.

Si on examine toutes les recommandations faites par les auteurs des textes choisis, on peut dégager certaines tendances : d’abord, les contacts humains, le dialogue et les échanges entre les personnes sont plus efficaces pour nouer des liens que la simple transmission d’information, plus encore si ces contacts sont entre le bibliothécaire et l’étudiant lui-même (Barbrow et al., 2020 ; Folk, 2021).

Ensuite, avoir une meilleure compréhension des réalités de toutes les clientèles sera aidant pour le personnel et permettra un meilleur accueil des étudiants. On peut entre autres suivre des formations sur les différences culturelles, l’intersectionnalité, etc. pour améliorer nos connaissances à ce sujet. Avoir un personnel de bibliothèque dans lequel les étudiants peuvent se reconnaître peut également être un atout à ce niveau et faire tomber certaines barrières que des étudiants pourraient ressentir (Chapman & Daly, 2021 ; Houlihan et al., 2017 ; Ryan & Leadley, 2015 ; Sample, 2020).

Par ailleurs, trouver des moyens originaux pour joindre ces clientèles et les cibler directement lors d’ateliers conçus spécifiquement pour eux (utilisation de la bibliothèque, ateliers sur les CI, entre autres) est une avenue intéressante qui a fait ses preuves. (Houlihan et al., 2017 ; Langer & Kubo, 2015 ; LeMire et al., s.d.). Démystifier la bibliothèque et son personnel, si possible avant même l’arrivée des étudiants sur le campus, peut les soutenir et faire en sorte qu’ils soient plus enclins à visiter la bibliothèque (Sample, 2020).

Finalement, dans l’objectif de mieux desservir les clientèles de minorités visibles, d’étudiants de première génération ou d’étudiants internationaux, l’intérêt de tisser des liens solides avec d’autres services ou départements de l’université, ou même hors les murs, ne saurait être passé sous silence. Qu’il s’agisse de mieux évaluer les besoins de ces clientèles, d’organiser des événements pour les joindre ou de mieux connaître la clientèle qui arrivera bientôt dans notre établissement, cela apparaît comme particulièrement avantageux pour la bibliothèque (Folk, 2021 ; Houlihan et al., 2017).

En définitive, bien que les documents recensés aient été rédigés ailleurs qu’au Québec, plusieurs des idées ou recommandations qui y sont présentées pourraient nous inspirer également, selon les enjeux propres à chaque bibliothèque universitaire. Bien que le sujet soit abordé depuis plusieurs années déjà dans la littérature, l’intérêt pour celui-ci n’est pas près de s’essouffler, il nous semble, puisque non seulement la proportion d’étudiants internationaux est en progression dans de nombreuses universités, mais les questions d’équité, de diversité et d’inclusion sont toujours particulièrement d’actualité.

Bibliographie

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À propos de Julie Grenier

Bibliothécaire - École de technologie supérieure

Une Réponse vers “Billet de veille sur les barrières à l’utilisation de la bibliothèque et aux compétences informationnelles (CI)”

  1. Merci pour cet article très intéressant Julie!

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